L'Autre-Monde
L'Autre-Monde

Nidavellir, Monde des Dvergrs, temps présent

 

- Le sale enfant de catin !

                La vocifération brutale, mal contenue derrière une rangée de dents serrées, n’atteignit heureusement pas la ligne formée par les officiels encadrant le Godi. Le silence tendu engonçant la foule, simplement chahuté par les rafales sifflantes du vent, commençait à s’effriter dans le dos de Knud. En écho à l’appel de son nom par le vieux prêtre rabougri présidant la cérémonie, le champion lutta intérieurement pour se composer une expression neutre et dompter le flot furieux de ses pensées. Le choc se propageait tel un incendie dans les rangs de ses compagnons. Svir réitéra une nouvelle insulte bien sentie, assourdie, mais pas moins virulente. Elle ne fit qu’attiser le foyer couvant entre les soldats prompts à s’embraser à la moindre étincelle quand l’honneur entrait en jeu. Les murmures de désapprobation s’élevèrent, courant, soufflant et enflant graduellement. Knud évalua rapidement ses options tandis que les regards des religieux et des sbires du jarl vissés sur lui se firent plus appuyés encore. Inutile de demeurer sur un terrain se dérobant. Knud brida sa contrariété bouillonnante et arracha avec lenteur son pied du sol, comme s’il pesait une tonne. Ses hommes, outrés, grommelèrent méchamment. Noirelouve, interdit, dédaigna sagement les crocs que la meute lui dévoila. Ce fut la provocation de trop.

- Avec moi, aboya Svir. Allons saigner le sodomite comme nous aurions du le faire dès le départ.

                Knud fixa Tjor avec assez d’intensité pour accrocher son regard, puis pivota soudainement. Bien plus vif et agile que sa large carrure pouvait porter à croire, le colosse décocha un violent coup de poing atteignant Svir en plein visage. La proximité des guerriers, serrés épaule contre épaule par le froid, atténua suffisamment la chute de son second pour éviter d’aggraver l’esclandre. Un coup d’œil circulaire suffit à contenir d’autres témérités déplacées. La meute se tassa devant son meneur. Knud laissa s’envoler en fine buée un profond soupir en guise d’avertissement. La cérémonie du sacrifice menée par le Godi revêtait un caractère trop sacré pour goûter le moindre écart de conduite. Se désister à son jugement, ou s’en rebeller, jetait non seulement le déshonneur sur les fauteurs de troubles, mais sur lui-même encore, malheureux élu malgré lui. Ce qui n’autorisait nulle tolérance, même envers un ami et compagnon d’armes fidèle depuis tant de saisons de guerre. De plus, Knud ne tenait pas à confirmer les soupçons évidents que nourrissait Noirelouve à l’égard de leur faction séditieuse ayant noyauté sa compagnie. Le choix du noble de les neutraliser en les privant de leur chef, même s’il décapitait leur partie, n’était fondamentalement pas aussi irrémédiable à la réflexion. Svir devait pouvoir le comprendre avec un minimum de recul et davantage de sang-froid, même au prix d’une lèvre fendue. Un coup de poing était peu cher payé pour digérer ce contretemps. Et il avait également l’avantage non négligeable d’aider à passer les nerfs. Knud tendit la main vers son camarade sonné et perplexe qui finit par offrir la sienne après une courte hésitation. Le vétéran le remit droit d’une pression virile avant de conclure l’échange d’une brève accolade.

- Dissous la bande, lui glissa-t-il à l’oreille en l’embrassant. Rejoignez-moi par le col en groupes restreints.

                Svir était hargneux, impétueux et mauvais comme la peste pour ceux qui n’entraient pas dans ses bonnes grâces, c’est-à-dire une bonne partie de la population du monde extérieur à son bataillon. Mais sous son aspect de brute revêche se tapissait un guide aguerri, intuitif et capable. Knud avait ça de commun avec lui, à la différence que Svir se montrait maladroit à jouer avec les apparences. Le fier meneur traversa la place fangeuse que la forte affluence avait changée en mare de neige boueuse aux congères traitresses, souillée de flaques et d’excréments canins scintillants de givre. D’un pas lourd mais assuré, le solide guerrier à la mine peu engageante rejoint ses nouveaux alliés désignés, laissant glisser sur lui les regards curieux des villageois le dévorant et ceux, distants et effarouchés, de l’assemblée du Godi. Le haut-prêtre pouvait sans doute se targuer d’être une sommité, mais c’était de près une véritable relique à la voix geignarde inégale et vacillante, et semblant engager une lutte de chaque instant contre le vent pour ne pas choir. Deux jeunes disciples parmi les moins chétifs le serraient au plus près, tant pour prévenir un potentiel basculage que pour le couper des bourrasques glacées. En cercles concentriques autour de l’ancêtre se dressait un florilège de servants, gardes, dévots et acolytes aux tenues colorées, voire carrément bariolées, bourdonnant des prières d’un ton grave telle une ruche. Ensuite venaient les gradés de la milice du jarl et quelques rares bourgeois avides de s’afficher près du Godi tout en surveillant la foule d’un œil inquiet, collés aux chausses des sergents d’armes. Sans mépriser ouvertement ce petit univers échappant à sa compréhension de guerrier, Knud n’accorda que peu d’intérêt aux tristes citadins ne supportant même pas le climat de leur propre pays. Seul le jarl, drapé dans toute sa dignité, lui suscita une ébauche de respect, la défaite honorable sur son visage fermé face à la mesquine manœuvre politique de Noirelouve. Le vétéran lui reconnut au moins une droiture digne de celle de Tjor. Dans sa position de maître de la cité, il lui aurait pourtant été aisé et profitable de s’approprier l’évènement salvateur pour rétablir sa popularité en berne. Il n’en avait rien fait pour une raison qui n’appartenait qu’à lui-même et que Knud ne chercha pas à percer. Le vieux capitaine était de la même trempe que lui, à une échelle plus élevée encore, bien au-delà de Svir ou de Noirelouve. Comme lui, c’était un avisé, un rusé, un prudent se plaisant à entretenir une image plus simpliste. Un malin jouant les imbéciles. Les plus dangereux.

