L'Autre-Monde
L'Autre-Monde

- Aussi étoffée et attrayante qu’un épouvantail de paille moisie, grommela Svir avec un sourire féroce. Et je parie toute aussi inconfortable à la culbute !

           Knud suivit à la dérobée le regard de son camarade ciblant Rehn de dos, penchée en avant, occupée à fouiller dans sa besace. Son anatomie exposée, pourtant sensée être la plus charnue et bienvenue à la contemplation, brillait par son manque d’arrondi comme d’intérêt. Svir cracha bruyamment au sol lorsque la magicienne, inspirée par cet indéfinissable sixième sens typiquement féminin, suspendit son geste pour tendre vers les deux hommes son long cou effilé de grue déplumée. Knud n’eut pas de mal à feindre l’indifférence pour échapper à sa vigilance. Son compagnon n’avait quant à lui aucune crainte à nourrir sur le sujet. Il était plus facile d’être discret lorsqu’on était invisible, et accessoirement, mort. Après un bref coup d’œil incisif, la tempestaire relança les recherches dans son paquetage encombré de dents de rongeurs, de plantes malodorantes, d’insectes décomposés et autres breloques à sorcière. Près d’elle, torche en main, relégué au rôle de chandelier, Aslak l’éclairait avec la patience stoïque d’une statue, dont il partageait aussi la même atonie. Il écopa d’une bourrade en défouloir de la mauvaise humeur de sa maîtresse et se rapprocha machinalement pour ajuster sa lumière, toujours aussi apathique.  

- Je ne sais pas comment le basané parvient à la chevaucher en boucle. La ribaude n’est pas seulement laide comme une ânesse anémiée, c’est aussi une vipère aux crocs bien taillés.

- La vilenie et la duperie sont dans sa nature de noble, philosopha le champion. Je dois reconnaitre que tes conseils à son sujet étaient avisés.

- Comme celui de l’inféoder par la saillie ?

- Non, pas celui-là ! rétorqua Knud avec fermeté tandis que Svir mimait vulgairement une fornication endiablée. Elle a échoué à l’épreuve de la vérité.

- Oui, j’ai écouté avec attention. Elle a menti, j’en suis quasiment convaincu.

- Plutôt que les mensonges, ce sont ses non-dits et sa manie d’orienter la discussion qui l’ont trahie. Elle méprise notre cause et considère la Dame Dorée comme une usurpatrice ou comme l’une de ces engeances vomies par les ténèbres ! Hérétique !

            À la grimace appliquée de Svir, Knud se rendit compte qu’il avait prononcé sa dernière malédiction à voix basse au milieu de grognements contrariés lui valant déjà des coups d’œil interrogateurs de ses compagnons intrigués. Rapidement, il se composa une expression lissée moins inquiétante. Le drogué à la pâleur épouvantable se laissa leurrer et reprit sa lutte interne avec ses propres démons. Mais la Fossoyeuse l’observa d’un air investigateur plutôt déplaisant. Il fallut le début de l’incantation de Rehn, ayant enfin déniché ses ingrédients dégoutants, pour détourner son attention. Knud grommela. Son défunt ami le tança d’un hochement de tête désapprobateur. Au moins, par amitié, il lui épargna une nouvelle remontrance sur la nécessité de s’exprimer avec lui sans parler. Outre son don d’imperceptibilité, le fantôme lisait directement dans ses pensées. Bien qu’il ne lui soit nullement néfaste ou hostile, pas même rancunier après sa funeste rencontre avec Skümvatten, il demeurait néanmoins parfaitement décédé et surnaturel. Knud aurait pu le prier d’aller hanter plus loin, Svir aurait certainement obéi, demeurant son bras droit même au-delà de la mort. À présent éminence grise, espion et confident, c’est lui qui le guidait sur les pas de la Dame Dorée dont il se prétendait l’envoyé.

- Tu comptes laisser la princesse poursuivre crânement son manège ? demanda le spectre tandis que le groupe observait silencieusement Rehn animer quelques boules de plumes et d’os pour les ressusciter en étranges volatiles vaporeux.

- J’ai besoin de toutes les forces vives disponibles pour atteindre le gardien, lui répondit mentalement son ami, sachant qu’il ne faisait pas allusion à cette invocation de familiers destinés à sonder la brume. Avec le pouvoir dont elle jouit, les siennes sont loin d’être négligeables.

- Mais elle n’a cure de l’Alfe. Et c’est une catin sournoise et calculatrice.

- Ne l’appelle pas comme ça.

- Comme quoi ? L’Alfe ?

- C’est la Dame Dorée, gronda le champion mécontent. Montre un peu de respect, soldat.

