L'Autre-Monde
L'Autre-Monde

Chapitre 7 - Fraternité

Le jardin d’Hatchnar n’avait rien de bucolique ou de fleuri, simple grotte froide et lugubre adjacente à ses parties privées, occupée en son centre par un autel de marbre à la gloire des dieux et de ses ancêtres. Kaylana n’aurait pas poussé le vice jusqu’à se permettre d’approcher ce dernier, voire d’en violer l’accès. La jeune fille se contentait amplement des statues décorant les lieux, disséminées ça et là, mêlant divinités, mortels et bêtes. Les représentations rivalisaient de beauté, véritables chefs-d’œuvre nés des mains expertes d’artistes nains. Mais Kaylana ne s’intéressait vraiment qu’à une seule, la même et depuis toujours. À la lueur blafarde des valyas ingénieusement disposés en hauteur le long des parois, elle sommeillait à même le sol, blottie aux pieds d’une humaine élancée à la démarche aérienne figée avec grâce et talent dans la pierre.

- Il devient vraiment difficile de débusquer dans quel terrier tu te terres, fouine forestière.

                Kaylana redressa vivement la tête en reconnaissant Shi’ntyr, nonchalamment assise juste à côté d’elle, surgie de nulle part. Une fois encore, elle n’avait pas soupçonné sa présence un seul instant. La surprise et la gêne passèrent dans ses yeux le temps d’un éclair, mais s’évaporèrent presque aussitôt, à la grande déception de la noble, visiblement ravie de son entrée. L’adolescente ne lui accorda qu’un salut poli en se redressant lentement, pétrie de la même langueur accablante qui l’avait conduite ici.

- Même si ma mère et son guindé de champion accordent une importance indécente aux Akhs, je doute qu’ils t’aient permis l’accès aux appartements personnels de ta maîtresse, wanre.

                Kaylana ne frémit pas sous la remontrance, se contentant de s’asseoir plus convenablement pour ne pas se monter discourtoise envers son hôtesse.

- La rumeur de ton petit crochet en bois habité a déjà fait le tour des esclaves de toute la Maison, insista l’alfare pour la faire réagir. Des commérages de cuisine te désignent déjà comme possédée ou rendue folle. Tes congénères risquent bien de t’attribuer la prochaine mort suspecte de volaille.

                Kaylana posa délicatement sa main à plat devant la sorcière et inclina respectueusement la tête pour palier son silence désobligeant. Mais Shi’ntyr n’était pas satisfaite. Le visage de l’Ombre demeurait éteint, aussi lisse que celui de la statue au-dessus d’eux. Kaylana avait été sondée par plusieurs magiciennes pour déceler une quelconque trace de possession ou de dommages après sa mésaventure, en vain. Kaylana était indemne et en avait conscience. Devant son mutisme, la noble décida de changer d’angle d’approche.

- Qui est-ce ? demanda-t-elle en désignant la jeune humaine à la beauté éthérée.

- Ma mère.

                Shi’ntyr eut du mal à cacher sa surprise, prise à son propre jeu.

- Elle est morte quand j’étais petite, mais je viens parfois la voir quand maîtresse Hatchnar m’y autorise. Parfois aussi quand elle l’ignore.

- Ce n’était pas vraiment elle, là-bas. Tu le sais ?

                Elle le savait et le signifia d’un regard distrait qui dévia dans le vague. La chose qui lui avait accordé le droit de sortir de sa forêt avait fouillé assez profondément dans son cœur pour la manipuler avec l’image de l’être qui lui était le plus précieux. Cette intrusion brutale l’avait moins bouleversée que ce qu’elle avait déterré. Plus de douze années après, Kaylana ne s’était toujours pas remise de la perte de sa mère. Seule en ce triste et dur monde, elle ne possédait personne d’assez proche avec qui verser ses larmes.

- J’implore votre clémence pour ma faute cette nuit, déclara l’adolescente évasive en courbant la nuque. Laissez-moi me retirer dissiper ma honte, à présent. À moins que vous nécessitiez expressément mes services de lavandière ?

- Tu es une curieuse personne, même pour une humaine. Je n’apprécie guère ton attitude revêche et ton insolence de ton, mais j’entr’aperçois ce que Mère semble voir en toi…N’aie crainte, je n’ai nulle intention de t’envoyer commettre un nouveau cambriolage et Tiarn’ess craint que tu n’attires sur elle la mauvaise fortune si tu te joignais à son nouveau pèlerinage. En revanche, Mère t’a prévu une mission à la hauteur de ta bravoure et de ta sagacité, intrépide fouine.

- Ma dame ? s’enquit la jeune fille en regardant la sorcière se relever souplement en souriant.

- Guide touristique de la ville basse pour invités surfaciens. À toi la joie des rades empestant le chien mouillé et le charme des ruelles encombrées de mendiants geignant, de prostituées vérolées et de voleurs de bourse par dizaines !