                La brûlure de la colère peinait à s’éteindre. Aux charognes avides le dévisageant encore à la dérobée, Knud ne leur céda rien, feignant une solennité sobre. Son esprit échauffé s’échinait à chercher une riposte efficace, mais il savait pertinemment que c’était en vain. En l’écartant de ses partisans, Noirelouve avait proprement coupé son élan. Néanmoins, en tant que responsable de la compagnie, il lui aurait été facile de trouver un meilleur moyen de l’évincer radicalement, en dépit de la loyauté de Svir et de tous les autres. Ce qui signifiait deux choses : Noirelouve ne nourrissait pas de soupçons sérieux à son égard, et tant qu’il restait dans la course, son but demeurait encore atteignable. Il lui fallait simplement s’adapter à la situation. Un doute l’assaillit brusquement. Est-ce que Tjor avait prévu autre chose ? Visait-il simplement à l’isoler de ses fidèles pour se débarrasser de lui en toute discrétion, hors d’atteinte et de témoins, au sein de cette brume méphitique ? Knud serra son poing et bloqua sa respiration. Quand bien même, même seul avec un rapport de force inversé, il n’était pas démuni. Il lui faudrait certes faire preuve d’une vigilance exacerbée et continue et conserver un profil bas, mais qui agirait autrement en pénétrant dans les Terres d’Hiver ? La vérité était que Noirelouve avait besoin de lui. C’était l’explication la plus logique et crédible à sa présence dans le groupe des sept sacrifiés. N’était-il pas champion du roi après tout, un des meilleurs combattants de Val Halfdan ? Son bras serait certainement plus utile au nobliau pervers brandi face aux périls rôdant dans les ténèbres que raidi par la mort et le gel. Il ne devait pas oublier que Noirelouve s’était contraint à un effectif excessivement modeste. Il lui fallait se contenter des plus fiables et compétents. En ce cas, il était même possible que Knud le surestime. Peut-être occultait-il l’élément perturbateur de ses troupes au profit d’un guerrier estimé ? Peut-être ne soupçonnait-il en rien la mission secrète dont il était investi et ignorait la véritable raison de sa présence ? Peut-être n’était-ce qu’un sot aveuglé par son devoir et sa soif de reconnaissance envers la couronne ? La seule certitude à ce stade était le manque d’indices dont souffraient ses déductions pour prétendre approcher de la vérité. Knud s’échinait pour rien et il le lui fallait l’accepter. Il soupira lentement et tâcha de se détendre.  

