L'Autre-Monde
L'Autre-Monde

Svartalfheim, monde des Alfars, 13 années plus tôt

 

                Sévèrement encadré par deux géants et traîné par le col et la cape, Trénus acheva le trajet jusqu’à la plus grande salle de la tour où il fut précipité avec brusquerie sur les genoux. Il tenta de se relever sans hâte mais ses vigoureux gardes le contrainrent à sa position soumise d’une bourrade dans le dos. Avec une déférence mêlée d’une crainte perceptible, les Jotnärs expliquèrent nerveusement comment ils avaient capturé ce rôdeur Humain sur leur domaine après que celui-ci, surgi de nulle part, ait assisté l’accouchement de l’une de ses semblables, pâtre esclave surveillant les aurochs. Juché sur une haute chaise soutenant mal son poids considérable, le maître des lieux les interrompit d’un grognement. Son regard d’un gris perle fascinant contrastant avec la laideur de son physique difforme s’attarda sur l’intrus, de sa tenue usée de voyageur à ses mains encore rougies gouttant sur le dallage.

- L’enfant se présentait mal mais il vit, se hâta d’ajouter le second vigile, anticipant l’éclat cruel se dessinant sur la figure ingrate de son père. C’est un mâle. La mère a perdu beaucoup de sang. Elle vit aussi. Je crois…Nous croyons qu’il a usé de sorcellerie pour leur sauver la vie.

- Es-tu un sorcier ? gronda le Contemplateur tandis qu’une foule de ses fils et de serviteurs faisait cercle autour d’eux.

- Rien qu’un voyageur, répondit laconiquement Trénus.

- Quel simple voyageur peut-il parvenir sur mon domaine que ne relie aucune route ?

- Certainement un méritant égard et attention de la part du maître de la Tour.

                Le colosse reposa son gigot entamé d’un geste brusque et se pencha en avant. Trénus le vit détailler sa tenue des plus modestes et accroitre sa méfiance devant son absence d’arme, d’armure, de bourse ou de tout autre effet. Qui qu’il prétendre être, ce n’était ni un émissaire, ni un messager, ni un colporteur. Ni un innocent échoué là par hasard.

- Tu ne sembles rien avoir à offrir. C’est donc que tu viens requérir. Est-ce pour cela que tu as sauvé ma femelle ? Était-ce la tienne ? Celle-ci ou une autre ?

- Juste un geste de courtoisie. En gage de votre gratitude, j’accepterai volontiers vos yeux.

            La stupeur de la demande imposa un silence abasourdi à travers la pièce bondée. Le Contemplateur fixa plus intensément son singulier visiteur, se troublant en ne décelant aucune peur ou folie en lui. Trénus fut dès lors fixé sur l’authenticité du pouvoir sidhe de double vue contenu dans les yeux qu’il convoitait.

- S’il vous faut un délai pour mûrir votre réflexion, je me contenterais pour le moment de votre hospitalité, rajouta-t-il avec détachement.

             Les rires tonitruants des géants envahirent brusquement l’étage dans une cacophonie qui sembla s’éterniser. Étrangement, Trénus n’obtint pas gain de cause de la part de son hôte imperméable à l’hilarité de sa progéniture, hormis pour l’hospitalité. Il fut conduit sans ménagement au rez-de-chaussée et jeté manu militari dans un enclos des plus insalubres, partagé par des bêtes et des esclaves malades. Le mystérieux jeune homme, passif et impénétrable, n’opposa aucune résistance, ignorant les brutalités et les quolibets. Il se contenta de rallier un coin de paille décomposée baignant dans l’eau croupie, emmitouflé dans sa cape poussiéreuse, comme s’il s’agissait d’un lit douillet. C’est à la même place qu’il fut trouvé et tiré de son sommeil le lendemain matin. Une agitation plus importante que la veille régnait dans la tour, frisant la panique et engendrant un climat de tension meurtrière inquiétante dans les rangs des géants. Entre fureur et excitation, ils couraient en tous sens, la plupart armés et harnachés dans de lourdes armures, comme à l’aube d’une bataille.