- Elle n’a cure de la Dame Dorée, se corrigea le fantôme, non sans insolence. Elle finira par te poignarder dans le dos si tu ne la lies pas rapidement à ton service. Foutre de Thor ! Tu devrais la baiser…

      Knud émit un soupir rauque d’avertissement qui mit fin, momentanément, aux débordements d’obscénités de son subordonné. Svir s’était toujours plu à flirter avec les excès, défiant à tour de bras et se consommant dans toutes les dérives possibles. Knud appréciait toutefois sa fougue et l’astuce mêlée de culot lui permettant de s’extirper des ronciers qu’il aimait à fendre sans détour. Avec le temps s’était forgée entre eux cette camaraderie virile caractéristique des guerriers, faite de rivalité, de dévouement exemplaire et de familiarité avec la souffrance. Irrévérencieux et impertinent, Svir ne respectait qu’un domaine cher à son chef : sa ferveur religieuse. Hier les dieux et le jeune roi, aujourd’hui la Dame Dorée. À présent, au-delà des exigences du rang et des devoirs de l’amitié, c’était la quête de la mystérieuse messagère qui liguait les deux anciens alliés. Svir servait de trait d’union entre Knud et elle, personnellement choisie par cette dernière pour toutes ces raisons selon lui. Songeur, le duelliste observa l’envol des trois mouettes au plumage éthéré et grisâtre, parodies ensorcelées d’oiseaux crépitant encore de la magie leur tenant lieu de vie. Rehn les lança tour à tour dans une direction différente de larges gestes cabalistiques, laissant la nuit engloutir ses familiers à l’existence aussi mystifiée que celle de Svir.

-  Nous devrions gagner un endroit plus sûr, déclara presque aussitôt Signe avec appréhension. L’oid charrie des ondes incommodantes par ici. Vous devez le sentir également, n’est-ce pas ?

- Ce doit être la proximité de la frontière de cette aire, suggéra Jarand, illustrant par le délabrement avancé de son état de santé l’affirmation de son amie. Éloignons-nous.

- Mes pisteuses vont nécessiter quelque délai avant de traverser la brume et mettre à jour une voie praticable, confia Rehn à son tour. Revenons sur les hauteurs. L’oid semble en effet infecté. La mort hante cette bordure.

           Knud conserva le silence mais ne put se retenir d’adresser un regard lourd de sens à Svir qui tournoyait autour de Signe en flattant précautionneusement sa chute de reins.

- Arrête ça ! Veux-tu qu’elle détecte ta présence ? C’est une bergère des âmes errantes.

- Heureusement pour nous, je tiens davantage du bouc que du mouton, ricana le fantôme en s’éloignant à contrecœur. Rassure-toi, elle ne peut me voir. Tu l’as entendue de sa bouche. Ce pays n’en est plus vraiment un, saturé de sorcellerie et coupé du monde. Même ses pouvoirs de Banshee ne suffisent plus à en sonder les abîmes. Mais je pense pouvoir être capable de me monter à elle si tel est ton souhait. La mignonne est plus intéressante à côtoyer que l’ânesse famélique.

- Pourquoi croyez-vous que nous ne trouvions plus trace des bornes Dvergrs ? questionna Signe en se rapprochant de Knud tandis qu’ils revenaient vers la grotte.

- La bergère cherche une houlette à laquelle s’agripper, plaisanta Svir en dansant entre eux.

- Comme le faisait remarquer Rehn, ce doit être en raison de notre éloignement, l’ignora Knud. Nous nous sommes enfoncés trop profondément dans des terres que les Dvergrs ont sans doute jugés préférable d’éviter. Ces volatiles comme éclaireurs nous permettront de trouver notre chemin sans risquer de nous égarer ou pire, de revenir sur nos pas.

      Le guerrier tâcha de se montrer rassurant et confiant, mais l’adolescente ne parvint pas totalement à dissimuler son anxiété. Il songea à l’angoissante idée d’échouer de nouveau au fond des marécages mortels de Skümvatten et à la possibilité de retomber nez à nez sur l’ogre possiblement reconstitué par le maléfice ambiant. Il en frémit imperceptiblement.

- Les Dieux nous guideront jusqu’au gardien tant que nous nous montrerons dignes d’eux, rajouta-t-il pour apaiser les craintes de la femme-enfant, ainsi que les siennes. La bénédiction de la Dame Dorée est sur nous.

- Elle n’en croit pas un mot, grand chef, lui souffla Svir sans le moindre tact. Elle suinte la peur. Peur de cet endroit, des épreuves à venir, des abominations du brouillard, de l’échec mais plus encore, de la tourmenteuse. Et de toi.

           Knud feignit de scruter les montagnes au loin, baignant dans la clarté timorée d’étoiles démesurément larges, et ce, afin que Signe ne soit pas davantage effrayée par son rictus irrité. Il ne comprenait que trop les sous-entendus de son camarade à la langue bien pendue et cela suscitait une colère cuisante en lui.