- Je me fais déjà une joie d’avoir l’occasion de servir la Maison.

- Tu ne crois pas si bien dire. Une connaissance m’a rapporté avoir été contactée par un humain du même clan que celui des invités de Mère. Il s’est vu proposer une poignée de cristaux en échange d’un coup de dague malheureux. Il te faudra demeurer sur tes gardes. Un incident regrettable sur des hôtes placés sous notre protection serait fort préjudiciable pour notre renommée.

- Si vous soupçonnez un risque, pourquoi n’alertez-vous pas votre mère ? questionna Kaylana.

- Je ne suis pas sensée avoir cette connaissance-là. Ne nous déçois pas.

                La sorcière agita la main en s’éloignant comme une panthère dans la nuit. Kaylana ne put détacher son regard d’elle, ni ne put empêcher les mots de sortir de sa bouche.

- Vous ne m’avez pas demandé la raison pour laquelle Hatchnar possède une statue de ma mère dans son jardin privatif.

                Shi’ntyr s’immobilisa, leva la tête au plafond et revint lentement sur ses pas. Elle s’approcha très près de l’adolescente qui, bien que mal à l’aise par son charme intimidant, refusa de lui céder en reculant. La panique la gagna néanmoins lorsque la noble saisit son visage entre ses mains de sorcière redoutable.

- Ne t’avise pas de gâcher aussi sottement ma curiosité, fouine trop tendre, ou je t’envoie rejoindre ta maman, chuchota-t-elle avant de déposer un baiser appuyé sur ses lèvres.

                Kaylana jugea étrange le fait que son cœur mette autant de temps à retrouver un rythme décent et ce, bien après le départ de l’étrange héritière. Les baisers alfars entre personnes qui n’étaient pas familières étaient plus rarement des preuves d’affection que des promesses de représailles, voire de mort. Adossée contre la statue rugueuse et gelée, elle tenta une nouvelle fois de libérer ses larmes. En vain. Par dépit, elle salua sa mère en posant son front contre le sien, puis retourna, morose, à sa paillasse d’esclave.

*

*     *

                Angar et Heki étaient les portraits crachés de leur père. Le Jarl Smar n’était à la tête du clan des Hautes Rives que depuis l’hiver dernier, mais sa réputation de meneur d’hommes et de chef-né ne se limitait pas à la seule admiration de ses deux fils. Ce qui expliquait l’intérêt d’Hatchnar envers lui. Les deux garçons, fascinés par le respect qu’il inspirait tant au clan qu’aux alfars, l’avaient érigé en modèle. Ils ne le quittaient pas d’une semelle, imitaient sa manière de parler, forte et autoritaire, ses expressions, sa façon de marcher, vive et décidée, jusqu’à sa coupe de cheveux et ses vêtements. Kaylana ne sut pas vraiment s’il fallait trouver cette identification excessive juste amusante ou parfaitement terrifiante. Angar n’était encore qu’un gamin d’une douzaine d’années, naïf et fier comme un coq de la récente importance de son père. Mais Heki avait quasiment le même âge qu’elle et ce qu’elle considéra comme un manque affligeant de personnalité, allié à l’arrogance mal placée de la jeunesse, lui fit ressentir aussitôt une antipathie coriace envers lui. Hatchnar souhaitait développer ses voies commerciales en profitant des nombreux cours d’eau présents sur le territoire des Hautes Rives. Enfin pacifiée après des années de troubles dans cette région, cette partie du domaine possédait un réel potentiel marchand dont espéraient profiter les deux parties. Smar avait donc été convié à Pharhys avec sa suite et ses deux fils, afin de jeter les bases de cette nouvelle collaboration.

                Durant l’accueil des invités, Kaylana avait attentivement observé chaque membre du groupe de surfaciens, repensant sans cesse à la mise en garde de Shi’ntyr. Il était fort probable que des dissidences persistent après un conflit fraternel aussi long au sein du même clan et l’élimination du nouveau Jarl et de ses fils représentait la meilleure chance pour un opportun de glaner rang, richesse et pouvoir. Smar ne courait pas grand risque en demeurant auprès d’Hatchnar et de sa garde rapprochée. Mais Kaylana comprit l’origine des craintes de Shi’ntyr quand ce fut à elle qu’on confia le soin d’occuper Heki et Angar durant les négociations. Une fois alfars et humains partis dans une autre pièce à la suite de la maîtresse de maison, l’adolescente se retrouva seule avec les deux garçons. Son salut incliné arracha un rire grossier aux surfaciens. Heki la scruta des pieds à la tête sans la moindre gêne et posa sa main sur son épaule. Le contact physique entre deux inconnus relevait de l’écart de conduite le plus flagrant dans la politesse alfare. Kaylana se raidit, mais, docile, ne dit rien.

- Es-tu une esclave de confort ? l’interrogea l’adolescent.

                Kaylana ne comprit pas, mais se fit très vite une idée de la notion de confort évoquée en entendant Angar émettre des claquements de langue sans équivoque.

