L'Autre-Monde
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Chapitre 1 - Trop Jeune Lionne

                La généreuse louchée déborda du bol tendu par Kaylana et lui éclaboussa désagréablement sur les doigts. La jeune fille haussa un sourcil à la vue, et surtout l’odeur affreuse, de la nourriture. La cantinière sembla s’amuser de sa surprise polie dissimulant mal sa répugnance.

- Ragoût de chien, lui dit-elle d’un air narquois. T’es une petite veinarde, wanre. À la saison des pluies, la spécialité c’est les escargots.

                Sur un dernier sourire aux dents gâtées et clairsemées, la douteuse cuisinière tourna les talons pour aller servir d’autres clients moins difficiles. Agitant sa louche d’une main et serrant contre son épaisse hanche son pot de ragoût, elle s’empressa de raconter l’échange à quelques voyageurs. Kaylana tâcha dignement d’ignorer les ricanements gras et les regards moqueurs. Les surfaciens semblaient se démener pour paraitre aussi frustres et arriérés que la rumeur le prétendait. Et ils avaient beau être aussi humains qu’elle dans une contrée alfare, elle les détestait profondément. L’adolescente huma de nouveau son bol avant de le reposer en soupirant. Comment un brouet pouvait sentir le chien mouillé ? Il était même probable que la grosse serveuse ne plaisante pas.

L’adolescente préféra pour l’instant profiter de la halte pour reposer ses jambes fatiguées par la route. Malgré l’auvent offrant un pan d’ombre appréciable au flanc de l’auberge, la chaleur était accablante en ce milieu de journée. Kaylana dénoua sa ceinture, sacrifia le fond d’eau de sa gourde pour en mouiller l’extrémité repliée. Puis, après avoir délacé le haut de sa tunique, elle entreprit d’appliquer le tissu humide sur son cou, sa gorge et son torse. Ses vêtements neufs de voyage étaient couverts de poussière et souillés de sueur. Elle pouvait compter le nombre de jours de voyage grâce aux ampoules émergeant chaque matin avec un rythme mécanique sur ses talons. Et la lumière crue du soleil d’été tourmentait sans relâche ses yeux habitués à la pénombre perpétuelle de sa cité-état souterraine. Malgré tout, la fraîcheur de l’eau sur sa peau fut grandement appréciable. Le regard appuyé d’un homme à la barbe bouclée attira son attention. L’inconnu, assis sur un autre banc à quelques mètres d’elle, était seul. Un cavalier, arrivé peu après elles, et dont Kaylana ignorait jusque là les œillades. Maintenant, il la déshabillait des yeux sans la moindre retenue. L’adolescente retira vivement la main de sa poitrine et referma sa tunique baillant à peine à la naissance de ses seins. Elle n’était même pas encore femme faîte et l’homme avait aisément le double de son âge. Les surfaciens n’étaient décidément que des bêtes.

                La jeune fille puisa dans son dégoût et son irritation pour raffermir son indifférence et son mépris envers le cavalier. Elle se leva lentement et marcha sans hâte jusqu’au puits proche, ayant autant besoin d’eau que d’une vue différente. Une fois sa gourde de nouveau pleine et sa soif étanchée, elle constata avec agacement que l’homme s’était installé à son banc, faisant mine de rien. Elle ralentit et calcula ses options. En tant qu’humaine, elle ne pouvait guère s’éloigner des quelques mètres alloués à ceux de son espèce, en dehors du bâtiment. Et elle se devait d’attendre là que Tiarn’ess à l’intérieur ait fini de se restaurer pour quitter les lieux. Kaylana observa l’impudent culotté, puis son bol encore plein et son bâton à côté de lui. Bien décidée à ne pas se laisser impressionner par de telles manières, elle se rassit sans lui prêter la moindre attention et entreprit de manger. Le barbu ricana doucement à la grimace de sa première bouchée.

- Ce n’est pas vraiment du chien, tu sais, petite. Enfin, pas que…

                Kaylana ne cilla pas, le nez dans son bol.

- Tu n’es pas du coin, hein ? Tu accompagnes des Gris ? Tu es une wanre, une esclave domestique ?

