L'Autre-Monde
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Épisode 141 – 40 ans, Encore Puceau (Souvenirs)

 

            Le jeune Vorshek jeta un coup d’œil discret dans le couloir et repéra un garde de son père en faction dodelinant de la tête, régulièrement réveillé par ses propres ronflements. Le demi elfe fébrile sortit de son paquetage un chapelet de saucisses dérobé le matin dans les cuisines, l’imprégna de sa magie puis le lança en l’air. Tel un serpent ondulant dans les flots, la pièce de charcuterie lévita sous le nez du nain avant de s’échapper par un couloir adjacent lorsque celui-ci tenta de s’en emparer. Comme Vorshek l’avait espéré, une intense course-poursuite s’engagea, lui laissant le passage libre. Le cœur battant, l’adolescent passa la porte et traversa encore deux tunnels, jeta sur ses épaules une cape en laine grossière dissimulée là la veille et reprit sa route sans tarder. L’excitation rendit son pas impatient et trop rapide. Au carrefour suivant, il tomba nez à nez avec Hjotra et Brandir qu’il n’avait pas entendu approcher.

 

- « …et il est allé chouiner parce que je lui ai brisé quatre côtes et écrasé un bras ! » racontait Brandir. « Je l’ai bien entendu pourtant, il voulait un combat amical, c’est pas tombé dans l’oreille d’un lourd ! C’est pas amical peut-être une bonne fracture ouverte ? »

- « Tiens », répondit Hjotra. « On dirait qu’un elfe vient de s’éclater contre votre gro…contre vous. »

- « Tout va bien », fit Vorshek en se relevant aussitôt, cachant son visage et changeant de voix. « J’étais distrait. Pardonnez-moi. »

- « Ben, soyez distrait avec quelqu’un d’autre, mon bonhomme. Je suis marié et une étreinte avec un elfe, c’est aussi désagréable qu’une toile d’araignée dans la barbe. »

- « Ou celle de sa femme », ajouta Hjotra.

- « Comment je suis devenu trop séduisant depuis que je suis père de famille ! » s’étonna Brandir tandis que Vorshek s’éloignait. « On se rue sur moi à chaque virage ! »

- « Nous devrions peut-être aller voir le soigneur », proposa Hjotra, inquiet, à son ami. « Le choc semble avoir atteint le cerveau. Vous faîtes une crise de démence. Combien j’ai de doigts ? Ouais, moi non plus, j’en sais rien, c’est vrai que c’était chaud à compter, ils bougent sans arrêt. »

 

            Vorshek quitta les étages privés des nobles du Karak et coupa à travers les quartiers marchands et administratifs, encore un peu sonné. Se mêlant à la foule des badauds, il put enfin souffler un peu. Son percepteur ne se réveillerait que dans quelques heures et sa mère réunissait son cercle d’amies les plus insupportables dans la salle du trône, juste pour gonfler son époux. Le jeune elfe s’éloigna des principales artères de la cité et fila droit vers les bas quartiers, guidé par la puanteur rance de sueur et d’ordures mêlée, ainsi que par les chants des poivrots. Il alla se poster au milieu d’une place particulièrement animée et eut tôt fait de repérer sa cible. D’un pas nerveux mais déterminé, Vorshek rejoint une humaine buvant à une fontaine et se planta devant elle.

 

- « On copule ? » demanda-t-il en étalant un sourire goguenard, fruit d’heures entières d’entraînement devant le miroir. « Je veux bien vous faire la cour et vous réciter de la poésie durant des heures, mais tous deux savons pertinemment que ça finira fatalement au lit. Autant gagner du temps, non ? »  

 

            La jeune femme haussa un sourcil blasé, saisit délicatement Vorshek par la nuque en lui retournant son sourire, puis l’expédia dans le bassin de la fontaine avant de repartir à pas lents. Vorshek sortit de l’eau et essora sa tunique avec flegme, cherchant où il avait péché. Une elfe à la peau nacrée et aux longs cheveux lisses d’une blancheur immaculée passa à portée, visiblement pressée. Le jeune sorcier la rattrapa sans tarder.

 

- « J’ignore qui vous allez rejoindre ainsi, mais vaut-il vraiment la peine de perdre la chance inespérée de connaître l’extase entre mes bras ? Admirez le beau gosse. Franchement, ce tocard souffre-t-il seulement la comparaison ? »

- « Je vais au chevet de mon père mourant », répondit la passante, les larmes aux yeux avant d’accélérer le pas.