- La cité comprend plusieurs lupanars qui sauront répondre à votre attente. Je suis la favorite exclusive de messire Perstog. Ma fonction à votre service se limitera, je le crains, à celle de guide et de traductrice.

                Imaginant trois manières différentes de casser le pouce de l’impudent, Kaylana le foudroya patiemment d’un regard dur et sombre jusqu’à effacer son sourire goguenard et le faire battre en retraite.

- Au village, les fermières rivalisent d’efforts pour obtenir mes faveurs, se vanta le jeune homme. Car je serai un jour Jarl à la suite de mon père.

- Puis-je vous proposer une visite de la Ville Basse durant les négociations entre adultes ? lui répondit Kaylana d’une voix neutre.

                La remarque sur son âge déplut fortement au barbare qui laissa poindre une colère intempestive heureusement rapidement refoulée par l’éclat de rire franc de son cadet, très amusé par la situation. Heki renâcla, vexé et trop vaniteux pour admettre être impressionné par la cité-état. Angar, en revanche, fut sincèrement subjugué par ce qu’il découvrit, courant en tous sens, excité comme un chiot. Les surfaciens connaissaient mal le concept de ville, leurs fermes et hameaux épars constituant peu de véritables villages et encore moins d’agglomérations assez importantes pour être qualifiées de cités. Pour les deux garçons, la découverte de Pharhys, nichée dans une gigantesque caverne au cœur de la montagne creuse, fut une expérience mémorable. Kaylana les mena dans les différents lieux d’attrait de la Ville Basse, aussi nommée quartiers de la quarantaine, vaste, fourmillant d’activités et surpeuplées d’humains de nombreux clans, d’artisans nains et d’alfars de condition modeste. La visite des arènes, des bains, des trois marchés, des temples et des ruelles marchandes bordées d’échoppes détendit l’humeur pesante du groupe. Kaylana était rassurée par la présence du soldat alfar alloué par Hatchnar et nécessaire pour circuler librement entre la Ville Haute, où se situait le manoir, et les bas quartiers réservés aux visiteurs et résidents étrangers. L’enthousiasme et les cris d’exclamation incessants d’Angar lui arrachèrent même quelques sourires. Quand à Heki, s’il se montra au début faussement blasé et renfrogné, son indifférence fit long feu à la vue des impressionnantes casernes, des superbes bâtiments abritant les écoles de magie, des fontaines, des frises, des fresques de mosaïques mettant en scène les dieux sur les murs des temples, et des milliers de détails de la vie citadine inédite.

- Au pays, les aïeuls considèrent les alfars et les nains comme les serviteurs de Hel, la divinité de la mort et des ténèbres parce que ces peuples vivent sous terre, comme des damnés, expliqua Heki tandis qu’ils déjeunaient de galettes de pain et de poisson à un étal. Les Hommes se méfient des fils de la nuit.

- Les nains construisent leurs forteresses dans la pierre car ils sont issus de la chair du géant Ymir et sont liés à la roche, répondit Kaylana. Quand aux alfars, leurs habitats naturels sont les grottes et les cavernes pour une question de sécurité. Ils y sont à l’abri depuis l’aube des temps, notamment des Jotnärs. Et comme vous pouvez le constater, ils ne vivent pas dans les ténèbres.

L’adolescente désigna l’un des piliers rehaussés de valyas parsemés à travers toute la ville et repoussant l’obscurité.

- Ces cristaux sont…enchantés ? demanda timidement Angar.

- Non. Certains diffusent naturellement une faible clarté, mais sont trop rares pour couvrir toute la cité. Les anciens alfars leur ont alors enjoints des glandes d’araignées des profondeurs, capables de générer elles-mêmes leur lumière ou même des espèces de mousses luminescentes. Tous les jours, les valyas que vous apercevez sont remplacés par d’autres ayant été exposé à la lumière du soleil durant de longues heures. Après l’avoir absorbés, ils la répandent jusqu’à s’éteindre.

- Les Cendr…les alfars ne redoutent donc pas le soleil ? demanda Heki.

- Au contraire, il est indispensable pour eux. Je vous montrerai une esplanade à valyas tout à l’heure. Elles ont été aménagées sous des failles de la montagne laissant filtrer le jour. Les plus petites servent ainsi d’éclairage pour des lieux particuliers, comme les places sacrées ou des sanctuaires.

- Je voudrais vivre dans une ville aussi merveilleuse et immense plus tard ! s’exclama Angar, les yeux pétillants.