- Je n’ai pas la permission d’adresser la parole à des étrangers, messire, répondit-elle, toujours sans le regarder et aussi fermement que l’étiquette alfare le lui permettait. Merci de ne pas vous en offusquer.

                Le surfacien rit de plus belle, ce qui fit monter le feu aux joues de l’adolescente. Il lui semblait même qu’il s’était sensiblement rapproché d’elle. Autour d’eux, des têtes se tournèrent pour assister au spectacle. Des barbares, tous.

- Une wanre, clairement ! Et sacrément bien dressée ! Pas besoin de me donner du messire, ma jolie. On est entre humains aussi. Les règles des Gris ne valent qu’entre Gris.

                L’homme ponctua son insolente déclaration d’un crachat au sol avant de se pencher vers elle de manière plus qu’inconfortable.

- Faut qu’on s’entraide, nous-autres, tu sais. Ça me fend le cœur de voir une mignonne comme toi crever de faim et se forcer à avaler cette diarrhée de troll. Il me reste deux pommes dans ma musette. Ma foi, je les préfère dans ton gosier que les voir m’encombrer sur la route jusqu’au soir.

                Le barbu fit apparaitre les deux fruits de sa besace et les tendit à Kaylana avec un sourire engageant. L’angle de son regard frôlant les limites de son décolleté n’échappa pas à la jeune fille.

- Je suis esclave, monsieur, je ne peux accepter, murmura-t-elle.

- Je te laisse mes pommes et tu me laisses les tiennes, glissa-t-il à son oreille en posant une main moite sur son genou.

                Kaylana se raidit littéralement, abasourdie par tant d’effronterie et de grossièreté. Sa stupéfaction étira le sourire de l’étranger.

- Tu ne dois pas voir beaucoup de pays au fond de tes caves, gamine. Laisse donc Jorge t’élargir l’horizon. Remballe-moi cet air offusqué. T’apprendras plus au fond des bois avec Jorge que toute une vie à cirer les bottes de tes fichus maîtres.

                Kaylana conserva un court silence outré avant de se tourner enfin vers l’inconnu. Sans surprise, il était aussi laid de loin que de près. L’expression dure et le ton plein d’assurance de la jeune fille estompèrent son sourire niais.

- À cette distance et à l’orientation de votre regard, il doit vous être aisé de voir le motif marqué au fer sous ma clavicule : une gemme coincée dans la gueule d’un lion de profil. Et si vous êtes « du coin », vous devriez la reconnaitre. Je suis wanre au service de la Maison Hatchnar de Pharhys, la cité-état de la Frai des Dieux. Si je mésestime votre savoir, je doute que cette patrouille alfare en approche partage votre méconnaissance des familles nobles de la région. À vous de juger si je mérite que vous preniez ce risque ou s’il vous serait plus sage de conserver vos pommes pour accroitre vos chances auprès de votre monture. Messire.

Le regard incrédule de Jorge oscilla entre le groupe de soldats cheminant vers l’auberge et la jeune fille imperturbable. Le temps qu’il reprenne ses esprits, Kaylana avait récupéré son bâton et son bol pour s’installer à l’ancienne place du cavalier, désormais vide, après une ultime formule de politesse.

                                                       *

                                                   *      *

- Tu as parlé ainsi à ce rustaud ?! s’exclama Tiarn’ess, peu de temps après avoir quitté l’auberge.

- J’étais quelque peu déstabilisée, je le reconnais, sans quoi j’aurais pu me montrer plus incisive, se vanta Kaylana, amusée. Quelque pique du genre « je crois que votre allusion graveleuse et votre haleine viennent définitivement de me faire perdre l’appétit » ou « Grâce à vous, je sais à présent que cette immonde pitance contient en effet du chien : vous en avez en commun l’odeur ».

- Tu n’aurais pas osée ! protesta l’alfare en rajustant son ombrelle pour s’abriter du vif soleil de l’après-midi.

- Non, c’est vrai, admit l’adolescente dans un bref rire. La vérité est que mon cœur battait la chamade et que j’étais trop transie de peur. Mais l’ami Jorge n’avait nul besoin de le savoir. Et cette patrouille était un don du ciel. Les lionnes ne tremblent pas face aux chiens.

