L'Autre-Monde
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Épisode 149 – La Loutre de Toutes les Peurs – Partie 2

 

Vorshek

 

            Ilurya s’agenouilla et retint les couettes de Gonzague en l’air tandis que cette dernière vomissait dans le torrent. La jeune naine, pâle et en sueur, marmonna un remerciement pâteux avant de tomber lourdement sur son séant.

 

- « J’ai du manger un truc pas frais », se justifia-t-elle. « J’arrive pas à expliquer cet arrière-goût atroce de plante moisie. »

- « Ilurya a du nous empoisonner l’air quand elle était en serpent géant », avança maladroitement Al en essorant ses habits.

- « Ou bien tu t’es faite enfumer par l’autre pipe », rétorqua subtilement la druidesse avant d’éluder le sujet. « Sinon, Gonzague, c’était quoi ta peur ? »

- « Euh…pareil que toi… » marmonna la berserker mal à l’aise. « Le truc des serpents…tout pareil. »

- « Vorshek fait le ver de terre et tout aussi nu », informa Cyril, penché au-dessus du reflet de la lune géante, visible à présent que les effluves de vomi étaient passés. « Il faut absolument aller le sauver ! »

- « Je crois qu’il vaut mieux ne pas chercher à connaitre la raison de cette motivation », soupira Al tandis que le hobbit piaffait sur place. « Je présume que personne d’autre n’est partant pour sauver les miches de l’autre sylvestre effeuillé ? »

 

            Ilurya esquiva la question en faisant mine de scruter intensément le lointain et Gonzague émit un nouveau renvoi. Al soupira tristement et s’en alla rejoindre Cerise près du reflet téléporteur, encouragé par le vivats surexcités du hobbit impatient. Les deux compagnons posèrent les doigts sur l’image de leur ami prostré et le monde implosa autour d’eux. Un instant après, ils se retrouvaient dans un lieu lointain, étrange et particulièrement angoissant. Un peu confus, Al et Cyril constatèrent qu’ils se tenaient au milieu d’un enchevêtrement de branches tentaculaires et innombrables, atrocement tordues, formant de multiples passerelles dans un océan de pénombre où ni le ciel, ni le sol n’étaient visibles. Dans toutes les directions cheminaient ces branches épaisses parcourues d’épines saillantes et de bosquets de ronces infranchissables. Une fine pluie glacée tombait, rendant encore plus glissante la progression le long de ces routes végétales serpentant dans le plus parfait chaos.

 

- « Vous pouvez au moins attendre qu’on se fasse gauler par un monstre bien mastoque avant de vous agripper à ma jambe svp ? » demanda Al.

- « Cet endroit est atroce ! » gémit Cyril, apeuré. « J’ai envie de chanter. Je peux chanter ? »

- « Non, vous êtes puni, on a dit. Mais c’est vrai que c’est glauque le coin. Connaissant Vorshek, je m’attendais à une sorte de harem ou une arène de combat de boue féminin… »

- « D’accord, gardons notre calme. Aladin, je crois que je viens de marcher sur l’une de ces vilaines épines. Peux-tu vérifier ? Sois franc : est-ce que mes bottines sont percées ? »

- « Bon sang, mais vous pissez le vôtre partout ! » s’exclama l’apprenti-paladin. « Vous ne pouvez pas faire attention ? C’est un coup à attirer toutes les bestioles carnivores du périmètre ! »

- « Je suis affreusement blessé », constata le barde, un mouchoir sur la bouche. « Je ne vais pas pouvoir marcher tout seul. Prend-moi dans tes bras. »

- « Vous porter ?! Vous pouvez toujours courir. Attention, on vient ! C’est un drow ! Dégainez votre…flûte et préparez-vous au combat ! »

 

            Le barde clopina en direction de l’elfe noir au regard fourbe et à l’expression peu avenante. Al crut qu’il visait le combat mais tout ce que Cerise engagea, ce fut la conversation. Peu après il revint en boitant tandis que la créature les dépassait en saluant poliment le disciple.