- La Ville Basse a donc le loisir de te plaire ? lui sourit Kaylana. La plupart des alfars évitent d’y mettre les pieds. Ils la trouvent sale, laide, bruyante et puante, à cause des tanneries, des forges et de l’odeur de cuisson de poisson qui y plane dans tous les recoins. Y loger n’a rien de glorieux ou de merveilleux à leurs yeux. Il faut reconnaitre que la Ville Haute regorge de richesses et de beautés en comparaison. Les demeures y sont grandioses, les rues pavées et sûres et les édifices d’une toute autre stature. Elle possède les plus prestigieuses écoles de magie ou d’épée, des thermes et des palais. La reine, l’élite et la noblesse y règnent sans partage. Et l’accès y est proscrit pour les humains et les nains qui ne sont pas invités. C’est cette partie de la cité que protège l’épaisse muraille coupant la montagne en deux et que nous avons franchis ce matin.

- Tu es humaine, fit remarquer Angar. Mais tu loges dans la Ville Haute pourtant. Tu as plus de chances que nous avec notre misérable chaumière !

- Idiot, c’est une esclave ! le rabroua sèchement Heki. Elle n’a aucune liberté, ni aucun droit, pas même celui de se torcher sans demander auparavant la permission à ses maîtres ! Ton cheval en vaut cinq comme elle !

                L’enfant adressa un regard empli de doute à Kaylana qui se sentit obligée de dissiper son malaise.

- Dix comme moi si ton cheval est correctement dressé et si les esclaves n’ont aucune formation, lui confia-t-elle en lui adressant un clin d’œil complice. Je suis une wanre sans droit, c’est vrai. Sans notre garde, je n’aurais pas pu pénétrer dans la Ville Basse avec vous. Mais ma maîtresse est bonne et je suis bien traitée. D’autres n’ont pas cette chance.

                La jeune fille désigna un mendiant proche aux yeux crevés tendant une main tremblante à chaque bruit de pas proche.

- Il simule, se moqua Heki avant de ricaner méchamment, imité par son cadet.

                Kaylana conserva le silence. Heki était un abruti et son influence gâtait la fraîcheur de son frère. La jeune fille se demanda si leur père se comportait également comme un idiot bouffi d’orgueil. Pas étonnant que sa vie soit menacée dans ce cas.

- Quel est ce poisson que nous mangeons ? interrogea Angar, le nez dans son auge. J’en pêche depuis ma naissance aux Hautes Rives, mais je n’en ai jamais vu de tel !

- C’est un poisson des lacs souterrains situés dans les entrailles de la cité, au même niveau que le reliquaire. Les eaux y sont foisonnantes et les…

- Pourquoi le lion ? la coupa Heki sans ambages.

                Kaylana fit mine de s’étonner de son regard flottant à lisière de son col fendu, sans que celui-ci ne paraisse gêné de ses manières. Elle se rappela ceux l’auscultant sous toutes les coutures depuis le début de la matinée et soupira doucement. Docilement, elle abaissa le bord de sa tunique pour montrer la marque de la Maison d’Hatchnar gravée sur sa peau, au-dessus du cœur.

- Il n’y a pas de lion à des centaines de lieues à la ronde, poursuivit le surfacien. Mon oncle prétend même que c’est un animal mythique inventé par les scaldes. Pourquoi tes maîtres ont-ils choisi cette bête comme emblème ? C’est stupide.  

- C’est un symbole de force et de pugnacité. Il inspire la crainte et la défiance à nos rivaux.

- Tu m’inspires beaucoup, wanre, lui déclara doucement le barbare en se penchant vers elle, mais certainement pas de la crainte.

                La remarque fit s’esclaffer bruyamment Angar et les deux frères rirent de bon cœur, se congratulant tout en s’échangeant de faibles coups d’une façon qui laissa Kaylana perplexe. Elle songeait à quel endroit elle pourrait mener les deux insupportables boute-en-train quand elle remarqua un homme suspect adossé à une colonne, les yeux rivés sur eux. Cela faisait deux fois qu’elle voyait cet inconnu qui les observait sans grande discrétion. Et comme la première fois, à cette échoppe de tanneur, l’homme s’esquiva en se sentant repéré. L’adolescente ne laissa transparaitre aucune émotion. Il était temps de reprendre la visite en évitant les ruelles sombres et les endroits trop dépeuplés. De plus, elle avait besoin d’air. Ses nerfs éprouvés par la vulgarité des deux barbares lui seraient certainement reconnaissants d’un détour par la forge d’Eolas.

*

*     *

                Il fut plus difficile que prévu pour Kaylana de réfréner son impatience à l’idée de revoir son compagnon mais heureusement, Angar et Heki ne lui prêtaient qu’une attention limitée et ne remarquèrent pas son émoi. L’arrêt à la forge d’Eolas lui parut trop brève et la déception dans les yeux de son amant, déchirante lorsqu’elle fut forcée de le quitter. Cela faisait des semaines qu’ils n’avaient pas eu l’occasion de se retrouver et de parler et ils ne purent échanger que quelques regards et des banalités d’usage. Kaylana s’imaginait près de lui, au creux de la nuit, lui avouant son rôle d’Akh et lui parlant à cœur ouvert. Le serrer contre elle et sentir la chaleur de sa peau, tellement plus réconfortante que la pierre froide de la statue de sa mère. Pleurer dans ses bras. Mais c’était impossible sans risquer leur vie à tous les deux. Au mieux pourrait-elle s’esquiver dans un, deux ou dix soirs pour se faufiler jusqu’à lui. Ses chaînes étaient invisibles mais bien pesantes. Cette pensée et le souvenir d’Heki lui rappelant qu’elle n’avait guère de valeur achevèrent de lui saper le moral jusqu’à la fin de la journée. 