- Qu’as-tu fait ?! éructa le Contemplateur, hors de lui, lorsque le prisonnier fut ramené devant lui.

- J’ai assommé vos sentinelles, puis escorté les captives que vous séquestriez ainsi que leurs enfants, jusqu’au pilier servant de portail entre votre aire et le Svartalfheim, usant du passage par lequel je suis venu. Je leur ai rendu leur liberté afin de vous punir des sévices que vous leur avez faits subir.

- Qu’est-ce que…

- À présent, veuillez me céder ce que je vous ai demandé, poursuivit Trénus, indifférent aux regards assassins de l’assemblée le crucifiant sur place, encore trop interdite pour réagir. Acceptez et je considérerai votre don comme paiement pour vos crimes. Refusez et j’étendrai votre châtiment sur tout ce qui vous est cher. Et que vous possédez encore.

              Déconcertés par son arrogance et son inconscience, les Jotnärs encaissèrent la provocation trop violemment pour réussir à sortir de leur stupéfaction. Le calme insouciant dont il faisait preuve et le ton effroyablement calme qu’il employait en désarçonnèrent plus d’un, non sans raison. Trénus savait les géants au moins aussi superstitieux et impressionnables que les nordiques devant ce genre de phénomène inexplicable pour leur compréhension étriquée du monde. Il n’ignorait pas, à leur instar, qu’Odin adorait jouer ce genre de tours aux mortels dans les sagas, prenant l’apparence d’un humble voyageur pour berner et infliger des leçons cuisantes à ses ennemis.

- Tu oses me menacer sous mon toit ?! fulmina le Contemplateur choqué et courroucé. Que se passera-t-il, misérable voleur, si je te refuse mes yeux et ordonne à mes garçons de te massacrer ?

                Trénus, cerné par la large fratrie émergeant de sa torpeur et se rappelant à leurs instincts destructeurs, les désigna d’un geste large et lent.

- Je te prendrai tes fils jusqu’au dernier.

                Le patriarche humilié le scruta une fois encore d’un air bestial. Il ressemblait à un fauve sur le point de mettre en pièces une proie inconnue que seule l’ignorance quant à sa véritable nature retenait d’écharper. Trénus profita du bref répit pour adresser une pensée à Auréa, visualisant dans son esprit une image de sa belle perdue suffisamment nette et émouvante pour apprêter son cœur à l’épreuve qu’il s’imposait. La défaite le punirait de sa stupidité et ruinerait les projets de sa détestable mère, ce qui ne serait que justice pour tous au final. La victoire, sans succomber à sa vieille malédiction berserk, exigerait toutes ses ressources, son talent et sa chance. Meilleure que la plus pertinente introspection, l’issue du combat témoignerait de la volonté réelle des dieux à son sujet. Terrasser un clan entier de rejetons Jotnärs furieux prouverait qu’il est prêt, et de taille, pour le défi de la guerre. Cette perspective ne le réjouissait pas vraiment. Non pas pour les carnages auxquels il devrait se joindre, mais parce qu’elle répondrait de manière claire et indéniable à son interrogation éternelle sur la nature de son identité. Celle d’un guerrier. Celle d’un tueur. Celle d’un inhumain. Aussi, lorsque le Contemplateur lança la curée dans un terrible hurlement de rage, Trénus embrassa sa destinée sans remords, ni doute.