                Kaylana caressa respectueusement le blason à tête léonine sur son habit. Le plus pénible avait été d’éviter de provoquer un esclandre ou de se laisser abuser, voire rosser, par un adulte. Impossible de briser quelques phalanges en public, même pour se défendre. Sa couverture et la mission auraient volés en éclat.

- Ta rebuffade ne l’a-t-il pas mis en colère ? J’ai entendu dire que les mâles humains sont aussi sensibles aux coups de sang qu’à leurs pulsions primaires.

- Il a éclaté de rire, avoua la jeune esclave à son amie. C’était affreusement gênant jusqu’à ce que je comprenne que ma tirade l’avait…impressionnée, je crois. Il m’a dit que j’avais du cran pour une gamine et que je ne savais pas ce que je ratais. Je nourris encore un sérieux doute sur cette dernière affirmation. L’important est qu’il a cessé de m’importuner et qu’il m’a même cédé l’une de ses pommes. Puis il est partie en me demandant mon prénom. C’était…étrange et troublant.

- Pour une humaine, commenta doucement l’apprentie. À Pharhys, ce goujat aurait goûté au fouet pour son outrecuidance.

                À Pharhys, comme dans toutes les cités-états alfares, les hommes ne se permettaient aucune familiarité ou même tentative de séduction ouverte. Le système alfar, matriarcal et stratifié en castes rigides, n’autorisait guère de fantaisie quant aux rapports sentimentaux. Et un humain adressant la parole à une alfare devait soigneusement soupeser ses mots. En tant qu’apprentie de la maîtresse d’une maison noble, Tiarn’ess n’avait rien à craindre qu’un incident similaire survienne dans l’enceinte de la cité. Ceci, Kaylana se garda néanmoins de le lui rappeler.

 

- Crois-tu que ce malandrin appartenait à la bande que nous recherchons ? demanda soudainement la sorcière, nerveuse.

- J’en doute, répondit la wanre en faisant tournoyer sa pomme dans sa main avant de la jeter sur le bas-côté. La plaignante a fait allusion aux accents gutturaux nordiques et aux cheveux hirsutes couverts de poix de ses assaillants. Il doit s’agir de Saënirs, sans doute bannis de leur clan ou déserteurs en fuite vers le sud. Jorge était originaire du domaine.

- Pourquoi as-tu lancé ce fruit ?

- Les filles prudentes ne croquent pas les fruits offerts par les inconnus négociant leurs faveurs contre deux pommes. Et en mission, la prudence est une nécessité vitale.

                Tiarn’ess adressa un regard en coin à son esclave.

- Peut-être devrais-tu ajuster ta tenue pour éviter que ce genre de mésaventure ne se reproduise.

                Kaylana laissa glisser la remarque. Inutile de lui faire croire que sa silhouette amaigrie, ses traits rudes et ses formes naissantes déchainaient les passions. Néanmoins, elle demeurait aux yeux d’un humain toujours plus désirable qu’une alfare efflanquée, au teint grisâtre, aux pouvoirs magiques sinistres et dont l’espèce était assimilée à une engeance démoniaque depuis l’aube des temps.

- Les mâles humains sont aussi étrangers au concept de goût qu’à celui de l’hygiène la plus élémentaire, concéda-t-elle docilement en resserrant son vêtement en dépit de la chaleur effroyable. Nous devrions atteindre le temple dans une heure, je gage. As-tu convenablement joué de ta bourse, comme convenu ?

- Je me suis même permis le luxe de renverser mes cristaux en réglant le tenancier. Est-il envisageable que je range mon escarcelle à présent que nous arrivons ? Nous ne croisons plus guère de monde depuis que nous avons quitté la route principale.

- Non. Pour appâter nos proies, il nous faut nous résigner à jouer nos rôles d’ingénues en balade jusqu’au bout.

- N’est-il pas possible au moins d’alléger mon fardeau ? se plaignit l’apprentie. J’ai l’impression d’être une bête de somme convoyant des impôts avec pareil trésor à ma hanche !