                Plus tard, la jeune fille se retournait sur sa paillasse et fit mine d’être réveillée en sursaut lorsqu’un serviteur alfar la poussa du bout du pied pour lui annoncer que le fils aîné surfacien requérait sa présence. Kaylana passa une main dans ses cheveux et défroissa sa tunique pour paraitre un minimum présentable avant de rejoindre l’aile des invités. Elle n’eut pas à frapper à la porte d’Heki, celle-ci étant entrebâillée et le barbare se tenant non loin du seuil. Il l’accueillit avec un fin sourire et referma derrière elle.

- Je suis un imbécile, déclara-t-il abruptement en remplissant un verre de bière avant de le tendre à Kaylana. Je te présente mes excuses pour mon comportement aujourd’hui. Pas besoin d’être un génie pour se rendre compte que je t’avais offensée. Plus d’une fois.

- Je ne suis pas autorisée à boire l’alcool des hôtes, fit la jeune fille, sur la défensive.

                Le barbare acquiesça, vida le verre et s’assit lourdement sur sa banquette, l’air contrit.

- Tu as des parents ? Des frères ou des sœurs ? De la famille ? (Il poursuivit tandis que Kaylana, refusant de trop s’éloigner de la porte, hochait négativement la tête.) C’est malheureux. Les liens du sang sont sacrés… Je ne suis pas celui que tu crois. Je…je suis différent en vérité, mais il te faut comprendre qu’être fils de Jarl, fils de ce Jarl, implique une attitude bien précise. J’avais deux frères aînés. Mon père leur reprochait leur caractère paisible et conciliant hérité de notre mère. Il regrettait qu’ils manquent de sa vigueur et de son « allant » guerrier indispensable pour être un chef. Et le rester. Mes deux frères sont morts dans des accidents douteux…

                Kaylana, silencieuse, regarda Heki qui passait nerveusement sa main dans ses cheveux, le visage crispé. Elle ne comprenait pas bien ce qu’elle faisait là.

- Je possède le caractère de ma mère. Est-ce que tu comprends ? Pour ne pas déplaire à mon père et à ses attentes, je dois me fondre dans son ombre et agir comme lui. Je n’essaie pas de me justifier. Je veux juste que tu saches. J’ai rarement l’occasion de rencontrer des personnes aussi intéressantes que toi, qui ne me flattent pas, ni ne me ménagent. Ta franchise est appréciable. Tu ne m’aimes pas et tu ne t’en caches pas. Tu mérites donc mes excuses…Sang des dieux, l’embarras donne chaud !

                Le jeune homme émit un rire sans joie et se versa un nouveau verre. D’un geste, il désigna un siège vide près de sa banquette. Il insista d’un air triste quand Kaylana hésita. L’Akh obéit finalement et s’installa en face de l’invité.

- Je n’ai pas l’influence suffisante pour changer ta condition, déclara Heki. Sache que j’aimerais pouvoir te racheter à tes maîtres et te ramener avec moi à Hautes Rives afin de te faire entrer à mon service. J’ai besoin de gens comme toi au milieu des hypocrites et des profiteurs qui m’accablent. Tu as du caractère et de l’éducation. Et tu es belle, ce qui ne gâche rien.

                Le surfacien rougit et reposa maladroitement son verre vidé. Il détacha le collier en cuivre qu’il portait autour du cou et le tendit à Kaylana.

- Cela appartenait à ma mère. Une babiole sans grande valeur, mais à laquelle je tiens particulièrement. Accepte-le. Considère ceci comme une promesse de liberté.

                Kaylana ouvrit la bouche, mais le regard pénétrant du jeune homme la traversa de part en part. Il semblait sérieux, ou pensait l’être. Le petit parvenu immature de la journée était bien loin.

- Je suis esclave, je ne peux rien posséder. Puissiez-vous me pardonner pour cet affront que je vous fais en refusant. Je suis indigne d’un tel présent et plus encore, d’un tel serment.

- Tu es comme ce collier, murmura-t-il en s’avançant brusquement vers elle. Ta valeur dépasse largement celle de ta seule apparence. Je le vois dans tes yeux. Cette force. Tu ne le prendras pas, je le sais. Ta loyauté est admirable…blessante, mais admirable ! Mais je ne mentais pas. Surtout pas quand je disais te trouver belle.