           Le Sidhe écarta son manteau rapiécé pour faciliter l’envol bruyant d’une nuée d’oiseaux de feu invoqués qui s’élancèrent dans toutes les directions en faisant claquer les pans froissés du tissu. La volée ardente ravagea les premiers rangs des assaillants se ruant sur lui, semant une multitude de foyers épars. Profitant du désordre créé, Trénus s’empara d’une pique reposant dans la paume inerte d’un cyclope calciné. Il en rompit la hampe en son milieu pour la réduire à une proportion plus acceptable en vertu de sa taille démesurée. De son autre main, il s’équipa d’une lance similaire, née de flammes virulentes et crépitantes. Ainsi paré, il s’élança dans la mêlée pour entamer le massacre promis. Vif et redoutable, il exploita au mieux le chaos pour éliminer ses adversaires sidérés, indisciplinés et se gênant entre-eux en cherchant à l’atteindre. Fin stratège, Trénus transforma de cette façon l’avantage inégalable de leurs larges dimensions en handicap pesant, car plus rapide, leste et au final insaisissable qu’eux. La lutte ne s’avéra pourtant pas aussi facile passé les premiers élans et ruses ayant éclaircis les rangs compacts de la horde. Certains Jotnärs, endurcis et expérimentés, ne se laissèrent pas abattre sans résistance farouche, ni sans lui infliger de coûteuses représailles. Pourtant, ils tombèrent, les uns après les autres. Perdant leur sang-froid face à un frère empalé ou aux morsures d’une lame de feu surnaturelle, des vétérans commirent des faux-pas aussitôt sanctionnés par leur assaillant. Des braves s’écroulèrent par excès de rage ou de confiance. Des fuyards se rallièrent en groupe défendant âprement leur honneur. Trénus fut bousculé, saigné, jeté à terre. Il se releva à chaque fois, une détermination infaillible prenant le pas sur son corps endommagé. Il fut acculé et renversa des murailles de fer, d’os et de bois pour se dégager. Il fut désarmé et reprit le dessus en brisant de ses poings nus des articulations, des vertèbres et des crânes. Il fut précipité contre la pierre, molesté, piétiné et se vengea de chaque coup à l’aide de son feu ou de son incroyable art du combat. Les géants rescapés, incrédules, inhabitués à se heurter à pareille résistance, furent inexorablement refoulés, condamnant sans le savoir les chances de succès que leur procurait l’effet de meute. L’étranger passa d’une cible à l’autre, d’un intrépide le défiant à une bande isolée, fauchant les vies avec une obstination rare. Les survivants, contenus dans leur retraite par la proximité de leur auguste père à défendre coûte que coûte, ne purent échapper à leur sort. Leur ultime charge motivée par la peur et l’instinct de survie envoya leur adversaire au tapis, sans toutefois parvenir à l’y laisser. Trénus, remis debout sur ses jambes flageolantes, s’avança sur eux sans peur apparente. À bout de souffle et les mouvements empesés par l’épuisement, il trancha, perça et tua.

Titubant à la suite de son dernier adversaire s’écroulant en râlant, il échoua contre un mur à qui il dut seul de conserver son équilibre. Sa cape en lambeaux dissimulait mal ses entailles et plaies. Les ecchymoses et coupures profanant son visage attrayant trouvaient leur point culminant dans le magma sanglant souillant ses narines jusqu’à son menton. De la cacophonie de ses douleurs, il ne choisit d’en faire taire que trois : celle de ses côtes émiettées, de son épaule disloquée et de son flanc éventré. Puis, avec la lenteur que lui imposa sa respiration haletante, il s’étira comme un lion. Tandis que le Contemplateur esseulé dans son château déserté contemplait sa ruine, paralysé par l’effroi, le jeune Sidhe massait ses membres endoloris. Puis il fit quelques pas dans sa direction et, se plantant devant son trône d’infortune, tendit sa main à plat. Son regard fixe et fou parut glacer les sangs du géant horrifié.

- Dois-je venir me servir ? l’apostropha Trénus en accentuant son geste. 

- Tu avais l’intention de me détruire dès le départ !

- J’avais l’intention de te punir dès le départ, nuança ce dernier.

- Pourquoi ?! bredouilla le monstre traumatisé.    

- Parce que tu avais besoin d'un châtiment exemplaire. Et moi d'une mise à l'épreuve. Ainsi que de tes yeux.

- Qui es-tu donc ?!

- Comme toi, un monstre, soupira le jeune homme, avec lassitude et résignation.

- Tu vas me tuer à mon tour ?!