- On nous observe peut-être en ce moment, mentit Kaylana dans un murmure pour mettre un terme à cette discussion.

                Tiarn’ess et elle se côtoyaient depuis des années au service de la maison Hatchnar et entretenaient des rapports cordiaux, parfois mêmes plaisants lorsqu’il s’agissait de débattre d’histoire ancienne, une passion commune, ou de simples ragots futiles. Mais Tiarn’ess était ce qu’elle était : une alfare noble promise à devenir une sorcière de premier ordre au sein des hautes sphères de la cité. Et Kaylana, bien qu’Akh, l’équivalent d’une espionne ayant suivi un entrainement et une éducation tout aussi exigeants et riches, n’en était officiellement que l’esclave domestique.

                La disciple parla peu sur le reste du trajet, cachant mal la peur que Kaylana avait distillée en elle. Sur la grande route, au cœur du territoire alfar, elles ne craignaient rien. Mais à présent qu’elles progressaient sur un chemin moins fréquenté, au milieu de bois denses, et surtout non loin du lieu de l’agression de leur cliente, le danger devenait plus concret. Et menaçant. Kaylana restait toutefois optimiste. Son plan n’aurait pas été validé si Tiarn’ess avait été trop exposée. L’attaque avait eu lieu sur une cible isolée, le soir tombant. Les bandits sévissant dans cette forêt étaient certainement lâches, mais pas assez stupides pour réitérer tout de suite une attaque sur une alfare. La magicienne noble dépouillée à son retour du temple avait préféré requérir l’assistance parallèle d’Hatchnar plutôt que celle de la soldatesque, pour une évidente question d’honneur. Les détrousseurs devaient donc s’attendre à des représailles et se montrer prudents. Néanmoins, les loups avaient goutés au sang. Ils ressortiraient immanquablement des bois. Mais pas si tôt.

                Les deux voyageuses parvinrent finalement sans encombre au temple du Saule Sombre. Hatchnar avait jugé opportun d’envoyer sa disciple étudier les arcanes magiques de ce sanctuaire isolé en vogue chez les nobles. Une couverture idéale pour permettre de régler la question des brigands de manière aussi discrète et expéditive que l’escomptait leur cliente. La jeune alfare, lassée de la marche, se comporta en parfaite noble : exigeante, geignarde et désireuse de visiter l’ensemble du temple avant d’y prendre ses quartiers. Kaylana la débarrassa de sa tenue de route, lui lava soigneusement les pieds, l’aida à enfiler sa robe d’apprentie et fut consignée dans sa chambrée jusqu’à son retour. Elle s’en retrouva ensuite sur le palier au crépuscule lorsque Tiarn’ess daigna enfin la congédier. Le temple étant exclusivement réservé aux alfars, Kaylana devait s’en retourner jusqu’à l’auberge du cavalier aux pommes si elle ne voulait pas dormir dans un fossé.

- M’aurait-elle rajouté une cape de laine blanche que je n’aurais pas davantage ressemblé à un mouton, soupira l’adolescente en s’engageant seule sur le chemin du retour.

                Son bâton à la main, la besace contenant les effets de Tiarn’ess et son or (interdits dans un lieu saint) sur le dos, l’esclave incarnait une plus belle proie qu’elle n’aurait osé en rêver. D’un pas pressé, elle s’enfonça dans les bois, se demandant vaguement combien de fois il lui faudrait faire les allers-retours du temple à l’auberge et inversement avant que la mission ne soit achevée. La peur sinua lentement dans son cœur à mesure que le jour tombait. La plaignante avait parlé de trois agresseurs. Son témoignage était-il fiable ? Kaylana pourrait-elle les défaire ? Et s’ils la surprenaient ? S’ils la piégeaient ? Si une inattention due à la fatigue entrainait son échec ? N’était-il pas présomptueux de la part d’une adolescente incapable d’incanter le moindre sortilège de provoquer un groupe de voleurs armés ? L’attente et le stress la gagnant rendirent Kaylana fébrile. Elle vit bientôt des ombres bouger à chaque virage, des ennemis derrière chaque rocher, chaque arbre. Son pas s’accéléra encore. Elle ne faisait plus cent mètres sans avoir sursauté au moins deux fois. Haletante, elle parvint finalement en vue d’un ruisseau coulant au bord du chemin et décida de s’y arrêter pour retrouver son souffle, et un semblant d’esprit. Le vent gémissant faisait lugubrement onduler les branchages autour d’elle. Les ombres s’épaississaient, enroulées autour des troncs des hauts sapins comme de la brume. Une branche craqua, tout près. Un oiseau poussa un cri bref. Kaylana essuya la sueur de ses mains à sa tunique et se redressa lentement en respirant profondément. Ainsi, l’heure était venue de se comporter en lionne ou en brebis.