Pour se distraire de ses stériles réflexions et s’extirper des décombres de ses plans bouleversés, il entreprit alors d’observer alentour, notamment ses équipiers de fortune. Sa première action allait devoir consister à faire le tri parmi eux dans une visée d’une simplicité absolue : ceux qu’il ne pourrait rallier à sa cause, il s’en débarrasserait. À commencer par Noirelouve s’il entreprenait de lui mettre des bâtons dans les roues. Aux côtés de ce dernier, sur lequel il refusait pour le moment de s’attarder, se tenait son aide de camp, Jarand. L’ombre fidèle et sans substance de Tjor, creux et enamouré de la piteuse image de son seigneur, ne lui inspirait qu’antipathie et animosité. Au-delà de son mépris pour les pratiques dépravées qu’il lui soupçonnait d’entretenir avec son chef, Knud jugeait insupportable la manière dont le myste gâchait son potentiel par manque de caractère et de volonté. D’après ses rapports, le guérisseur avait été recueilli tôt par les prêtres du culte de l’Unique en raison de ses aptitudes latentes en matière de magie guérisseuse. Bien que de basse extraction, Jarand était né « coiffé » de la poche des eaux de sa mère, signe évident de la bénédiction de Freyr[26], le dieu de la vie. Les prêtres de la nouvelle foi n’hésitaient pas à s’accaparer les savoirs anciens à la gloire de leur divinité esseulée. Cet irrespect approfondissait la défiance que Knud entretenait envers eux, et leurs serviteurs comme ce pleutre incapable de Jarand. Ce dernier n’avait d’ailleurs jamais achevé son apprentissage des armes et d’érudit, certainement par faiblesse ou paresse, à moins que les premiers écarts dus à sa déviance n’aient scellés son sort. Les prêtres l’avaient renvoyé, couverts de honte. Recueilli comme rebouteux par Noirelouve lors d’une campagne contre les clans insurgés de l’ouest, le scribe devint bientôt son second pour ne plus le quitter. Knud n’avait pas cherché à savoir de quelle manière il avait mérité la confiance de Tjor. Le godelureau demeurait depuis cantonné au rôle de second couteau sans envergure, perpétuellement en retrait, placide et soumis comme un vieux chien, dépourvu de la moindre ambition ou d’un seul but divergent de ceux de son maître. Malgré la préciosité de son art de soins magiques, il ne représentait aucun intérêt aux yeux du champion. Comment pourrait-il compter sur un demi-homme sans personnalité, hérétique ayant tourné le dos aux dieux de ses ancêtres et déviant de surcroît ? Knud n’avait aucune intention de tenter de le recruter. Tout en le fixant de profil, de son regard éteint à sa posture naturellement voutée et docile, il se promit de l’éliminer dès qu’il le pourrait.

La voix éraillée du Godi se brisa en pleine imprécation destinée à capter l’attention des maîtres d’Asgard[27] pour obtenir leur assentiment au sacrifice. Knud fut sans doute le seul à se réjouir de la faiblesse du vieillard chevrotant. Si Odin[28] ou n’importe quel dieu prêtait l’oreille aux suppliques déplorables de cette ruine sans force ni souffle, sans doute n’hésiterait-il pas longuement avant de tous les foudroyer. Après une toux rauque ponctuée d’un râle glaireux, le Godi affectant une transe éprouvante reprit sa litanie enrouée. Le regard acéré du champion se promena sur l’assemblée dans une errance feinte en pieuse concentration. Un coup d’œil oblique lui permit d’étudier la tempestaire flanquant Noirelouve. Sa silhouette gracile et élancée attirait naturellement l’attention, d’autant plus soulignée par la robe large et évasée dans laquelle elle se pavanait orgueilleusement. Mais un examen à peine plus poussé suffisait à flétrir l’intérêt suscité, révélant vite l’aridité de sa beauté, son absence de formes, l’irritable air supérieur flottant sur ses traits disgracieux. Le laideron se savait de meilleure naissance que la plupart de ceux qu’elle côtoyait et ne faisait pas mystère du dédain que leur différence de rang lui inspirait. Cette arrogance innée nichée dans ses mimiques et dans ses poses travaillées sonnait comme un avertissement. Rehn mettait le monde au défi de lui tenir tête avec une impatience certaine à lui démontrer l’étendue des pouvoirs qui l’habitait. Knud connaissait de son expérience à la cour ce genre de jeunes chattes farouches, hautaines et cruelles, aux feulements intempestifs et aux griffes savamment aiguisées. Souvent, elles compensaient leur profond manque de confiance en elles par une attitude belliqueuse exacerbée, leur tenace soif de reconnaissance dans un monde de mâles par des conquêtes à l’excès ou une haine viscérale pour les représentants du sexe opposé. Rehn ne se détachait pas du lot. Sa réputation à Val Halfdan, due à ses frasques d’enfant butée et d’adolescente capricieuse, servait juste de mise en bouche à ses forfaits de jeune adulte. Son noble de père avait cru plus avisé d’éloigner de ses cercles d’influence la fillette caractérielle à la fierté de paon et la volonté de fer difficilement gérable. C’est en Arcadie qu’il l’avait expédiée semer la discorde et poursuivre ses humiliations sous prétexte de suivre un enseignement aux arts occultes. Avec le secret et intime espoir que son échec probable lui apporte quelque humilité. Rehn s’était faite un plaisir de décevoir ses attentes en maîtrisant en quelques d’années une magie élémentaire des plus rares et complexes renforçant encore la haute opinion qu’elle avait d’elle-même. Et pour couronner le tout, son long séjour sur les terres de l’empire n’avait pas manqué de la marquer de sa forte influence. À présent, l’héritière se considérait, et se comportait, comme une véritable matrone des anciens temps, favorisant les us étrangers à ceux de son clan et affichant son excentricité des plus piquantes par ses manières pompeuses et ses mœurs libérés. Son curieux attachement à son esclave bronzé n’était que l’une de ces conséquences les plus remarquables.