- Tais-toi, imbécile. Crois-tu que je l’ignore ? Rehn me regarde déjà comme une bête de foire, comme un prédicateur dément. Je le vois dans son regard vipérin. Hors de question de la laisser contaminer Signe et cette épave de myste ! Je crois en la Dame. J’ai la foi. Je ne suis pas fou !  

- Si tu ne veux pas passer pour tel, commence par arrêter d’essayer de convaincre la voix dans ta tête.

           Le spadassin accéléra subitement le pas, laissant Signe dans son sillage, interdite et troublée. L’ascension des vallons rocailleux menant à leur abri sous les caresses incessantes du vent glacé l’aida à dissiper sa contrariété. Une fois parvenu dans leur refuge de fortune, il avait retrouvé son calme rassérénant et l’inspiration de ses encouragements. Sous prétexte de surveiller les alentours pour prévenir toute mauvaise rencontre, il se débarrassa de Svir le temps d’achever de conforter son humeur bienveillante. Il aida Aslak, aussi peu loquace que soporifique, à improviser une collation, qu’il distribua ensuite à ses compagnons en les divertissant d’anecdotes cocasses de son passé militaire et de sujets légers. L’ambiance tendue s’en trouva appréciablement soulagée, malgré l’attente forcée et les marmonnements abstraits imposés par le rituel de Rehn. Assise en tailleur, les yeux révulsés et ses doigts crochus tripotant obsessionnellement sa bourse à colifichets, la tempestaire livrait de temps en temps une indication sur les découvertes de ses éclaireurs. Un champ de bataille immense parsemé d’armes brisées dont les lames auréolées d’une lueur crue inondait l’aire de mille halos crépusculaires des plus sinistres. La croûte morcelée d’une côte battue par des vagues furieuses crevée de geysers bouillonnants crachant des jets vertigineux de fumée, de rocs, d’eau et de feu mêlés. Une forêt d’aiguilles de pierre effilées cernant un volcan rougeoyant répandant ses nuées ardentes de braises en averses mortelles. Les nouvelles n’étaient guère réjouissantes et offraient une concurrence sérieuse aux bavardages bon enfant de Knud. Elles menacèrent même de le laisser à court de sujets lorsqu’enfin Rehn se redressa aussi promptement que si un doigt glacé s’était aventuré sous son corsage.

- Une tour ! s’exclama-t-elle avec une excitation presque palpable.

- Occupée ? interrogea le champion.

- Éclairée. Des dépendances. Des troupeaux… En route.

          La tempestaire traversa la caverne d’un pas vif, portée par ses longues jambes et l’emprise raffermie de sa concentration sur sa mouette isolée. Elle ne prononça pas un mot de plus jusqu’à avoir atteint la frontière embrumée, se retenant manifestement avec peine de ne pas courir pour éviter de semer ses compagnons peinant à maintenir son allure. Jarand perdit à deux reprises l’équilibre en dévalant la pente accidentée et assombrie de la combe, la respiration sifflante et encombrée. Knud le hissa sur ses pieds la première fois. La seconde, il se contenta d’un encouragement creux, encore écœuré par le contact de la sueur huileuse du myste. Svir lui jeta des cailloux qu’il ne pouvait ramasser avant de rapidement lui préférer les halètements de Signe qu’il escorta avec l’indéfectible intimité d’une tique affamée. Rehn s’immobilisa devant le mur enfumé et tourbillonnant marquant la frontière de ce domaine montagneux le temps d’affiner sa piste. Puis, sans un regard en arrière pour son contingent épuisé, elle s’immergea dans les ténèbres. Signe et son parasite lui emboitèrent le pas, suivis de Knud. Poussé d’un coup de tête exaspéré du poney, Jarand ferma la marche.

         La troupe se regroupa aux abords d’une forêt dense à peine moins lugubre et silencieuse qu’un sépulcre en ruines, rognant sur une plaine densément herbue criblée de flèches de givre scintillantes. Knud s’approcha avec circonspection de l’un de ces blocs de pierre dont le cœur pulsant diffusait une étrange lueur froide et bleutée. Le phénomène écartant timidement l’obscurité rampante lui rappela les cristaux Alfars dont certains Dvergrs faisaient commerce, capables d’emmagasiner la lumière du jour pour la restituer longuement par la suite. Rehn tourna le dos aux rangées de chênes tordus et enchevêtrés comme des ronciers, les ignorant au profit de la tour précédemment repérée dont la silhouette fièrement érigée près d’un contrefort naturel s’habillait de contrepoints de feux. Le duelliste l’imita sans plus de scrupules, nourri de la méfiance communicative de Svir envers les ombres mouvantes glissant entre les troncs déformés. Les troupeaux aperçus par le familier ne furent pas difficiles à trouver, et pour cause. Il s’agissait d’aurochs aux cornes spectaculaires et au pelage abondant paissant paisiblement l’herbe grasse, éparpillés en bandes restreintes guère farouches. Leur forte densité et leur absence de crainte instinctive à l’approche d’intrus excluaient de facto leur caractère sauvage. La présence de guetteurs rabougris hissés sur des échasses et préservés du vent par d’épaisses fourrures bouclées achevait de démontrer leur domesticité. Éparpillés et aux aguets, ceux-ci déclenchèrent l’alerte à la vue d’étrangers avec une réactivité tout à fait admirable, échangeant de brefs coups de cors qui se répercutèrent jusqu’à la tour. Aucun ne se montra toutefois agressif, optant pour une retraite prudente entrainant les aurochs, même ceux qui rechignèrent à interrompre leur festin.