 

- « Qu’est-ce que vous lui avez raconté ?! »

- « J’ai demandé s’il connaissait un bon cordonnier proche d’ici. Ce n’est pas le cas. En revanche, il m’a indiqué où se trouvait Vorshek. Tu viens au lieu de bailler aux corneilles ? »

- « Un choix judicieux de compagnon », salua Kauko.

- « Je crois que je préfère quand vous vous moquez », grogna Al en rengainant.

 

            Vorshek ne se trouvait pas bien loin, à l’intérieur d’une sorte de chaumière de pierre grise et froide, dépouillée, déserte, trônant au milieu d’une plate-forme cernée de ronces. Le prince, visible depuis le palier et identique à la vision, pleurnichait nu, recroquevillé par terre. Al arrêta Cyril avant d’entrer.

 

- « Je vous préviens que si ça dévisse sur le moindre sujet à caractère sexuel, je me barre aussi sec. Et ça compte aussi pour vous ! »

 

            Le barde haussa les épaules, comme s’il ne comprenait pas, puis alla rejoindre le sorcier affalé, surveillé de près par l’apprenti-paladin.

 

- « Je sais déjà que je vais regretter cette question », soupira ce dernier, « mais de quoi as-tu peur, votre royauté ? Des filles non épilées ? Des rides ? Du pot de crème hydratante vide ? »

- « Comment peux-tu te moquer d’un homme à terre, décoiffé et le teint brouillé ?! »

- « Lève-toi, on est venus pour t’aider…Lève-toi, oui, mais pas trop quand même ! Garde les jambes croisées enfin ! J’ai pas changé d’yeux pour les perdre sur ta « baguette » magique ! Tiens, en parlant de baguette, où est Foudrargent ? »

- « Là-bas ! » répondit Vorshek en reniflant, les yeux affreusement rougis. « Pourquoi tu crois que je chiale comme toi à ton dixième râteau de la journée ? »

 

            Le semi elfe indiqua du doigt un oignon géant dissimulé dans un coin d’ombre, à l’intérieur de laquelle était profondément plantée sa baguette magique.

 

- « Je déteste les oignons ! C’est le fruit du démon ! Regardez cette monstruosité ! J’ai beau tirer, pousser, gratter, impossible de libérer Foudrargent. Sans elle, je suis aussi faible et impuissant que…que…que toi, tiens. C’est l’enfer ici. On m’a piqué mes fringues et y a des oignons ! Oh, vous ferez attention, Cyril, vous avez un horrible accroc à votre bottine. »

- « Et moi qui redoutais une peur débile… » marmonna Al. « Je vais régler le problème légumier. »

 

            L’ancien rôdeur dégaina son épée et taillada furieusement dans l’oignon géant, jusqu’à dégager la baguette enchantée de Vorshek. Ce dernier retrouva un peu de contenance et de calme une fois son arme entre ses mains.

 

- « Bravo, mais tu aurais pu faire ça dehors », se plaignit Cyril tandis que les trois compagnons frottaient leurs yeux dévastés.

- « C’est pas faux », concéda Al lorsqu’il recouvra un minimum de vision. « Votre principauté, qui t’as piqué tes loques ? »

- « Une bande d’affreux margoulins invulnérables. Je vous conduis à eux. »

- « Tu vas y aller le sifflet au vent ? Tu ne veux pas une de mes fringues au moins ? »

- « Tes fringues ? Navré, mais même en réfléchissant, je ne trouve pas de réponse qui ne te vexerait pas. »

 

            Le semi elfe mena ses deux comparses le long d’une route-racine, se hâtant avant que Cyril ne retrouve à son tour l’usage de ses yeux et par conséquent, de ses mains. Tous trois arrivèrent près d’un groupe de drows réunis autour d’un brasero.

