L'Autre-Monde
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Épisode 147 – En Quête du Corbeau

 

            Arzhiel passa discrètement la tête entre deux stalagmites lui bouchant la vue afin de mieux apprécier la distance le séparant de la sentinelle mort-vivante bloquant le passage, puis se retira sans un bruit. Les regards des guerriers d’élite attendant immobiles dans le couloir se braquèrent sur lui. Le seigneur de guerre leva un petit panneau de bois gravé où apparaissait le dessin d’un nain en alerte, un doigt sur la bouche pour signifier le silence. C’était le seul moyen qu’il avait trouvé pour communiquer ses ordres à ses ânes de soldats qui ne percutaient rien au langage des signes. Le dessin sur panneau s’était imposé de lui-même après quelques tentatives échouées où Arzhiel avait gravé des mots, sans effet sur ses combattants illettrés, analphabètes ou bêtes tout court. Le maître du Karak étudia longuement une série de haches et de masses de tailles différentes avant de choisir la plus grosse et la lancer avec violence sur le zombie. Ce dernier s’écroula dans un râle. Un nouveau panneau d’un nain doté de gros pieds remit le groupe en mouvement.

 

- « J’ai fait un rêve bizarre cette nuit, seigneur », confia Brandir, le berserker, en rejoignant son chef. « J’étais un saumon péché par une loutre puis emporté par un corbeau, chassé par un faucon, puis capturé par une biche mangée par un loup. Vous pensez que c’est un rêve comme ceux qui annonçaient l’invasion des mort-vivants, un rêve péremptoire ? »

- « Prémonitoire », rectifia Arzhiel en murmurant. « Fermez-la, il y a de l’écho dans ces tunnels et l’ennemi est proche. »

- « Mais il signifiait quoi d’après vous ? »

- « Rien. Juste un message de vos derniers neurones qui veulent que vous arrêtiez de picoler. »

- « Pfff ! » pesta le guerrier énervé. « Ben, c’est pas eux qui décident ! »

 

            Arzhiel leva les yeux au ciel et poursuivit. La troupe d’élite parvint bientôt en vue de la sortie du souterrain, la galerie remontant en pente douce vers un sentier menant à une carrière de pierre abandonnée. En son centre était dressée une lourde table en granit aux rebords parcourus d’une ceinture de runes faiblement luminescentes. Une troupe importante de zombies d’orcs, d’humains, de nains et de créatures diverses formait des rangs compacts autour d’elle, dos tournés au souterrain.

 

- « On va faire simple, histoire de ne pas vous embrouiller », chuchota Arzhiel à l’attention de ses combattants. « Tous ceux qui sont plus gras, plus larges et plus gros que moi, en première ligne et vous tapez jusqu’à ce que ça ne bouge plus en face, pas même un orteil. Les autres, avec moi, on force leurs lignes et on sécurise la table de pierre. J’ai besoin de deux lanceurs de runes en couverture. »

 

            Deux nains échangèrent un regard interrogatif et se désignèrent en s’enroulant dans leurs fourrures. Arzhiel éclata ses panneaux sur leur crâne, ce qui déclencha le début des hostilités. Nains et morts-vivants se ruèrent les uns sur les autres dans un combat d’une rare sauvagerie et d’une stratégie plus rare encore. Arzhiel parvint à percer les défenses ennemies et se retrouva nez à nez avec la liche (puissante sorcière mort-vivante) envoyée sur place par Tynfir elle-même.

 

- « Estelle Le Fémur ! » la reconnut Arzhiel en se plantant devant la mort-vivante légendaire. « Je vais t’apprendre la vie, sac d’os ! »

- « Tu ne peuuuuuux me vaincre », caqueta la créature. « Mon sortilège d’armure de glaaaaaaces éternelles rend ta hache inutiiiiile. Je te promets souffraaaaaance et terreuuuuur ! »

- « Désolé, je suis déjà mariéééééé », se contenta de répondre le seigneur de guerre en ouvrant un petit coffret préparé par Elenwë.

 

            Un cône de feu draconique vaporisa le monstre et une large partie des zombies réunis autour de lui. Arzhiel se glissa sous la table de granit et logea dans un espace escamotable une paire de runes gorgées de magie. Le sortilège contenu dans la relique sacrée s’activa de nouveau, libérant une énergie suffisante pour détruire toute trace de magie nécromancienne sur la montagne. Les morts-vivants encore debout s’écroulèrent en tas de cendres, à l’instar de l’armée de Tynfir occupée au siège du Karak, sur l’autre versant.