- Remettez ça à sa place, commanda Rehn lorsque Knud se saisit de sa hache. Cinq vous parait peut-être magique, mais je considère cet effectif un peu court pour prendre d’assaut une forteresse.

- Comment ces bouseux ont-ils réussi à protéger leurs biens dans pareil lieu d’après vous ? Vous croyez qu’ils vont accepter de parlementer ? Quelle formule de politesse dévie les flèches, dites-moi ?

- Armes aux fourreaux et braguettes fermées, rétorqua la noble d’un ton sans appel. Tentons l’approche de la négociation. Vous aurez toute latitude à prouver combien vous êtes doué, manche en main, si celles-ci échouent.

            Ne parvenant pas à engager le dialogue avec les pâtres perchés qu’elle héla et salua, la tempestaire finit par les ignorer et se dirigea droit vers la tour sous les quolibets imagés de Svir et les regards assassins de Knud. Les éleveurs d’ovins finirent par former une assemblée qui, si elle parut faire office de représentants d’accueil, ressemblait davantage de près à un agglomérat de badauds disparates venus en simples spectateurs. Rehn leur retourna leur mutisme cinglant, uniquement entrecoupé de brefs appels de corne, sans les honorer de sa curiosité ou du moindre intérêt. Il ne s’agissait que de vieillards desséchés, malformés et repoussants comme des Jotnärs avec lesquels ils partageaient indéniablement une lointaine ascendance. L’étrange conseil immobile dispensa un certain malaise auprès de ses compagnons, mais Knud remarqua le calme olympien avec lequel la sorcière meublait cette attente. Car il s’agissait bien d’une pause forcée précédant l’arrivée du maître des lieux, guidé par les trompes tonitruant à intervalles réguliers. Ce dernier se montra après le délai nécessaire à un aveugle pour quitter son refuge. Le géant se présenta sous sa forme la plus belliqueuse et frappante, avoisinant les six mètres de hauteur, revêtu d’une armure de cuir, de toison, d’os et de cornes d’aurochs, une masse titanesque jetée sur l’épaule, arborant sans doute le rictus le plus cauchemardesque susceptible de rehausser encore sa hideur bestiale. À part lui, Knud félicita la clairvoyance de Rehn et le doigté de son approche leur valant certainement de respirer encore en ce moment.

- Ta hache suffirait tout juste à lui tailler les griffes, commenta Svir en suivant le fil de sa pensée. Le sale enfant de gagneuse ! C’est un Jotnär, grand chef, un vrai de vrai ! Et pas le plus beau, mon salaud. Par les corbeaux jumeaux, on lui a arraché les yeux au couteau à huîtres pour arriver à un tel carnage !?

- Maître géant, pardonnez notre intrusion cavalière sur vos terres, déclara Rehn de sa voix la plus suave. La paix soit sur votre maison. Nous sommes d’humbles voyageurs en quête d’hospitalité.

            Le monstre se raidit brusquement et plissa ses affreuses narines porcines avant de renifler bruyamment. Il tourna successivement la tête vers chacun d’eux, détectant sans peine leur présence, leur nombre et leur position, avant de parler d’une voix rauque aussi agréable que le crissement de pierres d’une avalanche.  

- Qui s’adresse à moi ?! s’exclama-t-il avec trop d’émotion.

           Knud le dévisagea attentivement tandis que Rehn mêlait à ses mielleuses formules de politesse élaborées frisant l’obséquiosité le venin de la manipulation. À ses tics de réaction inconscients, et d’autant plus faciles à déceler, il semblait davantage réagir à l’intonation de la voix qu’aux arguments exposés. Le champion en eut confirmation lorsque la sorcière invita les leurs à donner leur nom en compléments de présentation. C’est presque si le colosse ne sursauta pas lorsqu’il entendit la voix frêle de Signe. À l’évidence, il dévoilait une grave faiblesse envers les femmes, ce que cette garce de magicienne semblait avoir déduit bien avant lui. Et ce dont elle jouait outrageusement à présent, monopolisant la conversation, et la noyant de basses flatteries comme de gloussements exaspérants. Comment ? Avait-elle percé à jour la nature de l’aveugle à son physique particulier, sa bosse, sa peau cendreuse et son visage ravagé ? Avait-elle reconnu sa nature primaire dans ses tatouages aux symboles obscurs déroulés sur ses muscles puissants ? Ou connaissait-elle cet endroit avant de les y avoir menés ?