Perdu dans ses pensées, Knud s’attarda trop longtemps dans sa contemplation de la sorcière dégageant une aura de noblesse mordante et de sensualité ambiguë. Juste avant qu’elle ne remarque l’attention insistante qu’il lui portait, il reporta son regard scrutateur au loin dans la foule. Le sourire minaudier dont elle le gratifia ne lui échappa cependant pas, même s’il fit mine de ne pas le voir. Si Tjor avait réussi à la convaincre de prendre son parti, c’est qu’il la tenait par l’orgueil, lui faisant miroiter une gloire et un défi dignes d’elle dans les Terres d’Hiver. La tempestaire péchait par sa naïveté, et son jeune âge. Son complexe de supériorité et les limites encore floues de son talent seraient des failles faciles à exploiter. Knud songea à miser dessus en temps voulu, et remisa l’idée dans un coin de sa tête. Quant à son valet exotique, silencieux et passif comme une putain résignée, le champion n’escomptait rien de lui, hormis servir de paratonnerre aux humeurs inévitables de sa maîtresse. La perspective de sa perte éventuelle ne l’émouvait pas. Au moins, il soulagerait l’équipe d’un fardeau en mourant, à l’instar de Jarand. Sa mort pourrait même habilement servir à accroitre l’engagement de son amante à l’honneur et la rancune trop sensibles, ainsi qu’éloigner cette dernière des rets de Noirelouve.  

Un chœur discordant s’éleva à travers la place, en écho à la prière du prêtre délabré prenant en témoin les aïeuls, leurs pères, et leurs parents avant eux. Knud joignit sa voix grave à ceux de la foule pour répéter plusieurs fois la même rengaine, comme si les ancêtres étaient sourds, en sus d’être morts depuis des lustres. Noirelouve, Jarand, Rehn, son sous-fifre moricaud et lui. Deux « braves » manquaient encore à l’appel du sacrifice. Knud émit la pensée enthousiasmante que le sort porte Vilma à ses côtés. Au-delà de l’alliée fiable, la Norne[29] de son groupe représentait surtout la clé de voûte de son plan car leur traque reposait principalement sur son don de double vue et les indices récoltés au cours de ses visions médiumniques. Même cette fichue jeteuse d’os de volaille à demi-démente d’Ulga « Œil-du-destin » aux prémonitions farfelues lui paraissait soudain un choix d’excellence pour l’accompagner. Toutefois, il n’était plus assez crédule ou fervent pour croire en un coup de pouce du destin en ce sens. Il serait seul, coupé de ses soutiens et rendu aveugle pour le reste de la chasse. C’était incontournable. Les dieux ne soutenaient pas son entreprise. Il en eut la certitude définitive en entendant le Godi croasser le nom du prochain élu au milieu d’une toux rauque. Nom qu’il dut répéter encore deux fois avant que sa propriétaire daigne donner signe de vie. Knud poussa un lent soupir blasé. Brutalement extirpée de sa torpeur, consternée et terrifiée, la Banshee se détacha de la masse compacte des spectateurs pour se diriger vers eux. Elle paraissait minuscule sous son épaisse cape sombre, ployée en deux sous le poids de la timidité et de la peur, mais pas suffisamment encore assez petite à son goût à en juger par la raideur de sa démarche. Les bras croisés verrouillés sur sa poitrine, elle étreignait avec vigueur les pans de sa pèlerine comme si elle cherchait à disparaitre dans ses ombres. Malgré la force avec laquelle elle agrippait le tissu, les tremblements agitant ses doigts blancs étaient visibles à vingt pas. Le visage dissimulé sous sa capuche et sa lourde écharpe, elle ne dévoilait rien de ce que la foule pétrie d’interrogations désirait lui soustraire. Elle ne se rendait pas compte que la frustration qu’elle leur imposait redoublait leur appétence, ainsi que sa propre angoisse. La jeune fille pressa l’allure pour rallier la ligne des autres choisis mais la traversée de la place lui parut un supplice interminable. Knud restait perplexe. De quelle légitimité jouissait une sinistre pleureuse pour occuper une place dans cette expédition ? Une gamine de surcroît. La rumeur prétendait que les suivants de Hel souffraient de fascination morbide pour les trépas les plus miséreux, quand ils n’étaient pas affligés de tares mentales, de folie ou de maladie contagieuse. N’était-ce pas, après tout, les serviteurs de la déesse des décès dénués d’honneur ? Comment envisager qu’une femme aussi jeune, frappée de la malédiction de côtoyer les morts pathétiques pouvait leur servir dans leur mission ?  De quel atout pouvait-elle se prévaloir, sorcière en devenir, paria maudite, peut-être possédée ? Signe trottinait à présent. Elle redressa un court instant l’échine pour corriger la trajectoire de sa course malhabile. Le temps d’un battement de cœur, son fin et fragile visage se découpa sous son capuchon bâillant, dans la lueur blafarde du jour. Malgré sa peau laiteuse et la raideur tendant ses traits, Knud ne put nier son charme certain, semblable à un lac paisible, scintillant sous la clarté argentée de la lune, et paraissant échappé d’un songe. Le vice qui couvait dans cette petite se parait donc de douceurs et d’enjolivements, ce qui raffermit la méfiance du guerrier à son égard. La décision de Noirelouve d’enrôler cette vipère en leur sein le laissait dubitatif. Qu’en était-il ? Une damnée en terres maudites ? Tjor cherchait-il un moyen de converser avec quelque entité trépassée en guise de témoin ou de conseillère ? Sa présence parmi eux ne pouvait que leur attirer le mauvais œil, sinon l’attention d’esprits dont il ne souhaitait même pas imaginer la nature. C’était une folie.