- « Ah…Certes...Vous n’en avez pas donc pas pour très longtemps. Vous êtes libre après ? »

- « C’était pathétique », commenta un adolescent, assis non loin tandis que la jeune fille elfe décochait un regard de dégoût et de colère mêlés à Vorshek en s’éloignant. « Tu me fais tellement pitié que je crois que je vais renoncer à te voler ta bourse, finalement. »

- « Fort bien, humain insolent. Du coup, tu peux arrêter de jongler avec et me la rendre ? »

- « Tu essayais de draguer ces filles, sérieux ? Ma parole, tu sors de prison ou t’as été élevé par des orcs ? Il faudrait au moins être le fils du seigneur pour avoir une chance avec une approche pareille et encore, j’ai entendu dire qu’il n’était pas intéressé par les femmes. »

- « Plait-il ?! » s’exclama Vorshek, encore plus vexé. « Mais peut-être que le fils du seigneur n’arrive à rien avec les filles parce que toutes ses suivantes, ses amies et les filles de nobles qui composent sa cour sont terrifiées à l’idée de prendre la virginité de l’enfant doré et unique de Dame Elenwë, réputée pour ses fureurs apocalyptiques ! Peut-être que cet héritier en a ras la pointe des oreilles d’être encore vierge à près de quarante ans et qu’il serait prêt à faire n’importe quoi pour rencontrer, et surtout faire, l’amour, allant jusqu’à empoisonner son percepteur et fuir jusqu’aux quartiers les moins reluisants du Karak pour rencontrer, et surtout se faire, des filles moins effarouchées ! »

- « Génial », soupira l’adolescent. « Ça faisait bien une heure que je n’avais pas croisé un bon gros barjot des familles. »

- « Navré, je m’emporte. Je suis juste un peu…à cran. Dis-moi, mon ami, Tu aurais une sœur ? Non, oublie, tu es trop moche et elle aussi sans doute… »

 

            Un cri traversa soudain la place et le jeune voleur sursauta brusquement en apercevant avec frayeur une bande de nains armés et furieux le montrer du doigt et se ruer sur lui. Tout en poussant des petits cris aigus de souriceau émasculé, il s’enfuit en toute hâte, ses poursuivants aux trousses. La panique dirigea ses pas vers la mauvaise route et il se retrouva acculé dans une impasse.

 

- « Tu es fait comme un rat, vaurien ! » s’écria le chef des bandits en lui coupant toute retraite. « Ce quartier est le nôtre et si tu refuses de payer la taxe ou de le quitter, comme promis, on va t’arracher les boyaux et…Sérieux, tu peux arrêter deux secondes de couiner, on ne s’entend plus menacer ? »

- « Pardonnez mon intrusion dans vos chaleureuses retrouvailles », fit Vorshek en approchant, ayant suivi la troupe. « Je récupère juste ma bourse des mains de ce voyou. »

- « Cette bourse nous servira de dédommagement », répondit le nain en montrant les dents, enfin les trois qui lui restaient, ainsi qu’un canif graisseux et rouillé. « Donne tes fringues trempées, poule mouillée. J’aime pas ta face de constipé, le puceau ! »

 

            Vorshek se raidit, afficha un sourire diplomate crispé, puis explosa le gang des racketteurs d’une cuisante boule de feu.

 

- « Doux seigneur, même ces pouilleux sont au courant », grommela le magicien en reprenant la bourse que l’adolescent tremblotant lui tendait.

- « Tu m’as sauvé la peau ! » jubila ce dernier en sortant de sa cachette et en dansant au milieu des cadavres calcinés. « Mon grand-père me tanne la mienne à propos de l’honneur donc je vais t’aider à trouver une fille pas trop moisie à culbuter. Suis-moi, je connais bien ce quartier. Au fait, moi c’est Al, je suis rôdeur. »

- « En quoi consiste la profession de rôdeur dans une forteresse naine située à l’intérieur d’une montagne ? » questionna Vorshek, curieux.

- « Je ne sais pas, personne n’a su bien m’expliquer. Mais c’est clair que ça fera de moi un grand héros un jour ! Rôdeur, c’est mystérieux, c’est troublant, ça claque non ? »

- « Voler des bourses et fuir l’ennemi, c’est mystérieux ? »

- « Tu veux une fille ou pas ? »

- « Je te suis, Al le troublant. »

 

            L’adolescent mena son nouvel ami à travers le dédale de ruelles glauques et sombres jusqu’à la taverne de l’Ours Qui Poque. La salle principale était bondée de nombreux groupes de mineurs, des cueilleurs de champignons et des ouvriers des forges. Plusieurs naines aguichaient les clients encore assez lucides pour lever le nez de leur chope ou dansaient sur des estrades au son d’une musique envoûtante provenant d’un groupe elfe, dans un coin.