 

- « Et voilà le travail ! » s’exclama Arzhiel en se relevant. « Le Karak est libre et Tynfir va devoir à présent apprendre à échapper à une meute de nains furax et très taquins. Non, Brandir, on ne ramène pas de tête de yéti zombifiée en souvenir. Même pour décorer votre piaule. Bon, à présent, c’est à nos gamins de jouer. J’espère qu’ils progressent de leur côté…Les oreilles ? Ouais, d’accord, mais j’en veux une. Je la planquerai dans la soupe d’Elenwë ce soir. »

 

Pendant ce temps, bien plus loin au pays de l’ours, dans la forêt du louveteau clampin, en plein territoire de la tribu elfe des Biches Batifolantes.

 

- « Les animaux !!! » hurla le druide dément en abattant une pluie de pierres sur les Dragons qui Roxxent. « Ils sont où ?! »

- « Au même endroit où je vais te placer le bout de ma botte si tu nous balances encore ton gravier sur le melon, espèce de vieux clodo dépenaillé ! » répondit Al avec fureur en courant entre les débris de rochers.

 

            L’apprenti paladin piqua un sprint droit sur l’enchanteur, son épée Kauko brandie, mais fut fauché par une racine géante animée par magie avant d’atteindre sa cible.

 

- « Rendez les animaux ! » ordonna l’enchanteur elfe hystérique tandis que de nouvelles racines-fouets s’animèrent autour de lui pour le protéger. « Les oiseaux, les rongeurs ! Même les putois ! Libérez-les ! »

- « Avant que tu ne fasses la moindre remarque désobligeante », fit Ilurya à Vorshek, tous deux prisonniers des racines géantes, « le druidisme est avant tout une passion dont l’enseignement est censé t’ouvrir l’esprit. Merci de ne pas juger cette voie de sagesse à ce collègue-là, aussi barré, crade et pouilleux qu’il paraisse. Il y a sans doute une très bonne raison pour justifier son hostilité et…son insistante requête animalière. »

- « Nous, on a des animaux ! » s’écrièrent tout affolés Gonzague et Cyril en surgissant d’un bosquet, l’une avec un crapaud dans les bras, l’autre avec un lièvre tremblotant et sûrement centenaire.

- « Non, mais pas ceux-là », râla le druide. « C’est moi qui les ai changés en bestioles ce matin ces deux là. Ils m’ont demandé la route du prochain village, je me suis senti insulté, je les ai métamorphosé. »

- « Autant pour moi », soupira Ilurya, dépitée. « C’est juste un gros barje. »

- « Ils sont partis les animaux », annonça Hjotra en jouant aux chatouilles avec la racine cherchant à l’attraper. « C’était pareil avec le dragon et seigneur Arzhiel, la dernière fois. Ce sont les habitants du Morbihan qui leur ont fait peur. »

- « Il veut dire les morts-vivants », traduisit Gonzague en balançant son crapaud sur Al, sonné à terre, plus loin.

 

            Troublé, le vieux druide cessa de hurler et de s’agiter, ayant enfin son explication. Les flammes courant dans sa chevelure hirsute s’éteignirent, les racines disparurent dans le sol et la caillasse cessa de pleuvoir. L’elfe gratta sa barbe infestée de puces d’un air pensif, puis son arrière-train, puis le fond de son oreille velue avant de tendre son doigt à l’ongle noirci en direction des Dragons qui Roxxent.

                                                                 

- « Pouce ! Je réfléchis ! » s’exclama-t-il. « Vous devez avoir raison. Et si vous n’êtes ni morts, ni perdus, je n’ai aucune raison de vous attaquer. »

- « Ravi que vous ayez réglé ce problème », lança Vorshek, à présent libre, en s’approchant d’un air affable. « Concernant celui de votre hygiène, je peux tout à fait vous indiquer la rivière la plus proche. »

- « Nous sommes des voyageurs en quête d’une relique pouvant combattre les mort-vivants », intervint Ilurya. « Vous êtes bien Faucon Loufoque, le druide de la tribu des Biches Batifolantes ? »

- « Futur-ex-druide », corrigea l’ensorceleur en cherchant à faire la bise à la jeune elfe, et recevant en retour un coup de bâton dans l’aine. « J’ai changé toute la tribu en arbrisseaux. Je croyais que c’était eux qui avaient volé les animaux. Ça m’étonnerait qu’ils valident ma période d’essai après cette boulette. »

- « Vu la prestation, la tenue et le petit moulin dans votre tête, vous avez les qualités requises pour postuler dans l’équipe », ronchonna Al, blessé et boitillant.