La Banshee, attirée par la proximité rassurante des rangs compacts qu’elle tentait de rejoindre, accéléra encore pour écourter son calvaire. C’était une enfant des villes au pied certes agile, mais que la précipitation et la traîtrise du terrain gelé n’épargnèrent nullement. Sa dernière enjambée, au seuil du front des sacrifiés, la porta par malchance sur une plaque de givre. Elle fut fauchée en plein élan, ripant dans une gerbe de neige sale et un crissement précédant le choc lourd de sa chute. Son coude heurta douloureusement le sol et elle échoua sur le flanc sans la moindre grâce. L’attache de sa cape se délia, l’empêtrant dans des vagues laineuses glissant lentement loin d’elle. Son écharpe dénouée serpenta elle aussi dans la boue. Sonnée et surprise, elle n’eut que le réflexe de rouler sur le dos pour soulager son bras écrasé. Le ton piquant de Rehn acheva de la punaiser à terre.

- Couchée les pattes en l’air à peine intégrée au groupe !

                La douleur, la honte et l’humiliation peignirent un masque pitoyable sur le visage écarlate de Signe. Le ricanement léger et moqueur de la tempestaire, tintant comme des clochettes, fut repris par plusieurs autres spectateurs oublieux du cérémoniel. Knud ne laissa pas filer la superbe opportunité, juste conscient de la rivalité entre les deux femmes. En un instant, et un rire rocailleux de connivence avec l’élémentaliste, il choisit son camp. La réaction enjouée de Rehn à ce soutien improvisé le confirma dans sa démarche. Il en vint presque à espérer faire fondre l’adolescente en larmes pour entériner leur neuve alliance tacite. L’hilarité de l’aristocrate cessa pourtant brusquement lorsque son valet rompit les rangs pour se porter vers la Banshee, l’abandonnant à se gausser quasiment seule. Prétendre que Rehn se rembrunit à ce moment précis aurait été un vague euphémisme. L’orage silencieux qui passa sur son front et l’incendie qui naquit dans son regard de rapace n’auraient pu être aussi violents si elle avait essuyé une gifle de la part de son serviteur. La stupeur et la vexation changèrent de bord. En un pas souple et fluide, l’esclave rejoint la gamine étendue et posa son genou dans la neige piétinée et souillée, près d’elle. Sans un mot, il ramassa l’écharpe gisant là, en ôta le gros de la croûte de glace noircie la recouvrant et la tendit à l’adolescente interdite. Knud épia Rehn dans l’attente d’une réaction, salve de malédictions acérées ou exclamation cinglante comme l’on rappelle un chien indocile s’égaillant. Elle n’en fit rien, se contentant d’observer la scène, la bouche réduite à un pli blanc, les yeux étrécis par la fureur brasillant en elle. L’Arcadien l’avait déjà insultée en volant au secours de sa proie. L’admonester en public n’aurait fait qu’accroitre son discrédit dans une démonstration d’autorité bafouée la couvrant de ridicule après sa pique. Rivée à l’impuissance, elle dut se contenter de suivre la fin de la scène, au même titre que toute l’assistante. La Banshee n’avait toujours pas réagi, ses grands yeux sombres à la superbe de diamants noirs écarquillés, son masque disgracieux de gêne évaporé sous le coup de la surprise, sa bouche aux lèvres rouge sang légèrement entrouverte. Knud lança un ultime regard à la tempestaire, saisissant tardivement la portée de son revers. La Banshee révélait malgré elle une beauté troublante rehaussée par sa fragilité sincère et sa pureté juvénile. Le froid vif et les derniers lambeaux de malaise rosissaient ses joues, soulignant la blancheur immaculée de sa peau. Son capuchon renversé mettait à jour son abondante chevelure couleur robe de corneille, lisse, scintillante et parée de reflets de lumière. La fuite de son foulard libéré laissa apparaitre la ligne érotique de son cou gracile ainsi que la plongée de sa gorge fine par l’échancrure de son col mal refermé. Avant qu’elle ne rabatte les pans de sa cape étirée, Knud fut happé par l’appel primaire de sa féminité incarnée dans la rondeur indéniable de ses formes, la courbure dessinée de ses hanches, l’harmonie sensuelle de ses jambes dépliées. Sa taille modeste et la finesse enfantine de ses traits n’étaient que des leurres. La souris était femme, et femme faite. Le bronzé aux bouclettes n'était donc pas si dupe en défiant le courroux de sa maîtresse. Entre la gosse et elle, même au-delà du gouffre des quelques années séparant l’adolescente de l’adulte, le rapport était sans commune mesure. Rehn ne devait se trouver que davantage repoussante et la leçon, en être bien brutale pour son égo.