                Heki caressa tendrement sa joue en réduisant la distance entre eux. Ses yeux ne la quittaient plus, brûlant d’une lueur vive, étrangement hypnotique. Avant qu’elle ne puisse réagir, il l’attira vers lui et l’étreignait contre son cœur. Elle le sentit soupirer doucement après avoir humé le parfum de ses cheveux, sa main lui tenant délicatement la nuque.

- Reste avec moi cette nuit, susurra-t-il à son oreille. Trompons pour un soir notre solitude mutuelle…

                Kaylana retrouva enfin ses esprits au contact de ses doigts effleurant son flanc et remontant avec lenteur en entrainant un pan de sa tunique avec eux. Elle rompit leur étreinte en se glissant avec souplesse et se tenait déjà hors de portée avant qu’il ne se redresse. Son air déçu fut vite balayé par les prémices d’une colère naissante.  

- Je ne te violenterai pas ! Où vas-tu ? Reste ici ! Où crois-tu partir ? Tu es une esclave et moi un invité de haut rang. Tu vas obéir et revenir ici !

- Je vous remercie pour cette entrevue, messire, mais je déplore l’effet néfaste de l’alcool sur votre jugement. Je me retire à présent pour vous permettre de vous reposer et évacuer la fatigue de la journée. Bonne nuitée.

- Non, ne te…Peste !

                Kaylana s’empressa de refermer la porte derrière elle et de disparaitre dans l’obscurité. Heki ne la suivit pas et n’haussa pas davantage la voix, sans doute par peur de réveiller son frère et son père dormant à côté. L’adolescente regagna prestement sa couche et s’endormit bientôt. Heki s’avérait finalement moins sot qu’il ne le laissait paraitre. En revanche, sa Souillure elle, n’avait rien d’artificielle.

                L’adolescente rentrait juste de sa collecte matinale de valyas rechargés, perdue dans ses pensées, lorsque les cris se firent entendre dans l’enceinte du manoir. Pressant le pas, la jeune fille se débarrassa de son chargement et rejoint la cour, encombrée par l’ensemble de la Maison, maîtres, serviteurs et invités mélangés. D’held, l’intendante responsable des wanres, trainait sans ménagement Jeyna à bout de bras. La jeune esclave se débattait en poussant des cris stridents de peur, son visage rond baigné de larmes, sa natte blonde toujours impeccable, désordonnée. D’held, malingre et sèche comme une branche morte, ne parvenait pas à la faire avancer. Il fallut l’aide de deux gardes pour porter l’humaine hystérique jusqu’au mur des pénitents. Ébahie, Kaylana chercha à comprendre tandis que les lamentations de Jeyna se firent encore plus insupportables, se mêlant aux aboiements énervés de D’held dans une cacophonie rare pour un manoir noble alfar.

- Que se passe-t-il ? demanda l’Akh d’un ton aussi neutre que possible aux domestiques près d’elle.

- Le fils de Smar s’est plaint de la perte de son collier ce matin, répondit un serviteur dans un murmure à peine audible dans un tel vacarme. Il a été retrouvé au cou de Jeyna. D’held a confirmé avoir vu sa paillasse vide une partie de la nuit. Elle va être punie en réparation de sa faute envers nos invités.

                Les gardes attachèrent les poignets de Jeyna, ruant et suppliant, aux anneaux de fer scellés dans le mur. Une fois immobilisée les bras en croix et ses larmes se mêlant à la poussière de la pierre, D’held déchira sa tunique pour découvrir son dos. Trahie par ses jambes flageolantes, la wanre se laissa pendre à ses mains prisonnières. Chacun de ses sanglots fendait un peu plus le cœur de Kaylana. Et attisait sa haine envers Heki. Jeyna n’était pas dotée d’une vivacité d’esprit fulgurante et ne brillait que dans l’art de répandre et d’amplifier les ragots, mais ce n’était pas une mauvaise fille. Les mâchoires serrées à la vue du fouet tendu à D’held, Kaylana fouilla les rangs des spectateurs des yeux. Elle trouva facilement Heki, aux premières loges, réprimant mal un sourire satisfait. Et pour cause, lui aussi l’avait cherché du regard et la fixa quelques secondes avant que ne retentisse le premier claquement du cuir sur la peau nue de Jeyna, suivi d’un cri déchirant. Le barbare savait que Kaylana était la seule à avoir conscience de son jeu cruel avec Jeyna, tout comme il était certain qu’elle n’interromprait pas la séance de châtiment pour livrer son témoignage, rivée aux règles strictes des esclaves d’alfars. La victime du surfacien s’évanouit au quatrième coup de fouet. D’held mena néanmoins la punition jusqu’à son terme et un silence pesant retomba sur le manoir après la dixième frappe. La foule se délita lentement. Jeyna fut détachée et ramenée à l’intérieur, le dos en charpie, livide comme une morte. Kaylana resta immobile, rendant son regard à Heki jusqu’à ce que ce dernier traverse la cour pour la rejoindre, son frère sur les talons.