- « Nous avons donc l’ours, le loup, la biche et le faucon », résuma Ilurya en essuyant son bâton avec le manteau d’Al. « Faucon Loufoque ! Possèdes-tu quelque artefact en rapport avec un corbeau, une loutre ou un saumon ? »

- « J’avais une culotte en peau de loutre », cogita le druide, « mais je l’ai égaré sans m’en rendre compte durant ma dernière hibernation. Tout ce que je possède de valeur est un grimoire intitulé la Sagesse du Corbeau. Vous pensez que ça a un lien ? » 

_ « A mon avis, c’est l’un de ses sortilèges de Pluie de Pierres qui s’est retourné contre lui », murmura Gonzague à l’oreille de Cerise.

- « Il a tout aussi bien pu retourner le bonnet à force de glander tout seul au fond des bois, à parler aux fourmis et aux piafs », avança le hobbit.

- « Ou les effets secondaires d’une alimentation essentiellement basée sur les fruits des bois et les légumes sauvages », renchérit Al.

- « Vous avez faim ? » crut comprendre le gardien de la forêt. « Il me reste du riz brun à la grotte. »

- « Manger du riz ? » protesta Hjotra, écœuré. « Vous avez un grain ?! »

- « Seriez-vous prêt à nous céder votre grimoire ? » demanda Vorshek pour recentrer la discussion. « Contre un savon ou un bain de bouche, peut-être ? »

- « Les animaux de la forêt ne reviendront que lorsque les bois seront débarrassés des Morbihan, je dois donc rétablir l’harmonie de la forêt », songea l’elfe à haute voix tout en exécutant des génuflexions. « Le rituel de purification majeure de zone devrait pouvoir chasser les intrus des bois…Si je m’y mets maintenant, il devrait être achevé dans trois jours, quatre plutôt, j’ai de la lessive à étendre. Très bien ! Par les Esprits Elémentaires, je vous donnerai le grimoire si vous me ramenez de la poudre d’ailes de fée. J’en aurai besoin pour le rituel. »

- « Allez, on repart aux courses », se lamenta Al avant que son épée ne vienne le frapper toute seule. « Je veux dire : chouette, une quête à ingrédient ! »

- « Moi aussi, j’aime les chouettes », lui confia Faucon Loufoque en saisissant le disciple par les épaules puis en lui administrant une franche accolade avant de partir en imitant le cri du hibou.

- « C’est tellement enrichissant de rencontrer des personnages pittoresques et hauts en couleur à travers nos aventures… » ironisa l’apprenti-paladin. « Bon, ben partez devant. Je brûle mes fringues et je vous rejoins. »

 

            Vorshek fut le premier à trouver une fée au cœur de la sombre et mystique forêt du louveteau clampin, peut-être inspiré par sa nature elfique, ses affinités magiques ou sans doute par la proximité d’une créature foncièrement dénudée, pure et belle. Les Dragons qui Roxxent furent alertés par le cri que poussa leur prince et ce fut Ilurya et Al qui le rejoignirent en premier, au moment où la fée s’apprêtait à l’écraser sous un roc en lévitation. La druidesse s’adressa à la fée en langage ancien pour désamorcer la situation.

 

- « Quoi qu’elle prétende », fit Vorshek sur le séant, « c’est un affreux malentendu. Ce sont ses ailes que je cherchais à caresser, certainement pas son explosive chute de reins. »

- « C’est ta maman ? » demanda naïvement la fée en se tournant vers le prince aux yeux emplis d’étoiles, et désignant Ilurya.

 

            Si l’excès d’enthousiasme dont fit preuve le prince face à une créature féérique manifestement peu encline à suivre une quelconque mode vestimentaire faillit entraîner l’échec de la mission, le soudain fou rire d’Al à cette question plut tellement à cette dernière qu’elle accepta d’écouter la requête du groupe. La fée exigea en échange d’un peu de poudre de ses ailes que les aventuriers lui ramènent la peau de l’une de ses camarades, dérobée lors d’une de ses visites en territoires mortels par un malandrin en fuite. La petite troupe accepta et repartit.