                Prenant graduellement conscience du spectacle offert, Signe se composa avec difficultés une expression neutre. Elle redressa une par une ses défenses, serrant son écharpe à gros nœuds, s’emmitouflant sous ses épaisseurs de laine, puis s’enfonçant sous sa coiffe et derrière ses mèches tombantes. Ceci avant de se relever. Même si elle évita les regards pressants d’Aslak et ignora volontairement sa main tendue pour se remettre debout, le mal était déjà fait et elle le savait. Ce fut sans doute pourquoi elle se permit une ultime provocation envers Rehn en remerciant son domestique d’une voix curieusement posée dans son état de stress. Knud sourcilla fugacement tandis qu’elle se glissait hors de vue dans la masse agglutinée. Elle avait parlé en arcadien plus que correct. Le laquais regagna sa place dans son sillage. Sa maîtresse figée ressemblait à un volcan se consumant sous un bloc de glace. Le Godi eut le bon sens d’enchaîner sur une nouvelle glorification pompeuse de la clique divine invoquée en ce jour, déportant l’attention sur lui et laissant l’incident se dissiper. L’ambiance n’en demeura pas moins électrique au sein de la troupe des sacrifiés que le protocole religieux obligeait à se coudoyer en faisant bonne figure. La Banshee se retrouva ainsi aux côtés de Knud, ridiculement petite et frêle près du colosse musculeux, dépourvue de position plus favorable pour éviter la proximité de Rehn, et de son suivant. Le champion s’employa à l’ignorer et à ne pas remarquer ses tremblements nerveux. Son unique réconfort dans l’attente du déroulé poussif du rituel jusqu’à leur libération se résuma à imaginer la forme que prendrait la vengeance de la tempestaire à l’encontre de la pleurnicheuse apeurée. Au moins les grotesques crêpages de chignons féminins lui épargneraient la peine de se débarrasser lui-même de l’adolescente. La louve courroucée n’allait faire qu’une bouchée de sa jeune et imprudente rivale. Apprécier le divertissement qu’elles offriraient lui permettrait autant d’affermir sa position auprès de la sorcière que priver Noirelouve d’une alliée, voire deux s’il prenait position pour défendre sa protégée.

- N’emportez pas votre hache au-delà du mur de nuit.

                Knud se raidit comme si un doigt glacé venait de lui effleurer les reins. À tout le moins surpris, il baissa lentement la tête vers Signe qui lui décocha un bref regard fuyant. Sa voix de gamine, mal assurée et à peine audible, accentua son impression de vulnérabilité envers elle. Davantage que les maléfices imperméables au pouvoir du fer, il détestait les faibles.

- Votre arme, insista-t-elle devant son air interrogatif. Elle a causé bien des victimes. Elle en est imprégnée. Les esprits des morts indignes risquent de s’en offusquer, de l’autre côté.

                Sanglée à son flanc, la hache était invisible sous la fourrure drue recouvrant sa broigne[30], son contour, rendu indiscernable par le bouclier rond passé dans son dos, déformant sa cape. Elle n’avait en effet pas manqué de prendre des vies au cours de son parcours semé d’escarmouches, de raids et de duels judiciaires pour son roi. Mais Knud n’était pas un vaniteux insouciant l’agitant à la moindre occasion pour éclaircir son horizon des couards et des présomptueux. Au Roc, il ne l’avait jamais montré, ni quitté. Pourtant, la gosse savait. Définitivement, il avait les magiciens en horreur. 

- Elle me sera plus utile pour défendre ma vie que toi, petite, rétorqua-t-il d’un ton détaché mais sans équivoque.

- Il me déplaira de vous rappeler votre tort une fois sur place, quand je resterai la seule à qui vous pourrez encore parler, messire.

- Il te manque quelques kilos pour me menacer, fillette, et quelques aptitudes pour m’impressionner. Comme courir sans trébucher. Contenir tes chaleurs devant le premier mignon hâlé qui passe. Parvenir toi-même à survivre.  

                Signe conserva un silence ne soulignant que davantage son agitation et son angoisse. Lorsqu’elle parla, ce fut d’un ton encore plus bas, aux limites extrêmes de la fêlure, que Knud ne pensait pas pouvoir être aussi ténu.