 

- « Invulnérables ? » s’exclama Al. « Tu t’es fait désaper par cette bande de pue-la-pisse miteux ?! »

- « Comment veux-tu que je les combatte, je ne peux même pas poser un œil sur eux ?! » se lamenta Vorshek. « Regarde ça, c’est insoutenable ! Un tricot à l’effigie de Cap’tain Quenottes, là un fuseau vert et rouge à rayures, et par-là, ô seigneur miséricordieux, des chaussures portées sans chaussettes ! C’est inhumain autant de fautes de goût ! Lui il s’accroupit avec un pantalon taille basse « raie du maçon » et l’autre en face, porte une chemisette fermée jusqu’au dernier bouton. Jusqu’au dernier bouton ! Ils n’ont pas d’âme ou quoi ?! »

- « Peur des oignons et de la faute de goût, c’est d’un pathétique ! » rouspéta Al.

- « Et des papillons aussi », rajouta honteusement Vorshek en désignant le chef de la bande de drows, entouré d’une nuée de papillons multicolores. « Ils me font penser à des asticots en deltaplane et leurs trajectoires de vol me rendent toujours nerveux. Une fois, j’ai fait bannir par père une amante à la mine de sel à cause de son tatouage de papillon sur les reins. »

- « La mine de sel, carrément ?! »

- « Il en allait de ma réputation », se justifia le prince. « Impossible de me concentrer avec cet horrible dessin. »

- « Bien ! On ne va pas passer trois plombes dans cet enfer d’adolescente pourrie gâtée. Qu’est-ce qu’on fait ? On défonce les allergiques de la mode ? »

- « Laisse, je m’en occupe », intervint Cerise. « Je tiens ma chance de serr…de sauver Vorshek. »

 

            Le hobbit clopina jusqu’aux drows et discuta avec eux avant de sortir sa trousse de couture de voyage et d’apporter quelques modifications à leurs habits, coupant, échangeant, mélangeant et dispensant moult conseils. Il chassa les papillons d’un air de flûte désagréable au possible et offrit même son peigne pour que Vorshek puisse se recoiffer.

 

- « Je serai toujours là pour t’aider, beau prince en péril », susurra le barde au mage rassuré.

- « Tant de loyauté, d’efficacité et de prévoyance me touchent profondément, admit ce dernier. Laissez-moi vous récompenser, Cyril, avec un coup…de baguette magique. Voilà, votre pied est soigné. Vous changerez de bottes en revanche. N’oubliez pas que vous êtes en présence d’un prince quand même. Une tenue aussi négligée ne sied pas à un membre éminent de la famille seigneuriale. »

- « Vous vouliez prendre votre pied ? » marmonna Al au hobbit dépité, juste avant que tous ne soient renvoyés près du torrent. « Vous êtes exaucé. »

 

Hjotra

 

- « C’est bien que tu aies choisi de venir tirer Hjotra de son cauchemar, votre souveraineté », déclara Al tandis qu’il cheminait aux côtés de Vorshek vers l’endroit où le nain était perdu. « Deux vieux potes en vadrouille pour sauver les miches d’un troisième, ça me plait ! »

- « Tu m’expliqueras pourquoi tu n’as sauvé ton « vieux pote » qu’après Gonzague, Ilurya et même Cerise », rétorqua le sorcier d’un ton froid. « Je ne suis pas là pour toi ou pour Hjotra, je te signale. Je tiens juste à me venger de cette saleté de sortilège de Lune Blême qui m’a humilié. »

- « Les fesses à l’air », rajouta Al.

- « Les fesses à l’air », concéda Vorshek.

- « Les fesses à l’air », répéta Kauko en se mêlant à la conversation. « Hjotra se trouve dans le jardin que vous apercevez là-bas. Une fois que vous l’aurez sauvé de sa peur, il deviendra possible de briser le sort et de réintégrer vos corps dans le vrai monde. »

- « De quoi peut bien avoir peur un simple d’esprit comme Hjotra ? » interrogea Vorshek.

- « Un truc terrible sans doute : un légume, un insecte ou un mauvais assortiment de couleurs », se moqua l’apprenti-paladin

- « Au fait, tu savais que mon père avait rouvert la mine de sel ? » rétorqua du tac au tac le mage sur le même ton.