Trénus laissa planer le doute, se contentant d’approcher d’un air menaçant. Le Contemplateur s'arracha un œil après l’autre, tant par bravade que par terreur. Trénus s’empara des offrandes ensanglantées qu’il dévora à pleines dents sans une once d’hésitation. Le maître de la Tour s’affaissa et se ratatina sur sa haute chaise, cisaillé de souffrance et d’effroi. Il perdit connaissance en tremblotant piteusement, sans savoir s’il se réveillerait. Son épouvantable visiteur lui épargna pourtant la vie, respectant sa promesse de punition. Péniblement, il s’empara d’un couperet encore tâché de son propre sang et commença sa collecte de têtes sur ses victimes. Sa nouvelle magie, récemment enseignée, lui permit d’ouvrir une faille dimensionnelle reliée à un espace hors du monde physique, sorte de retraite dans laquelle il dissimula son sinistre butin. Puis, tournant les talons, il n’eut besoin que d’un geste cabalistique pour rappeler ses flammes et éteindre instantanément l’incendie embryonnaire menaçant l’édifice.

                Après une courte marche à travers la lande silencieuse peuplé d’aurochs domestiqués, il longea la forêt tourmentée marquant la limite de ce sanctuaire hors du monde physique et activa la magie du pilier de téléportation. Au pas suivant, il se retrouvait sur les terres du Svartalfheim. La colonne de transport balisant ces contrées s’élevait en périphérie d’une clairière fraîche et ombragée recouverte de brassées d’herbes luxuriantes. Plusieurs récents cratères cendreux et un impressionnant charnier d’Alfars, principalement des légionnaires, en avaient ôtés tout le charme. Paisiblement assise sur un tronc renversé à profiter, alanguie, du soleil, sa mère guettait son retour sous l’aspect d’une superbe beauté en robe légère. L’orgueil des Sidhes n’avait d‘égale que leur cruauté à ce qu’il put en juger à la vue de la sorcière elfe noire garrottée à ses pieds. Trénus reconnut une élémentaliste à ses tatouages rituels et son crâne rasé. Sa mère porta un regard attendri vers son fils dès qu’il apparut, mais celui-ci se teinta d’un éclat de malignité lorsqu’elle libéra sa prisonnière de ses liens quand il fut à mi-chemin. La survivante, malgré son piteux état, ne perdit pas de temps en réflexion et piqua aussitôt des deux pour s’enfuir. Trénus l’abattit d’une flèche enflammée sans quitter sa mère des yeux. Le message était clair : elle ne reculerait devant aucun stratagème pour s’assurer de sa loyauté, quitte à le dénoncer auprès des autorités alfares en tant que complice. Les seigneuries voisines devaient en effet être en ébullition depuis l’évasion spectaculaire de l’entité légendaire qu’ils retenaient captive et au secret depuis plus d’un quart de siècle. Pour eux une abomination, un fléau. Pour lui, celle qui lui avait donné naissance. Son identité révélée, ce serait toute sa compagnie de mercenaires, ainsi qu’Auréa, qui seraient en danger, malgré la protection politique de Ryldaen. La magicienne frappée de plein fouet essaya de se relever, échoua et retomba le nez dans l’herbe grasse, morte. Trénus aurait pu la laisser s’enfuir, mais il souhaitait conserver la confiance de son alliée. De toute manière, son signalement aurait tôt fait d’être connu des instances alfares à l’interception d’une cohorte de femmes en fuite avec toute leur marmaille demi-géante, puisque leurs cadavres n’étaient pas visibles alentour. Comme il l’avait anticipé, sa mère n’avait pu se résoudre à mettre à mort de malheureuses réfugiées, exilées, apeurées et sans défense avec leurs enfants. L’ironie des dieux ne manquait pas de sel et il aurait donné cher pour voir sa réaction de maman éplorée devant ce reflet de miroir allégorique.

- Cette étape valait-elle le temps qu’elle nous a fait perdre ? le questionna-t-elle en l’examinant, sourcils haussés. J’en doute à te voir ainsi rossé et crasseux, plus mort que vif et les mains vides.