- Un serpent, abonda dans son sens Svir tandis que Rehn dispersait les dernières onces d’hostilité du géant dans un soupir de jouvencelle en détresse.

- Je suis le Contemplateur, annonça l’énucléé avec une fierté usée. Vous dinerez à ma table et prendrez du repos sous mon toit. Nous y serons mieux pour traiter cette histoire de fournitures. Mon clan est pauvre, isolé et reçoit rarement de visites courtoises. Mais il ne sera pas dit que nous refusons l’hospitalité à plus démuni et faible que nous.

      Rehn joint à ses profonds remerciements une révérence sophistiquée en guise de reconnaissance, consciente que les pâtres servaient d’yeux à leur seigneur. Si elle avait saisi la provocation et l’avertissement sous-entendus comme Knud l’aurait parié, elle n’en trahit aucun signe, en roublarde avertie de l’hypocrisie aristocratique.

- Vous nous honorez, monseigneur.

- Si vos intentions manquent du même honneur, vos restes agrémenteront ma table.

- Nous vous entendons.

           Le sang-froid de la tempestaire face à pareille menace, autant que le détachement avec lequel leur hôte l’avait proférée, laissèrent Knud sans voix. C’est avec cette semblable inquiétante nonchalance que le Contemplateur revint sur ses pas tandis que se dispersaient ses si peu loquaces vieux bergers, la plupart vers leurs bêtes, une infime partie en escorte passive de leur maître. Tel un mâtin hargneux ne relâchant sa prise sur sa proie sous aucun prétexte, Rehn s’empressa de se porter à hauteur du Jotnär pour l’accabler de futilités, interrogations et autres fadaises assommantes dont l’autre s’enivrait docilement. Lorsqu’il s’enquit de la raison justifiant le silence angoissé de la seconde femme du groupe, Rehn tua dans l’œuf toute concurrence potentielle de Signe d’une seule phrase, avec un brio et un plaisir certains.

- Elle a vu un fantôme, confia-t-elle d’un ton badin.

      Le géant ne parut pas saisir la plaisanterie et encore moins la référence douteuse à l’apparition d’Alfus. Signe ne contredit pourtant pas son alliée, claquemurée dans une aphasie apeurée depuis la venue du terrible monstre. Un geste de Svir fit remarquer à Knud ses mains agitées de tremblements.

- Je n’en suis pas surpris, confia le Contemplateur. Mes terres sont l’un des rares refuges au sein des Étoiles-Mortes.

- Les Étoiles-Mortes ?

- Ah ! Vous êtes donc bien plus perdus que vous l’imaginez, commenta le géant avec une condescendance bourrue qui n’ébranla en rien l’insubmersible Rehn. Il s’agit du nom avec lequel nous désignons ces territoires, profonds, anciens et les plus atteints par le mal du brouillard. Vous avez du croiser bien des périls et des étrangetés en chemin, mais rien n’est comparable ici. Il s’agit d’un domaine où la mort domine la vie, symboliquement et concrètement.

- Concrètement comme des visites de fantômes ?

- Concrètement comme les cataclysmes et calamités que provoque la profusion incontrôlée de toute forme de vie, telle une floraison excessive ou pire, une naissance. Mon clan était autrefois prospère grâce à nos troupeaux. Aujourd’hui, nous sommes contraints de réguler scrupuleusement la quantité de notre bétail. Au risque de le rejoindre dans la fosse commune.

         Le bossu porta sa main gigantesque à hauteur de ses yeux perdus tandis qu’une grimace de fureur viscérale affleurait une seconde sur ses traits rudes. Puis il retrouva son indolence dont Knud identifia la source dans une cuisante résignation.

- Le ciel vous manque ? lui demanda Rehn.

- Comment ?! s’exclama-t-il, pris de court par sa perspicacité.

- Vous vous nommez le Contemplateur et vous avez baptisé cet endroit Étoile-Morte. J’en déduis votre attrait pour les cieux et présume que votre tour, à sa position et architecture spécifiques, servait d’observatoire.

- Saviez-vous que la lumière d’une étoile continue à nous parvenir et à briller dans la nuit longtemps après s’être éteinte ? poursuivit le colosse après avoir toisé son invitée avec un intérêt grandissant.

- Ce n’est donc pas qu’une brute repoussante mangeuse de vaches, glissa Svir à son ami, pensif. La vipère nous sert une drôle de soupe, peut-être depuis le début. Il faut découvrir ce qu’elle manigance.