 

            Al s’abstint bien de répondre et poussa le portail d’entrée du jardin indiqué par Kauko. Ici, nul paysage de cauchemar ou atmosphère aussi dérangeante que terrifiante. Malgré la nuit tombante et l’inévitable présence de la gigantesque lune en forme d’œil au milieu du ciel étoilé, les lieux baignaient dans une ambiance paisible et agréable. D’un bord du sentier en terre battue traversant le parc s’étendaient les pommiers et les cerisiers d’un superbe verger. Sur la gauche était visible un charmant étang et au-delà, un riche potager aux larges allées et aux plants dégorgeant de multiples variétés. Les deux compagnons trouvèrent Hjotra, assis sur un banc de pierre au pied d’un chêne centenaire, entouré de rosiers magnifiques.

 

- « Connaissant le loustic », murmura discrètement Al, « cet endroit va grouiller de marmots braillards dans moins d’une minute. Hjotra a une peur bleue des mouflets, surtout ceux qui rient ou qui toussent. »

- « Oh, c’est vous ! » lança l’ingénieur en les entendant approcher. « Venez. Je méditais sur la gravité de l’existence. »

- « J’ai compris », glissa l’apprenti-disciple à l’oreille pointue de son comparse. « Ce n’est pas le vrai Hjotra. Le vrai ne connait pas le sens de la moitié des mots de cette phrase. »

- « C’est bien moi », le rassura le nain d’un air sérieux. « J’ai eu le temps de réfléchir à ma condition en vous attendant et j’ai pris conscience de la dérisoire absurdité de la vie et de la futilité de nos combats, des souffrances que nous nous infligeons et de nos avides espoirs à jamais impossibles à combler. C’est pourquoi j’ai décidé de me retirer ici pour lire, penser et peut-être écrire un traité de philosophie. »

- « Je n’ai pas compris la chute de sa blague », dit Vorshek, perplexe. « Il déconne, bien sûr ? »

- « C’est Hjotra ou pas ? » demanda Al à Kauko.

- « Mais il faut vous l’écrire sur la main ou quoi ? » soupira le sage. « C’est bien Hjotra, mais vous devez affronter l’incarnation de sa peur pour le sauver. Visiblement, sa peur, aussi bizarre que celle des autres membres de cette équipe de doux dingues, semble celle de devenir sérieux. Et chiant au possible manifestement. »

- « Hjotra sérieux ?! » s’exclama son disciple, hilare. « Ces deux mots n’ont rien à foutre dans la même phrase, c’est un non-sens. Rassurez-vous, mon vieux. On se mangera tous une apocalypse à base de pluies torrentielles de tartiflettes brûlantes avant que vous ne commenciez à devenir sérieux. Vous êtes génétiquement incapable de devenir sérieux. »

- « Votre aplomb et la certitude dont vous faîtes preuve dans cette assertion éveillent ma curiosité », déclara le nain, songeur. « Quelle vérité peut entretenir une telle allégation ? »

- « Bah, pour résumer, je dirais que vous êtes la quintessence du boulet. »

- « Le terme en lui-même vous doit en effet énormément », appuya solennellement Vorshek. « Vous êtes un boulet impérial. Rappelez-vous de la fois où vous avez confondu baguette de sorcier et baguette de sourcier. On n’a pas manqué de flotte durant toute la mission, mais on a fui comme des fiottes devant chaque adversaire, même ce couple de belettes énervés. »

- « Et lors de l’énigme du Veilleur de Jade que vous deviez nous répéter, vous avez là aussi confondu clapotis du ruisseau et clafoutis aux pruneaux. On a failli tous claquer et en plus, vous nous aviez donné faim. »

- « Je…je crois me rappeler… »

- « Continuez ! » les encouragea Kauko.