          Il ne répondit pas, la sondant d’abord grâce à son nouveau pouvoir. Malgré la gêne occasionnée par ce talent inédit et son état pitoyable, il parvint à percevoir les diverses couleurs composant son aura au fil de ses humeurs et de ses émotions. De l’aspect brumeux et évanescents à la clarté brûlante, celles-ci s’entremêlaient à divers degrés d’intensités en un chatoiement fluctuant que lui seul pouvait discerner. Et ainsi traduire à son insu ses intentions réelles, mêmes les plus intimes. Apparemment, sa surprise, sa déception, son inquiétude et sa curiosité étaient sincères. Elle ne se doutait donc pas de la véritable teneur de ce qu’il était venu quêter avant de partir à la guerre.

- Par le Bifrost, qu’as-tu fait à tes yeux ?! Ils étaient d’un bleu si parfait ! Qu’est-ce donc que cette grisaille sinistre ?!

- Le prix de la vengeance, se justifia-t-il en retrouvant sans mal sa taciturnité près d’elle.

- Je vais m’efforcer de croire que c’est tout ce qui justifie cette mine renfrognée, bien que nous sachions tous les deux que ce n’est pas le cas. Ne laisse pas l’absence d’Auréa t’affaiblir. Je connais la valeur du tribut que je vous impose. Puise dans la garantie que rien ne lui arrivera jusqu’à ton retour la force dont tu auras bientôt grand besoin. Ryldaen veillera sur elle davantage que sur sa propre vie. J’y ai veillé, crois-moi.

- Vous…croire ?

- Je n’ai jamais souhaité que ton bien et ton bonheur. Je connais les tourments qu’infligent l’absence de l’être aimé.

                Il l’examina encore une fois avec attention. Cette fois, il fut frappé par la profondeur de son amour pour lui, sa fierté de l’avoir à ses côtés et son désir abyssal de possession exclusive. En embuscade, sa soif de sang et son excitation de retrouver ses terres natales, à ce qu’il en déduisit, sourdaient avec une insistance croissante, trahissant son impatience. Elle voulait savoir ce qui c’était passé au-delà de ce pilier mystique, mais rechignait à gaspiller un délai supplémentaire pour cela.

- Ton horizon est-il dégagé à présent ? se contenta-t-elle de s’enquérir.

- Oui, mère. Je peux voir clairement maintenant.

- Tant mieux, tu n’en apprécieras que davantage notre triomphe.

                La reine Sidhe se détourna et lui tendit son épée à la lame noire et or, conservée en gage de son retour et à laquelle elle pensait naïvement qu’il tenait. Avec admiration, elle en apprécia le fil du bout de son doigt blanc. L’arme était effectivement superbe, de plus en plus rutilante et fascinante avec le temps, notamment depuis leurs retrouvailles.

- L’avez-vous reforgée ?

- Inutile, c’est l’arme d’un Sidhe de haute lignée, rétorqua-t-elle d’un ton docte. Elle évolue et s’améliore car elle est baignée de trois sangs de fée : le tien, celui de Scathach et plus récemment, le mien. Voici Sahaktanur, mon fils. La Trois-Sangs dans notre langue. Fais-lui honneur.

                Trénus inspecta son épée sans parvenir à éprouver davantage d’attrait supplémentaire envers ce qu’il considérait comme le symbole des contraintes de son existence le ramenant invariablement vers la mort, Ryldaen, les Sidhes, loin de d’Auréa et de la paix. Il la fit disparaitre sous ses oripeaux. Gagnée par l’émotion solennelle du départ annoncé, sa mère le serra avec passion dans ses bras. Il ne lui rendit pas son étreinte, frissonnant au contact peu ragoutant de sa peau se changeant en écailles.

- À la bataille ! clama-t-elle en reprenant son aspect originel de dragon, arraché avec son essence et sa puissance par la trahison de ses sœurs, puis récupéré par le biais de son enfant la vengeant. Monte et prends quelque repos. Le voyage est long, tu es moribond et je prendrai plaisir à te bercer une fois encore.

                Trénus ne refusa pas la proposition. Il hissa péniblement son corps douloureux et écorché jusqu’à l’encolure de la bête gigantesque avant de se recroqueviller entre ses imposantes épaules. D’une impulsion, sa mère décolla en soulevant un nuage de poussière et de cendres au-dessus de la clairière outragée. Ils volèrent vers un autre ciel, un autre monde.