                Les deux hommes émergèrent des broussailles dans son dos au moment où elle faisait volte-face. Un troisième apparut et se planta au milieu du chemin, regardant plus loin. Un guetteur. Deux lames jaillirent. Les visages des voleurs étaient dissimulés par des foulards. Leurs cheveux se dressaient en pics grotesques sur leurs têtes. Des Saënirs. Des humains. Elle les détestait. Le premier avança vers elle. Kaylana n’eut pas besoin de feindre la peur. Devançant le barbare, elle se saisit de la bourse sonnante de Tiarn’ess et la lui tendit de ses doigts tremblants. L’homme marqua un temps d’arrêt, puis fit un pas supplémentaire. Sa main se tendit vers la bourse. L’espionne la lâcha une seconde avant qu’il ne s’en empare. Suivant bêtement des yeux la chute de l’or dans l’herbe, il ne vit pas le bâton fondre sur lui. Main. Plusieurs doigts violemment écrasés craquèrent et se retournèrent dans des angles improbables. Bouche. Le foulard s’arracha dans une gerbe de sang et quelques débris de dents. Front. Le brigand poussa un cri étranglé avant de s’écrouler. Kaylana le dépassa en fusant comme une furie avant qu’il ne touche terre. Le second assaillant, encore hébété par la fulgurance de l’assaut, leva mollement sa dague incurvée. Le bâton décrivit un arc-de-cercle. Son bout ferré habilement dissimulé sous le bois à son extrémité le heurta à la tempe. Il s’étala dans un arbuste et tressaillit durant plusieurs secondes avant de cesser de bouger. L’adolescente se pencha pour le délester de son arme et fonça sur le dernier voleur. La fugace hésitation de celui-ci fut balayée par la charge véloce de l’adolescente. Le loup esseulé tourna les talons et détala dans la pénombre. La lame dérobée, lancée de toutes ses forces par la lionne déchainée, l’atteignit au niveau des reins. Il chuta en geignant, se releva, tituba et sprinta aussi vite qu’il le put.

                Kaylana s’immobilisa sur la route, livide et le cœur fou. Elle revint sur ses pas en trottinant et s’agenouilla dans les fourrés, épiant le soir à la recherche d’un éventuel adversaire supplémentaire. Ses deux victimes étaient neutralisées, mais comme on le lui avait appris, elle se força à s’assurer de leur état. Le silence était revenu maintenant. Les Saënirs à ses pieds étaient morts ou le seraient sous peu. Le dernier, blessé comme il l’était, serait facile à suivre. Ses traces aisément relevables la mèneraient directement à leur cachette. Le talisman volé à la cliente devrait s’y trouver et si ce n’était pas le cas, elle pourrait mettre la main dessus en confondant le palefrenier aperçu à l’auberge ce midi. Sans grande surprise, il ressemblait trait pour trait à l’un des barbares étendus là. Simple informateur ou cerveau de la bande, peu importait. Il serait mort demain. La mission était quasiment accomplie. Il ne restait plus qu’à y mettre un terme définitif. Expéditif et discret. Kaylana glissa sans un bruit dans les fourrés et récupéra la bourse abandonnée. Demain, tout serait fini et elle avait réussi cette épreuve. L’adolescente s’écroula et enfouit son visage dans ses mains. Agitée de spasmes incontrôlables, elle pleura durant ce qui lui parut une éternité. Il lui restait décidément bien du chemin à parcourir avant de se targuer de vraiment posséder du cran.

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