        Knud acquiesça d’un grognement de gorge. Son comparse avait raison. Lui aussi flairait le mauvais coup de la tempestaire, fait de manipulation, de rétention de renseignements et de but mystérieux. Il repoussa son irritation croissante à son encontre et tenta de riposter en s’imposant dans la conversation. Malheureusement, il ne disposait pas du talent de Rehn pour s’allier la sympathie de monstre de foire, ni de son instruction, ni de son aisance à évincer les importuns des discussions qu’elle souhaitait accaparer. Malgré ses diverses tentatives, le champion ne trouva guère d’écho du côté du géant, obnubilé par le chant de sirène de la jeune femme sur des sujets plus légers et attrayants que l’interrogatoire trop brusque qu’il lui servit. Encouragée par son premier succès avec Signe, Rehn se plut à saborder de boutades spirituelles les questions intrusives de son camarade qui, bientôt désarçonné, se retrouva vite privé de répartie et de combativité. Parvenant aux abords de la tour, la sorcière acheva de s’en débarrasser en proposant le soutien de son groupe à un trio d’ancêtres bien en peine d’extraire un auroch piégé dans une mare boueuse. Le Contemplateur, qui aurait aisément pu libérer l’animal d’une seule main, accepta par jeu. Ainsi liés par la parole inconséquente de l’élémentaliste, Knud, Aslak, Signe et Jarand se retrouvèrent baignant dans la fange à pousser un bœuf de plusieurs quintaux rendu récalcitrant et agressif par la peur. Le myste et la Banshee, trop faibles, ne firent que gêner l’effort commun. Quant à Aslak, son enthousiasme presque enfantin envers la prestance des majestueux bovins limita sa participation à des caresses et des murmures d’apaisement susurrés à l’oreille de la bête avec la même affection que celle qu’il devait déployer avec son amante. Celle-ci se garda bien de s’aventurer dans la pataugeoire immonde, guettant le moment où l’entreprise sombra définitivement pour daigner intervenir depuis l’abri de sa berge. Le vent qu’elle leva en griffant l’air de ses serres de rapace insuffla une frayeur si intense à l’auroch que celui-ci s’arracha de lui-même à la gangue de tourbe, ruant, cabrant et se démenant jusqu’à la rive où il détala en toute hâte. Seule la vase poisseuse s’insinuant sous ses chausses permit à Knud de refroidir sa violente envie d’étrangler la courtisane hilare applaudissant l’issue du sauvetage. Même Svir retint ses sarcasmes en voyant sa mine assombrie tandis qu’il sortit de sa flaque, déjà distancé par le Contemplateur et sa suite disparaissant à l’intérieur de la haute bâtisse.

       Composée de pierres grossièrement taillées d’une taille cependant exceptionnelle, la solide tour se dressait à une hauteur avoisinant celle des pics proches. Rongée par les âges et les intempéries, la bâtisse à l’esthétique rudimentaire d’avant-poste dégradé jouissait de dimensions sidérantes pour de simples mortels. Le rez-de-chaussée servait d’étables dans un labyrinthe de boxes sombres, glacés, jonché d’un tapis moelleux de déjections et de paille moisie et parcouru de courants d’air gelé suffisant à peine à troubler la puanteur tenace qui y régnait. Signe fut prise d’irrépressibles nausées auxquelles elle succomba à l’abri derrière un pilier encroûté de poils et de crasse trop large pour qu’un homme puisse le ceinturer. Le propriétaire des lieux ne s’en offusqua nullement, tout ouïe face aux compliments émerveillés de Rehn quant à son enviable cheptel. En vérité, l’immensité de l’endroit reflétait paradoxalement surtout son vide et la modestie du troupeau, même en imaginant tous les animaux aperçus dehors rassemblés ici. Knud repensa aux Étoiles-Mortes et se demanda si cette commode justification ne servait d’abord pas à atténuer l’indigence actuelle du clan. Le groupe atteint l’escalier menant au premier étage, dont les marches élevées et élargies nécessitant un effort de vigueur et d’agilité, furent escaladées avec une quasi précipitation, véritable échappatoire à la pestilence macérant entre ces murs privés de toute aération. Les invités ahanants débouchèrent dans un long couloir mal éclairé, poussiéreux, froid, bordé d’une suite interminable de sarcophages de cristaux transparents accentuant encore l’impression pesante de tombeau. Chaque cercueil contenait la dépouille d’un géant, tous, sans exception, privés de leurs têtes.

- Mes fils, annonça d’un ton sinistre le Contemplateur en les dépassant, profitant d’un rare silence de Rehn, elle-même interloquée à la vue des cadavres décapités.

- Quelle horreur…lâcha-t-elle avec une répugnance enfin sincère. Quel fléau a commis cela ?!

- Le même que celui qui s’est emparé de mes yeux et de mes femmes. Le même qui m’a condamné à survivre dans la nuit et dans le désarroi et ce, jusqu’à ce que s’éteigne avec moi mon clan ancestral.

- Ceci est le fait d’une même personne ?! s’exclama Knud, hébété par l’étalage de Jotnärs morts, plus jeunes, plus robustes et parfois même plus gigantesques encore que leur père déjà terrifiant.