- Je…je ne voulais que vous aider…messire. Là-bas…nous serons seuls.

- Je ne veux pas de ton aide, maudite, lâcha-t-il froidement. Mais si tu veux la mienne, tu sais quelle couche rejoindre ce soir. Ça te donnera peut-être une chance d’échapper aux griffes de la sorcière et qui sait ? De réussir à me convaincre un minimum de ton utilité.

                Knud aurait donné cher pour croiser le regard de l’adolescente réfugiée dans son ombre, mais dut se satisfaire de son brusque mutisme. Il se demanda vaguement si elle serait assez stupide ou désespérée pour prendre sa provocation au pied de la lettre et dut avouer que l’idée n’avait rien de déplaisante. Après tout, ce n’était sans doute qu’une novice crédule coupée des réalités du monde par son culte de fanatiques. Sa réclusion avait du la tenir éloignée des aspects bruts de la vie, même les plus âpres et élémentaires. Une pucelle mal dégrossie épargnée par la crudité de l’existence, quelle pièce de choix pour cette mission en enfer, Noirelouve ! Knud afficha un rictus proche du sourire mauvais, sans joie, amer. L’instant n’aurait pas pu être plus propice à l’apparition du septième et dernier sacrifié. S’il n’était pas rompu à la rosserie fantaisiste de cette journée, le champion aurait pu en rire. Adieu, espoirs audacieux de compter un véritable appui dans cette bande de morts en sursis. Ses dernières perspectives de rallier un élément de valeur dénué de tares affectives ou frappé de médiocrité avérée se dispersèrent dans le sillage tracé dans la neige impropre par le Nain se dandinant vers eux.

- Par l’œil du dieu borgne, Tjor, siffla Rehn entre ses dents. Un Dvergr ?!

- Natif et écumeur de la région, guide, guerrier et loyal à notre quête, se hâta de répondre Jarand à la place de son seigneur. Il prétend connaître la Chevelure et l’avoir exploré à plusieurs reprises.

- Il doit confondre avec la taverne du même nom, marmonna la sorcière d’un ton acerbe.

                Les toussotements désapprobateurs des religieux empêchèrent l’échange d’aller plus loin, mais il fut suffisamment instructif pour Knud. Les Nains se mêlaient rarement aux affaires des Hommes et lorsqu’ils s’y essayaient, ils ne s’embarrassaient pas de courtoisie, de diplomatie ou même d’un quelconque effort d’estime. Longtemps auparavant, des conflits avaient émaillés les rapports frontaliers des deux races culturellement territorialistes avant que la situation ne dégénère en guerre ouverte. Technologiquement plus avancées, grandement plus disciplinées, farouchement opiniâtres, les légions Dvergrs enchaînèrent les conquêtes en repoussant sans ménagement les clans nordiques vers l’intérieur de leurs terres. Leur expansion trop brutale causa néanmoins leur perte au moment critique où même l’empire Arcadien ployait devant leurs avancées. Les contrées qu’ils envahirent furent trop vastes et trop éloignées de leurs fiefs d’origine. Même leur rigoureuse intendance et leur armée implacable, souffrant d’un manque vital d’effectifs, se révéla impuissante à administrer efficacement ces nouveaux territoires. Enhardis par le succès de la guérilla qu’ils menèrent dès lors, les Humains finirent par rééquilibrer le rapport de force. Des dissensions éclatèrent entre les factions Naines, forcées de gaspiller leur or et dégarnir leurs forteresses pour des horizons lointains qu’ils ne pouvaient exploiter assez correctement pour être rentables. Las des pertes subies dans les exactions et les pillages des Hommes, ils se retirèrent lentement, délaissant les régions sous le contrôle restreint de quelques forts montagneux imprenables pour leurs ennemis. Le temps passant, les Dvergrs abandonnèrent leur politique expansionniste. Les Humains recolonisèrent les terres de leurs aïeux et les nouvelles frontières se dessinèrent sur les tracés proches des anciennes. Si la paix et le commerce rétablis permirent d’effacer toute velléité ou rancœur, une pudique retenue tenant les deux peuples à l’écart l’un de l’autre contribua à forger un sentiment de méfiance mutuelle. Familier de la cour, Knud connaissait l’histoire mouvementée de son pays au travers des innombrables récits des scaldes écumant les banquets de son roi. Il ne savait que trop bien que les Nains ne se mêlaient pas de bonne grâce aux Hommes, hormis les commerçants les plus avides, et les bannis.