 

- « On dirait qu’il ne va pas s’en remettre », commenta Cyril en observant Al, toujours hilare depuis des heures.

- « Ignorez cet abruti », grommela Ilurya, terriblement vexée. « De toute manière, s’il glousse encore une fois, je le change en endive et je le donne à manger au lapin de Hjotra. »

- « Il s’appelle Parancouye parce qu’il n’arrête pas de perdre des morceaux », déclara gaiement l’ingénieur en montrant le lièvre pelé, malodorant et à moitié crevé trouvé par Cyril.

- « Cette fée s’est montrée affreusement sotte », susurra Vorshek en glissant près de la druidesse pour la réconforter. « Je t’assure que tu as conservé la fraîcheur et la beauté de tes cinquante ans. »

- « Du vent, moulin à paroles ! » le rabroua l’elfe. « Occupe-toi de commander ton élémental de l’air, qu’il nous retrouve le voleur au plus vite. »

- « Comment elle a réussi à tricoter pour se faire braquer sa peau, la copine de l’exhibitionniste ? » demanda Gonzague.

- « Les fées se recouvrent d’une « peau » quand elles se changent en animaux », expliqua Ilurya. C’est leur moyen le plus efficace d’explorer le monde des mortels sans se faire repérer. Mais si une venait à égarer sa peau, elle serait incapable de recouvrer sa forme originale et resterait coincée sur ce plan. »

- « Elles sont nazes, ces fées », soupira la guerrière. « En même temps, qu’attendre d’un peuple qui n’a toujours pas inventé la liquette ou le slibard ? »

- « Ne t’en fais pas, m’man », repartit à la charge Vorshek. « Cette fée, fiston va lui sauver la peau. »

 

            Si la druidesse manifesta son absence de goût pour cette plaisanterie d’une terrible invocation de bouton de fièvre sur le front qui fit hurler Vorshek, sa réaction ne manqua pas de relancer le fou rire d’Al pour un nouveau quart d’heure. Le sylphe invoqué par Vorshek remonta bientôt la piste du voleur de peau de fée, celui-ci s’avérant être captif d’une tribu de trolls n’acceptant de l’échanger qu’à la condition que les aventuriers ramènent la massue fétiche de leur chef perdue aux dés contre la viverne hantant un lac voisin. Au plan d’eau, le rachat de l’arme fut soumis par le reptile géant à l’exécution d’une nouvelle requête, un peu particulière.

 

- « Les zombies essaient de me becqueter toutes les nuits depuis deux semaines », expliqua le monstre en se frottant les yeux. « Je suis fané et j’ai faim. J’ai ma dose de carcasses de castors et de gobelins noyés. Je veux du bon, je veux du goût. Je vous rends la massue si vous me concoctez mon plat préféré. »

- « C’est pas croyable », se plaignit Gonzague. « La moitié vivante du coin nous fait faire leurs courses tandis que l’autre moitié zombifiée essaie de nous boulotter tous les cent mètres ! »

- « Gonzague a raison », l’appuya Ilurya. « Je m’inquiète de notre sort avec tous ces cadavéreux dans les parages. »

- « C’est ton côté maternel, ça », commenta Al avant d’être agressé par une nuée de serpents capillaires peu jouasses.

- « Chut ! » lança Hjotra à l’apprenti-paladin qui couinait sous les morsures. « On n’entend pas l’énoncé ! »

- « Je désire une ensalada vidangia », commanda la viverne. « Avec entrée et dessert. Vous avez une heure. »

 

            Perplexes, les Dragons qui Roxxent s’éloignèrent du lac sans guère savoir ce qu’ils devaient chercher.

 

- « Je le sens pas trop la salada je ne sais quoi », déclara Al en extrayant le venin de ses plaies à l’aide d’un couteau. « En plus, pactiser avec une viverne, c’est un coup à se retrouver en dessert au menu. Pourquoi on ne se débarrasse tout simplement pas des zombies en utilisant le Sceptre de Commandement volé à Tynfir ? On pourrait ordonner aux mort-vivants de se barrer au diable vauvert et Faucon Loufoque serait ravi, non ? »

- « Hors de question d’utiliser un artefact de nécromancie », refusa fermement Vorshek. « La magie interdite peut provoquer une mort atroce, une malédiction ou pire, porter atteinte à ma beauté physique. La vraie question pour en finir avec toutes ces quêtes en bois, c’est pourquoi ton ami Kauko ne nous dit pas directement où se trouve la Perle Pure au lieu de jouer aux devinettes animalières ? »