- Pas une personne, leur apprit le Contemplateur en ralentissant jusqu’à se figer, raide et les épaules voûtées, une main glissant à la surface d’un des cercueils cristallins. Un Sidhe.

- Maudites soient ces créatures démoniaques !

- Ma mère possédait du sang sidhe. Mes yeux étaient son héritage. Celui qu’il m’a ravi.

         Knud sacra à voix basse pour fustiger son faux-pas tandis que Rehn le foudroyait du regard pour l’intimer à se retirer une bonne fois pour toute de la partie. L’occasion avait paru trop belle d’obtenir les faveurs du géant par un élan de compassion et il s’était fourvoyé. Svir tordit la bouche, comme s’il venait de se pincer les doigts, pour le soutenir dans sa bévue par un mime guère réconfortant. Fort heureusement, le Jotnär n’y prêta pas attention, perdu dans des souvenirs que Rehn n’osa pas interrompre. Puis il reprit peu après son rôle de guide et, sans un mot, les mena jusqu’à une vaste salle faisant à la fois office de cuisines, salle de banquet et dortoirs où la poignée de vieux suivants s’égailla pour vaquer à diverses corvées. Une chaleur bienvenue émanait des foyers de cuisson, des âtres et des braseros, accentuée par le confort de nombreuses fourrures d’aurochs étendues aux murs comme au sol, ainsi que de quelques banquettes servant sans doute aussi de lits. Le Contemplateur indiqua la table, visiblement raccourcie selon l’espace disponible qui lui était réservée alentour, du temps où les convives s’alignaient sur les bancs et non dans leurs sarcophages de glace. Fourbus et crottés pour la majorité, les cinq voyageurs s’installèrent sans se faire prier. Le maître de la tour les y rejoint, non sans préalablement avoir diminué de moitié sa taille pour s’adapter au mobilier. Knud intercepta l’éclair de ruse satisfaite qui brilla dans la prunelle de Rehn devant ce phénomène. Le champion fut tenté de profiter de ce répit où tous semblaient savourer ce repos au sec, au chaud et sans menace imminente directe, pour engager la conversation, mais hésita à l’idée de commettre un nouvel impair. Son intuition parut confirmée par le calme apparent de Rehn qui patienta jusqu’à ce que deux serviteurs à l’âge canonique leur apportent des cuvettes d’eau pour se rafraichir et se laver mains et visages, selon la coutume, puis des assiettes de friandises, ainsi que du lait fermenté en guise d’alcool. La tempestaire guetta leur retour vers les fourneaux avant de reprendre son babil inépuisable, tout en picorant les étranges galettes de poisson gélatineux baignant dans de la graisse fondue dont une seule bouchée suffit à ranimer les hoquets de Signe. En vétéran de la nourriture souvent infecte de soldats, Knud avala sa portion sans broncher, par seul défi envers la sorcière qui parvenait même à sourire en mangeant ces horreurs. Celle-ci aborda une infinité de sujets plus frivoles et farfelus les uns que les autres, comme l’identité des poissons utilisés, la qualité de la laine d’auroch ou l’origine des pierres de l’édifice, dans le seul but évident d’entretenir la conversation. Knud parvint à demeurer impassible jusqu’à l’arrivée de la soupe constituée de sang et de moelle de bœufs, de portions d’intestins crus, de viscères et de mamelles. Jarand et Signe rendirent presque aussitôt les armes malgré leur faim tenace. Même Aslak, en digne Arcadien amateur d’escargots bouillis ou de brochettes de sauterelles, demeura pétrifié devant la mixture indéfinissable, servie froide pour couronner le tout. Knud engloutit sa part pour s’occuper, bouillonnant et se tortillant sur son banc dur comme la roche. Quelle était la nature du maléfice consumant les Terres d’Hiver ? Pouvait-on sinon le vaincre, le surmonter afin d’atteindre un lieu précis ? Connaissait-il l’existence d’un gardien de relique ou de la Dame Dorée ? Avait-il eu vent de rumeurs à propos de l’embrouilleuse ? Les questions se bousculaient dans l’esprit du champion et Rehn n’en posait aucune, de près ou de loin, à leur hôte, seule créature sensée et non hostile qu’ils rencontraient depuis le début de leur périple. À quoi jouait cette drôlesse en faisant outrageusement étalage de ses charmes, noblement achalandés au fil de ses échanges raffinés, de ses brillantes manières de patricienne et de ses connaissances subtilement dispensées ? Quelle que fut sa visée, elle parvint si remarquablement à amadouer l’ogre bâfrant ses abats avec force bruits de succion et mâchage que le sujet de l’approvisionnement fut quasiment bâclé. Rehn obtint le droit de se servir librement dans la réserve de bois de la tour, arraché à l’effroyable forêt vue plus tôt et assez de viande et de poisson séchés pour briser les reins de leur dernier poney. Elle réussit même l’exploit d’améliorer l’humeur du monstre en dépit du ressentiment pernicieux éveillé auprès de sa défunte descendance. Le Contemplateur buvait ses paroles, appréciant ses traits d’esprit au même titre que la surprise suscitée par l’ampleur de sa culture. Mais elle ne fit pas que l’enivrer de ses mots doux. La fin du repas tint lieu de véritable joute alcoolisée où la jeune femme fit montre d’une endurance et d’un talent éprouvé aux jeux de boisson, confortant son emprise sur le monstre avec le luxe d’une familiarité respectueuse et grandement conviviale. Knud dut puiser dans ses réserves pour poursuivre les festivités à leurs côtés, bien qu’il soit aussi ignoré que ses malheureux compagnons dont la majorité quitta tôt la table pour s’écrouler de fatigue dans les fourrures. Aslak les aurait volontiers rejoints, le sommeil accéléré par son abus de pieds de veaux marinés dans de l’huile d’anguilles. Seul son devoir envers sa maîtresse le maintenait sur place, aussi droit et éveillé que possible.        