                Le champion retroussa inconsciemment une babine à l’approche du guide recruté par Noirelouve. De la taille d’un adolescent, celui-ci bénéficiait d’une lourde charpente, ventru comme un tonneau, épais comme un chêne. Ce déséquilibre de proportions valait aux Nains leur apparence jugée ingrate et disharmonieuse mais du point de vue d’un guerrier, leur forte carrure représentait un avantage non négligeable. Robustes et vigoureux, les Dvergrs disposaient en outre d’un caractère naturel volontaire et tenace, à la limite de l’entêtement, voire de l’acharnement. On prétendait qu’un légionnaire des montagnes plantant genou à terre ne le faisait qu’en deux occasions : en témoignage de loyauté à son souverain ou au moment de mourir. Knud jaugea rapidement celui-ci de son œil de combattant avisé. Sa démarche pesante et décidée, ses doigts noueux repliés en poings serrés, son nez épaté à l’arête brisée mal resoudée, son regard fixe et dur comme la roche : les signes de son passé de baroudeur vétéran ne manquaient pas. Même son expression renfrognée, la longueur étudiée de sa barbe aux reflets roux ou le soin visible apporté au cuir usé de sa ceinture démontraient son passé militaire. Knud passa rapidement en revue les motifs plausibles justifiant son implication dans la quête : fuite, bannissement, ruine, déshonneur. Garde du corps à la solde de Tjor ? Simple mercenaire désœuvré ? Criminel exilé ?  Ou comme lui : chargé d’accomplir une quête aussi périlleuse qu’irrationnelle, loin de chez lui. Peut-être sous ses oripeaux de paria se dissimulait un espion ou un agent étranger venu saboter la mission ou s’assurer de son insuccès. Knud se garda bien de laisser paraitre l’incertitude dans laquelle le plongea l’arrivée de cet équipier insolite. En attendant d’en savoir davantage sur son compte, et la tâche de tirer les vers du nez d’un Nain méritait seule son désarroi, il se résolut à le garder à l’œil. Le marteau d’armes à long manche se balançant dans le dos de l’inconnu acheva d’assurer sa circonspection à son égard. Entièrement métallique, finement ciselé et paradoxalement d’apparence lourd, il était pourvu à son extrémité d’un bec-de-corbeau, véritable poinçon effilé d’aspect redoutable, recouvert d’inscriptions runiques entrelacées.

                Le Dvergr, parvenu à hauteur de ses alliés, se ficha droit face à leur ligne pour les observer sous toutes les coutures sans la moindre retenue. Ses manières bourrues et son regard s’attardant déclenchèrent une série de soupirs horripilés de la part de Rehn, ce qui ne manqua pas d’attirer encore plus l’attention de l’exilé sur elle. Après un examen attentif et visiblement conquis, il alla jouer des coudes avec brusquerie pour se placer auprès de l’aristocrate sidérée. Sa grimace de dégoût, très inspirée, arracha un ricanement de satisfaction à son nouvel admirateur. Knud mit quelques instants pour comprendre de quoi il en retournait, jusqu’à ce que le vent lui apporte un aperçu des relents fétides du Nain, entre la sueur de bête et l’étable mal entretenue. Empuantir une tempestaire vindicative situait d’emblée le niveau lacunaire d’intuition de l’éclaireur.

Au loin, le Godi saluait la grandeur des dieux d’avoir offert sept sacrifiés de valeur aux habitants du Roc, bientôt suivi par une foule écorchée vive se surprenant à couver avec ferveur un nouvel espoir. Knud se demanda vaguement s’ils avaient conscience qu’une bonne partie de ce groupe hétéroclite d’imposteurs et d’affligeants héros risquait fort d’être trépassée à la tombée de la nuit, sinon la totalité. En comparaison du tourment de ce rituel les exposant dans le froid et l’ennui comme des pièces de choix du boucher au marché aux bestiaux, l’idée lui parut presque réconfortante.

- Ils nous réclament, déclara alors Signe d’un ton péremptoire. Je peux entendre leurs prières et leurs appels.

- Les moutons bêlent, c’est dans leur nature.

- Non, pas eux. Ceux prisonniers derrière la vague de nuit. Ils ont hâte que nous les rejoignions.

                Knud tourna lentement la tête vers la Banshee, maîtrisant mal son irritation, de plus en plus tenté de profiter de la jeune fille comme exutoire à ses nerfs au risque de provoquer un esclandre avec le protocole. Il n’eut pas besoin de chercher son regard. Signe le fixait avec l’intensité désagréable d’un hibou, ses grands yeux noirs aux prunelles dilatées lui donnant un instant fugace l’impression de l’engloutir.

- Certains connaissent nos noms. Ils…

- Tais-toi, lui intima-t-il avec fermeté.

        L’adolescente cligna nerveusement des yeux. Elle ne se détourna pas tout de suite mais par chance, elle obéit. Knud déglutit bruyamment. Une rafale lui arracha le juron exaspéré qui lui monta aux lèvres.

 

[26] Freyr : Dieu nordique de la famille des Vanes, alliés des Ases

[27] Asgard : Monde des Dieux

[28] Odin : Dieu principal de la mythologie nordique

[29] Norne : Devineresse capable de voir le passé, le présent ou l’avenir selon son âge

[30] Broigne : Armure protégeant le buste