 

- « C’est un bouge et un bordel », déclara Vorshek, dépité. « Il me semble nécessaire de te signaler que malgré mon affligeante virginité, je dispose encore de trop d’amour-propre pour monnayer ce que je suis venu quérir. »

- « Une fille gratuitement ? » éclata de rire le rôdeur. « Purée de champis, c’est vrai que tu connais rien aux femmes ! »

- « En plus, il n’y a que des naines », se plaignit le magicien. « Je ne gaspillerai pas mes plus précieuses trente secondes à venir avec une naine enrobée et vulgaire. Je veux de la grâce, du charme, de la douceur. »

- « Tout ça viendra après le cinquième godet, crois-moi. »

- « Que penses-tu de la ménestrel là ? Elle est aussi belle que désirable ! »

- « Sulfura la Pointeuse ? » fit Al en suivant le regard de Vorshek jusqu’aux musiciens. « C’est une garce et une canaille ! Elle dévalise les niais de ton style qui l’approchent après les avoir égorgés au fond d’une ruelle ! Crois-moi que le jour où je fonderai un groupe de braves aventuriers en quête de gloire, je colle mon pied au derche du premier barde qui postule ! »

- « Je la trouve néanmoins fortement à mon goût », insista Vorshek.

- « Fais comme tu veux. Je te garde ta bourse pendant que tu vas lui parler…Par sécurité. »

- « Lui parler ? Je n’ose pas. »

- « T’es un homme ou pas ? »

- « Non, je suis métis elfe et nain. »

- « Non, mais tu es adulte ou pas, je veux dire ? »

- « Pas vraiment, j’ai juste quarante ans. On n’est pas sérieux quand on a la quarantaine. »

 

            Une elfe en robe de cérémonie surgit soudain dans la salle et se jeta sur Al après l’avoir repéré et foudroyé du regard. Hébété, Vorshek regarda la jeune beauté au visage empourpré par la colère se tortiller contre l’humain en essayant de se relever.

 

- « Prends-moi comme disciple ! » s’entendit supplier le sorcier en larmoyant.

- « Ilurya ? » demanda Al, surpris.

- « Toi ! » éructa l’elfe en commençant à étrangler l’adolescent. « Je déteste ce Karak de débiles ! Pourquoi j’ai quitté ma clairière enchantée ?! L’auberge où tu m’as conduite m’a braqué tout mon paquetage, on m’a peloté les fesses douze fois dans la rue ce matin, un prêtre chauve m’a poursuivi en me caillassant sur trois pâtés de cavernes, j’ai échoué à mon test d’embauche comme apprentie d’Elenwë parce qu’elle a trouvé ma robe trop laide, j’ai marché dans le crottin d’âne qu’un nain bizarre et hilare promenait dans un tunnel et j’ai été prise en chasse par un gang de coupe-jarrets qui ont mal supporté mon refus d’embrasser la carrière de danseuse seins nues dans leur bistrot puant ! Pourquoi est-ce que je t’ai engagé, pauvre tarte ?!

- Vous avez passé une épreuve pour devenir l’élève de Mère ? interrogea Vorshek, fasciné par la jeune fille. Et vous l’avez raté ? En même temps, c’est vrai que votre robe est moche, vous devriez l’ôter. Maintenant. »

- « Mère ?! » répéta Ilurya, stupéfaite et méfiante. « Tu prétends être le fils de cette mégère ?! Al, est-ce qu’il dit vrai ?! »

 

            L’adolescent étranglé et suffocant indiqua son ignorance d’un geste mou de la main. La mage lâcha le rôdeur livide et bavant pour inspecter de plus près les traits de Vorshek, livide et tout aussi bavant.

 

- « Tu possèdes ses yeux, ses cheveux et ses traits nobles », ne put que constater la mage forestière. « Par la croupe de la louve blanche ! Tu dis donc vrai ! Mais que fais le fils du seigneur dans ce troquet sordide ? »

- « Il cherche à se farcir… » commença Al avant d’être malencontreusement piétiné par Vorshek.

- « À me farcir une bonne plâtrée de champignons en compagnie des gens de mon peuple », répondit le demi elfe. « Ainsi Mère a refusé votre candidature ? Racontez-moi ça, je suis suspendu à vos lèvres… »

- « Je me nomme Ilurya Narmochòn, mage du Cercle Primaire », se présenta la jeune fille, manifestement impressionnée.

- « Cercle Primaire, c’est le mot propre pour dire magie des bosquets », expliqua Al en massant sa gorge écrabouillée, « soigner la patte d’un piaf, faire pousser une fleur, la magie de bouseux, quoi. »

- « Je suis une sorcière accomplie ! » protesta Ilurya. « La rumeur parlait d’une elfe, ancienne protectrice d’une forêt, épouse d’un seigneur de Karak. J’ai quitté mes bois pour lui demander de m’enseigner son art. »

- « Je croyais que tu voulais aussi voir la tronche du seigneur qu’elle avait épousé, histoire de déconner ? » demanda Al en s’asseyant avec le couple.