- Nous sommes à la recherche de quelqu’un, divulgua Rehn au détour d’une question initialement anodine, réveillant soudainement l’attention émoussée de Knud et de Svir. Une Alfe, au service du possesseur d’un trésor appartenant aux temps anciens des Hommes. Leur trace, comme des informations plus précises à leur sujet, nous échappent.

- Je ne fraye pas avec les Alfes et je n’ai cure des ambitions des peuples déchus, répondit le Contemplateur à la question sous-jacente. Nous sommes reclus ici. J’ai perdu assez des miens pour envoyer leurs tristes survivants en quête d’hypothétiques alliés au-delà du brouillard. Moi-même ne peux quitter cet endroit. Il s’agit du vestige sacré de mon clan. C’est ici, et avec moi, que doit s’en achever l’histoire.

      La morosité s’abattit de nouveau sur le métis qui étreignit fébrilement le tonnelet lui servant de chope. Knud pesta intérieurement devant son inutilité et communiqua sa déception à Rehn à l’aide d’un regard accusateur. La sorcière ne parut nullement perturbée par cette perte de temps pourtant effective. Elle le troubla encore davantage en réconfortant le géant amer d’un chant ancien, aux paroles pleines de mélancolie poignante, de vœux de paix aux âmes enlevées et de grief couvant envers la duplicité des dieux. La jeune enchanteresse ne possédait pas de voix mélodieuse ou cristalline, mais son débit parfait et son intonation correctement ajustée lui permirent de livrer une prestation tout à fait honorable. Le Contemplateur en resta interdit, presque ému de cet hommage comme des échos du chant d’une femme dans les murs éteints de sa maison. Un bon mot, un adage approprié à l’humeur de l’instant, ainsi qu’une invitation enjouée à un nouveau toast achevèrent de conquérir le titan troublé. Les feux déclinants, les lieux lentement désertés par les domestiques, les invités gagnés par le sommeil, tout dans l’ambiance contribuait à souligner la magie opérante de la sorcière. Knud en prit conscience lorsque cette dernière et leur hôte n’échangèrent plus que des murmures feutrés, courts et ponctués d’esquisses de sourires. Il comprit avant que Svir ne lui en fasse la remarque d’une pique désagréable qu’il était de trop. Quoi qu’escomptait obtenir Rehn, il n’avait jamais fait partie de son plan, au risque de le compromettre. Amer, il grommela une vague excuse et quitta la table. La tempestaire profita de son départ pour relever Aslak de son service. L’esclave, inconscient de ce qui se tramait sous ses yeux entre son amante et le Jotnär, gagna un recoin de couvertures sous lequel il s’enfouit sans délai. Knud trouva un emplacement suffisamment à l’écart et ouvert sur le reste de la salle pour offrir un poste idéal durant son tour de garde. Il ne fut pas surpris de voir le Contemplateur guider Rehn en direction de l’escalier menant à l’étage suivant, où devait sans doute se situer ses appartements privés. Le champion les suivit des yeux sans rien dire tandis qu’ils se frôlaient délicatement durant l’ascension. La garce faisait ses propres choix, aussi discutables et singuliers étaient-ils. De plus, elle possédait suffisamment de science occulte pour assurer sa défense, si nécessaire. Le couple bigarré marqua une pause à mi-chemin, le temps que Rehn glisse quelque remarque à l’attention de son nouvel ami. Ce dernier émit un bruit grave devant s’assimiler à un ricanement, puis réduisit sa taille à une dimension plus ajustée aux proportions de sa conquête. L’instant d’après, ils disparaissaient tout deux hors de sa vue. Après un long soupir de lassitude, et de dégoût, Svir confia à son chef sa crainte pétrie de révulsion à l’idée de percevoir quelques échos de ce qui allait suivre. Songeur, et irrité, Knud ne lui répondit pas.