- « Un autre de vos coups d’éclat fut la fois où vous avez tellement énervé le chef de cette bande de brigands des grands chemins, qu’il a fait une syncope juste en essayant de comprendre vos réponses. Ses comparses ont cru que vous aviez des super-pouvoirs et se sont enfuis. »

- « Oui, c’était énorme », rit Vorshek. « Et quand vous vous êtes assommé avec votre propre cuillère durant un repas officiel ! Vous avez manqué vous noyer dans votre soupe devant deux cents convives ! Père en avait mangé sa serviette ! »

- « C’est vrai que cela manquait cruellement de sérieux… » admit l’ingénieur, troublé.

- « Ma préférée reste la fois où vous aviez récité tout un poème en l’honneur des cheveux gras de cette duchesse voisine du fief, persuadé que c’était un compliment chez les humains. Résultat : trois mois de guerre. »

- « Vous avez fabriqué un golem de guerre invincible, puis oublié comment vous aviez fait », enchaîna Vorshek. Vous avez réussi à perdre la bague de mariage de ma mère dans votre barbe. Vous êtes resté deux jours le bras coincé dans une bouche d’égout en cherchant à rattraper une de vos billes. Vous avez terrassé le champion des trolls en éternuant si fort que la tête de votre marteau s’est détachée et a fusé pour lui fracasser le crâne. Vous avez dressé des loups à chercher de l’or durant six mois, mais sans leur apprendre à revenir ensuite. Vous vous êtes catapulté trois fois d’affilée en nettoyant vos engins de siège. Vous… »

- « C’est bon, c’est bon, on a tous bien compris, je crois ! » l’interrompit Hjotra, écarlate. « Je me souviens à présent de ce que je suis, mais je n’arrive pas à retrouver mon naturel cocasse, naïf et passablement débile. Je suis obsédé jour et nuit par un paradoxe insoluble : pourquoi Elenwë n’a-t-elle pas châtié le dragon Voronwë, sachant que celui-ci avait failli à sa mission de vous protéger, prince Vorshek ? »

- « La fois où cet abruti vous a confondu avec moi lors de la fuite du camp de Tynfir et qu’il a invoqué mes parents en se plantant dans ses sorts ? » demanda ce dernier. « C’était quel jour ? »

- « Un mardi, il me semble. »

- « Cherchez pas plus loin. C’est le mardi qu’elle a sa séance « d’inhalations » aux plantes. Valériane et passiflore, le duo gagnant des psychotropes de maman. »

 

            Devant l’évidence de la réponse, Hjotra se figea sous la stupeur, plissa le nez, le front et les yeux, en proie à une vive réflexion, puis éclata d’un rire aigrelet incontrôlable dû à ses tentatives infructueuses pour répéter psychotrope. L’ingénieur signifia qu’il était délivré de sa peur d’une exubérante danse avec rotations lascives des hanches, puis en mâchouillant une feuille de papier griffonnée roulée en boule.

 

- « Je me demande tout à coup si c’était une bonne chose de lui rendre son état normal… » commenta Al en observant ses déhanchés endiablés au milieu des rosiers.

- « A-t-il seulement un état « normal » ? » répondit Vorshek. « Hjotra ? Qu’était ce papier que vous venez d’avaler ? »

- « Les plans des golems de combat. Je m’en étais souvenu brusquement mais on s’en cogne maintenant, non ? »

- « Vous êtes vraiment un boulet », grommela le prince avant que le jardin ne disparaisse autour d’eux.

 

           Les trois Dragons qui Roxxent réapparurent près du torrent où les attendaient les autres membres de l’équipe, à l’exception d’Ilurya dont Cyril reprisait la robe en sifflotant tandis que Gonzague lui contait l’un de ses combats.

 

- « …Bâti comme une armoire, il n’avait pas l’air commode », narrait la jeune naine. « Je lui ai alors lancé : Je vais te dresser comme une table et…Maître Hjotra ! Vous êtes sauf ?! Vous avez du papier entre les dents. C’était quoi votre peur ? Un dictionnaire ? »

- « Où est Ilurya ? » interrogea fébrilement Vorshek en voyant sa robe, vide.

- « Elle prend un bain », répondit Cyril en indiquant le cours d’eau.