- « J’ai déjà demandé, tu penses bien. Il dit que le but est moins important que le chemin à parcourir, que la Perle n’apparait qu’à ceux dignes de la trouver et d’autres conneries du style. Je pense juste que ça le fait marrer de nous balader. C’est pas super trépidant une vie d’épée. »

- « Surtout la tienne », ajouta Gonzague. « On fait quoi alors ? On est chocolat, là. »

- « Non, ça gâcherait la recette », répondit Cyril, la tête levée vers les arbres. « L’ensalada vidangia est un plat orc consistant à percer un nid avec un bâton fin afin que le liquide des œufs cassés s’écoule. Puis on passe les débris et les fœtus d’oisillons à feu doux vingt minutes. Je pense que je vais servir le plat avec deux billes de melon, une sauce airelles-piment et un bouillon de jus de marais aux asperges. En entrée, je verrai bien un carpaccio de ragondin, j’en ai vu un claqué dans le fossé tout à l’heure et un millefeuille termites, fourmis rouges, pour la couleur, en dessert. »

- « Mais comment vous connaissez des recettes aussi dégueulasses, vous ?! » s’exclama Vorshek tandis que Hjotra et Gonzague vomissaient dans un fourré, surtout à cause des asperges.

- « Qu’est-ce que tu crois, beau prince ? » roucoula le barde. « Je suis bonne à marier. »

 

            Les Dragons qui Roxxent s’échinèrent à ramener les ingrédients commandés par Cyril et à suivre ses directives jusqu’à ce que l’horrible repas soit prêt et servi dans les temps à la gourmande viverne. Conquise par le talent culinaire du hobbit et par sa touche de fantaisie (mettre trois billes de melon au lieu des deux de la recette originale), la créature serpentine céda sans regret la massue promise. Les trolls échangèrent l’arme contre leur prisonnier et celui-ci troqua la peau de la fée contre sa propre liberté. Enthousiaste, la fée naturiste offrit un peu de poudre de ses ailes à Ilurya tandis que Gonzague surveillait du bout de sa hache Vorshek, Al et Hjotra, ligotés à un kilomètre de la créature défroquée pour éviter tout dérapage. C’est finalement fourbus mais satisfaits que les Dragons qui Roxxent retrouvèrent Faucon Loufoque en fin de journée.

 

- « Voici la poudre d’ailes de fée pour votre rituel », fit Ilurya, épuisée, en lui tenant un petit sac de cuir. « Si vous ne connaissez pas encore le plaisir de jouer à cache-cache toute une journée au fond des bois avec des dizaines de zombies, de cuisiner en plein-air et de faire les commissions des habitants de la forêt, vous en trouverez un petit échantillon dans le son de ma voix lorsque je vous dis : magnez-vous à faire péter votre saloperie de grimoire du Corbeau ! Je vous prie. »

- « Où sont les animaux ? » demanda Faucon Loufoque d’un air intrigué en examinant les aventuriers comme s’il les voyait pour la première fois. « Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait des animaux ?! C’est vous qui avez pris les… »

 

            Le druide n’eut pas le temps de finir sa phrase que la crosse d’Ilurya s’abattait dans un bruit mat sur sa tempe. L’elfe s’écroula comme un sac dans un nuage de puces.

 

- « Désolée », craqua la druidesse. « Je…c’était plus fort que moi ! J’ai pas évité de me faire dévorer par des mort-vivants ou émincé un ragondin moisi en lamelles pour entendre les divagations d’un gâteux amnésique. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? »

- « Ce qu’on faisait avant de chercher à faire bien les choses et qu’on aurait dû faire tout de suite », répondit Al en haussant les épaules. « Demander à Hjotra de fouiller ce vieux schnock à la recherche du bouquin et cambrioler sa bicoque s’il ne l’a pas sur lui. T’en fais pas, tout ira bien. Si tu veux, on te laissera lui enfoncer la poudre de fées dans l’orifice de ton choix et lui ligoter Parancouye à la cheville. Tu verras, ça détend drôlement. »

 

Bilan de la mission :

Vorshek : Débordement affectif compulsif +1

Ilurya : Coup critique facial +1

Gonzague : Aversion pour l’art culinaire orc +1

Cyril : Cuisine forestière +1

Hjotra : Traque d’animaux sauvages +1

Al : Self-control -1

Expérience Acquise : Piètre