- Tout ceci n’aurait pas eu lieu si tu avais accédé à ma requête, wanre, déclara-t-il en jouant avec son médaillon d’un air provocateur. J’espère que ton égoïsme ne t’empêchera pas d’aller présenter tes excuses à ton amie.

- Tu devrais en faire de même, l’aiguillonna Angar. Elle n’a pas crié autant hier soir avec toi !

                Heki frappa durement son frère, sans que cela toutefois suffise à faire taire son ricanement narquois.

- Vous autres devriez comprendre qu’il n’est pas très avisé de me mettre en colère, déclara l’aîné en reportant son attention sur Kaylana. J’obtiens toujours ce que je désire. C’est ça être un meneur !

                Le jeune homme pivota sur ses talons et s’éloigna d’un pas plus léger avant de lancer par-dessus son épaule.

- Sois prête dans une heure, esclave ! J’ai particulièrement hâte de jouir de ta compagnie aujourd’hui !

                La colère contenue de Kaylana ne désenfla pas à la vue de Jeyna, geignant et pleurant sur la table où on l’avait installée et où on pansait ses plaies. L’Akh tenta de la réconforter et, incapable de maîtriser sa nervosité sans s’occuper les mains, s’appliqua à préparer les bandages. Entre deux plaintes, Jeyna ne cessait de répéter que c’était un malentendu, que Heki allait tout arranger et qu’il la rachèterait pour la mener à Hautes Rives. Finalement, elle s’abandonna à la torpeur des fumées calmantes que lui fit respirer D’held et s’endormit profondément. Seule avec sa fureur et sa culpabilité, Kaylana s’en alla trouver Perstog pour lui raconter la vérité quant à la perversité de leur hôte.

- Consentez à me retirer ma mission de guide pour ce fou sadique, je vous en conjure ! Je ne suis pas certaine de pouvoir me maîtriser davantage en sa présence.

                Le maître d’armes surveillant l’entrainement des soldats d’un œil sévère ne semblait pas écouter. Kaylana était sur le point de se retirer quand il parla enfin.

- Le fuir ou te venger de lui ne servira qu’à nourrir son obsession et tu le sais. Tout comme lui céder et rejoindre sa couche.

- Cela n’arrivera pas ! protesta vertement la jeune fille.

- Bien sûr, puisque cela ne ferait qu’encourager son désir d’humiliation. Considère les assiduités pathétiques de ce roquet comme une joute. Ne le laisse pas t’atteindre. Il s’épuisera jusqu’à supplier à son tour que tu le tourmentes, simplement pour obtenir ton attention. Abstiens-toi. Ton indifférence prouvera ta supériorité et le confinera dans sa faiblesse.

                Kaylana acquiesça lentement et le remercia. Perstog se tourna alors vers elle.

- Une Ombre ne s’encombre pas de contingences sentimentales. L’ardeur déployée par ce stupide surfacien représente une aubaine pour toi de t’endurcir. Et la prochaine fois que tu viendras déranger l’une de mes séances d’entrainement pour un motif aussi futile, tu goûteras à ton tour à la caresse cuisante du mur des pénitents.

                Une joie mauvaise illumina le visage d’Heki quand Kaylana se présenta à lui sur le seuil du manoir. Angar ne partagea pas son enthousiasme et se renfrogna à sa vue. Peut-être le garçonnet l’appréciait assez pour mal supporter que son ainé en fasse la cible de ses tourments. L’adolescente, impavide, s’enquit d’un ton neutre des désirs de visite de ses hôtes pour la journée.

- Les forges de soie ! répondit aussitôt Heki. Je tiens à voir de mes propres yeux les célèbres ateliers de tissage de Pharhys ainsi que vos élevages d’arachnides géants. J’ai vu un lancier alfar prendre une flèche en pleine poitrine, à courte portée. Il avait revêtu une armure de soie d’araignées et n’écopa que d’un vilain bleu. La flèche n’avait pas percé sa protection. La tête était en fer, par les boucs de Thor !

- L’accès aux ateliers est interdit aux non…commença l’adolescente, aussitôt interrompue.

- Tu vas nous conduire aux forges, donzelle. D’une manière ou d’une autre. Je ne quitterai pas cette foutue montagne sans une armure de soie. Ce sont les soieries qui ont permis d’amasser toutes les richesses de cette cité. Sans elles, les Gris ne vaudraient pas mieux qu’une bande de lapereaux tapis dans leur tanière, effrayés par le soleil et le reste du monde !

- Heki…se lamenta Angar, las et effrayé par le ton colérique de son frère.

- Ensuite, nous nous rendrons au temple honorer les dieux, l’ignora le barbare, crachant son venin au nez de Kaylana. Puis au lupanar dont tu ne cesses de me parler pour honorer une putain. Ta garce d’amie m’a offert un piètre divertissement cette nuit. Peut-être en choisirai-je une qui te ressemble…Peut-être même t’ordonnerai-je de rester pendant que je la prendrai, afin que je puisse te regarder durant tout…

- Heki !