 

            Al et Vorshek échangèrent un regard avant de se précipiter vers le torrent en se bousculant. Ils repartirent aussi sec dans l’autre sens quand la druidesse, bien à poil, mais métamorphosée en ourse, se mit à les charger. La jeune elfe retrouva son apparence normale et se rhabilla le temps que les deux mateurs rassemblent le courage suffisant pour revenir.

 

- « On n’est pas sorti de la berge avec ce genre de vannes », se plaignit Al à son retour près de la rivière.

- « Tu connaissais un meilleur moyen pour aller pêcher le saumon à l’intérieur de la loutre et dans lequel se trouvait la Perle Pure, gros benêt ? » lui répondit Ilurya en désignant le poisson gisant sur la berge, puis la perle minuscule qu’elle brandit fièrement juste avant qu’une violente explosion éparpille les aventuriers en tous sens.

- « On ne bouge plus ou je vous désintègre ! » retentit la voix de Tynfir surgissant d’un pan de nuit. « Zut, j’aurais peut-être dû menacer avant de lâcher mon sortilège… »

- « Tynfir ?! » s’exclama Vorshek en se relevant péniblement. « Inutile de venir me relancer jusque dans mon inconscient, je ne veux plus sortir avec toi ! Ou alors, dégrafe un bouton de corsage. »

- « Silence, bellâtre abruti ! » rugit la nécromancienne. « Je me fiche bien de toi, tu es taillé comme une crevette, tu as une coupe de cheveux d’entraineuse et tu utilises plus de crèmes de soins que moi ! Je n’arrive pas à croire que toi et ta lamentable bande de traine-la-patte pathétiques ayez réussi à briser mon sortilège de Lune Blême ! »

- « Tu vas tout de suite retirer ce que tu viens de dire sur mes cheveux ou je tu te manges une baffe au saumon, espèce de morue ! » rétorqua le prince vexé en brandissant le poisson évidé.

- « Mon maléfice s’épuise et je n’ai plus la force suffisante pour vous exterminer sur ce plan onirique », enragea la félonne. « Mais je ne partirai pas d’ici sans vous avoir arraché votre précieuse relique. Où est la Perle Pure ! Elle est ici je la sens ! Donnez-moi la… »

 

            Le joyau, propulsé par la catapulte de poche de Hjotra, percuta violemment Tynfir en plein visage, se fichant profondément dans sa narine.

 

- « Paf, dans le pif, la pouf  ! » se moqua l’ingénieur tandis que la sorcière s’écroulait en même temps que le reste de son monde illusoire.

- « Tu n’as pas eu le nez creux en nous attaquant, pauvre truffe », renchérit Vorshek, triomphant devant la reine sombre sonnée. « Je suis peut-être un mufle de t’avouer ça, mais au fond, je n’ai jamais pu te blairer. »

 

            La gigantesque lune décrochée du ciel tomba lourdement en emportant les étoiles dans son sillage. L’impact de sa chute acheva de pulvériser ce qui restait du sortilège de Tynfir et les esprits des Dragons qui Roxxent, libérés, purent réintégrer leurs corps. Les six compagnons se retrouvèrent réunis en cercle autour d’Ilurya, achevant de réciter la formule piégée du grimoire de la Sagesse du Corbeau.

 

- « Est-ce que tout ceci a vraiment eu lieu ? » demanda Gonzague en fixant la lune, en croissant et de taille tout à fait normale, visible à la cime des arbres.

- « Il semblerait bien que oui », répondit Vorshek, tout sourire, en montrant la Perle Pure, un peu poisseuse tenue entre ses doigts. « Qui veut de la morve de nécromancienne ? »

 

 

Bilan de la mission :

Vorshek : Amour-propre capillaire +1

Ilurya : Pêche en torrent +1

Gonzague : Bad Trip +1

Cyril : Stylisme improvisé +1

Hjotra : Précision sur maquettes +1

Al : Quête de reliques +1 (rang de paladin débutant débloqué)

Expérience Acquise : Pitoyable