                Le surfacien se retourna brusquement mais son irritation s’envola devant l’expression pitoyable de son cadet. D’une main, il lui ébouriffa les cheveux. Kaylana remercia intérieurement l’enfant d’avoir réussi à endiguer le flot de propos haineux qui lui écorchait les oreilles.

- Les ateliers des tisserands se situent à un niveau inférieur, déclara-t-elle avec une indifférence qui fit nerveusement tiquer Heki. Il va falloir marcher un peu. Suivez-moi.

                Perstog avait raison. Le calme détaché qu’afficha la jeune fille gâta l’humeur d’Heki qui devint morose après seulement quelques minutes de marche. Kaylana ne lui accordait ni regard, ni parole, le laissant aux bons soins du soldat alfar qui assurait sa protection. Elle aurait préféré rompre la monotonie de la marche en répondant aux mêmes mille questions qu’Angar lui avaient posé la veille, mais le jeune garçon semblait pensif, suivant sans même observer les alentours. La journée promettait donc d’être encore plus rébarbative et pénible que la précédente…

                Une silhouette aux traits familiers émergea brusquement de la foule d’une large place publique encombrée. Kaylana reconnut sur-le-champ l’homme surpris à les guetter durant leurs excursions précédentes. Sans prendre la peine de faire preuve de discrétion, il fendait les rangs des passants à vive allure, bousculant et poussant les badauds pour mieux les rejoindre. Sa main fit jaillir de sa manche une dague effilée qu’il brandit bien haut en se précipitant sur Heki. L’attaque provoqua la charge du soldat qui alla se porter à sa rencontre pour l’intercepter. Kaylana réagit alors en poussant un cri apeuré et en faisant mine de s’enfuir dans la direction opposée. Comme elle l’avait anticipé, le véritable assaillant se détachait des ombres dans le dos du surfacien à présent débarrassé de son protecteur par une diversion grossière. Déjà, le premier assaillant effectuait une volte-face destinée à entrainer le garde dans une course-poursuite stérile dans les ruelles où il disparaitrait sans peine.

                Kaylana passa à côté d’Heki, figé sur place par la stupeur. Le tueur s’apprêtait à le poignarder quand l’adolescente le percuta de plein fouet, mimant une fuite apeurée et maladroite. Son élan permit de briser la charge de l’attaquant et de le renverser sur le dos. Habilement, elle immobilisa sa main armée en lui tordant violemment le poignet et retomba lourdement de lui de tout son long de manière à ce que l’arrière de son crâne heurte rudement le sol pavé. Désarmé et à demi-assommé, l’assassin ne parvint pas à échapper au soldat revenu sur ses pas, alerté par les appels des quidams à la vue de la dague lâchée. Kaylana se releva en poursuivant son rôle de victime sous le choc. Si Heki, les yeux écarquillés et la bouche bée, sembler peiner à digérer la tentative de meurtre dont il venait de faire l’objet, l’expression décomposée d’Angar était pire encore. Kaylana la reconnut sans difficulté. Il n’eut guère besoin de simuler le désarroi sur le chemin du retour au manoir.

- Smar a décidé d’écourter son séjour, lui apprit Perstog plus tard dans la journée. L’assassin n’a pas mis longtemps à livrer le nom de son commanditaire.

- Angar…devina l’adolescente, perplexe.

- En effet, confirma l’alfar d’un ton curieux.

- Je l’ai lu dans ses yeux, expliqua-t-elle. Cette prise de conscience et cette culpabilité indéniables. Ainsi que la frustration de voir son frère échapper à son sort. C’est son frère…une ordure et un vantard au ventre-vide…mais son frère. Pourquoi souhaiter sa mort ?

- Que suis-je censé comprendre de mieux que toi aux vices de ton espèce ? Angar a déclaré que son oncle, le frère de Smar, l’avait encouragé à agir. Afin de devenir le seul héritier du Jarl. Afin de prouver sa valeur. Sans doute pour mieux se faire éliminer ensuite.

                Kaylana, assise, ramena ses jambes contre elle et serra ses genoux entre ses bras.

- Un enfant sans innocence, un frère sans amour fraternel…N’y a-t-il donc aucune lumière en nous ? Les dieux n’y ont-ils laissé que des ténèbres ?

- Le fait que tu sois consciente des failles de ta race et que cela te blesse prouve le contraire, fit le maître d’armes avant de se pencher vers elle. Et les ténèbres peuvent être une force non négligeable lorsqu’elles sont domptées et maîtrisées comme nous te l’enseignons. Ne rejette pas ce que tu es. Trouves-y l’inspiration pour devenir une meilleure Akh.

                Kaylana posa le menton sur son avant-bras, les yeux dans le vague. Elle se sentait tellement seule sans famille. Comment pourrait-elle supporter l’idée de se sentir seule au sein de son propre peuple ?