- « Haha, c’était pour plaisanter », répondit la jeune elfe mal à l’aise devant Vorshek. « Je n’oserai jamais porter un jugement sur un seigneur de Karak ou son épouse et encore moins pour m’en gausser. Tu veux bien te barrer ? »

- « Oui, Al, tu veux bien te barrer ? » demanda également Vorshek, sous le charme.

- « Ilurya a débarqué au Karak avant-hier », poursuivit le rôdeur en commandant une bière. « Tu parles qu’avec sa touche de provenciale avec son bâton à clochettes et les fougères aux bottes, elle s’est directement faite racketter. »

- « Par toi… » fit l’elfe avec un sourire hostile.

- « C’était de bon cœur pour éviter que d’autres plus violents ne le fassent. On a tout de suite sympathisés et elle m’a engagé pour lui servir de guide dans la ville. »

- « Tu as gémis et supplié pour que je t’engage. Et tu as conservé mon bâton en gage. Mais tout ceci n’a servi à rien, Dame Elenwë ne m’a accordé qu’un bref regard. Cette robe grotesque que tu m’as convaincue de porter m’a tout de suite éliminée ! »

- « C’est curieux, je l’avais pourtant empruntée à la servante d’une famille noble. »

- « La robe n’y est pour rien », intervint Vorshek en caressant la main d’Ilurya. « Mère a déjà un disciple : moi-même. Mais peut-être pourrais-je parvenir à la convaincre de vous enseigner quelques tours ou de vous confier l’un de ses grimoires. »

- « Ce serait vraiment très noble de votre part, prince », répondit la druidesse en rougissant. « Je vous serai grandement redevable d’une telle faveur, gran-de-ment redevable. »

 

            La jeune elfe papillonna timidement des yeux en affichant un fin sourire enjôleur. Un soupir langoureux s’échappa de ses lèvres entrouvertes tandis qu’elle recoiffait une mèche d’un geste lent et calculé. Sous la main de Vorshek, ses doigts lui rendirent ses caresses. Le semi elfe se leva brusquement, empourpré et bafouillant.

 

- « Je vais chercher son grimoire ! » parvint-il à dire. « Ne bougez pas. En courant comme un dératé et en calcinant ceux qui se mettront sur ma route, j’en ai pour un instant. Damoiselle Ilurya, je…vous…Vous voulez que je vous ramène une collation, une boisson, de l’or et des bijoux au passage ? »

- « Redevable à quel point ? » interrogea Al quand Vorshek fut sorti en trombe de l’auberge, renversant une serveuse, deux mineurs et une table proche, ce qui déclencha un début de bagarre entre clients.

- « Jusqu’à ce à quoi tu songes et lui aussi, manifestement », répondit la magicienne avec un sourire amusé. « Je lui dois bien ça après le tour pendable que je vais jouer à sa pimbêche de mère. Non seulement je vais apprendre bien davantage de sorts que prévu grâce au grimoire qu’il va me rapporter mais en bonus pour punir maman la garce, je vais prendre la virginité de son précieux garçon. En tant qu’elfe, je connais l’attachement que porte une mère elfe, noble de surcroît, à la pureté de sa descendance. »

- « D’accord », acquiesça Al. « Je ne te dénoncerai pas, j’ai gagné une bourse et fait connaissance avec un rupin haut placé. J’ai ma part. »

- « Et je ne te changerai pas en crapaud comme je l’avais prévu car tu m’as permis de rencontrer Vorshek. En revanche, tu peux me rendre mon bâton à grelots à présent ? »

 

 

- « Il rouvre les yeux ! » s’exclama Al, presque hystérique. « Il a survécu ! Cerise, tu me dois dix pièces d’argent. »

- « Bien sûr qu’il a survécu », fit une voix féminine que Vorshek ne parvint pas à reconnaître dans les brumes de son éveil pénible, mais qui lui paraissait étrangement familière, très familière. « Je suis quand même druidesse accomplie, même si je vis dans une grotte pourrie au fond des bois…Comment Gonzague ? Oui, pardon, elle est bien moins pourrie maintenant que vous l’avez astiquée du sol au plafond…depuis trois jours…Quatre fois d’affilée… »

 

            Vorshek, faible et vaporeux, tourna la tête pour inspecter les alentours. Il tenta de s’étendre sur le dos, mais une brutale douleur semblable à un coup de poignard entre ses omoplates l’en empêcha. C’est là qu’il se souvint de la flèche reçue durant sa fuite du campement de Tynfir.

 

- « T’es sûre qu’il ne va pas claquer ? » demanda Al en se penchant au-dessus de son ami tandis que Cyril le payait. Il a vraiment une sale gueule. On dirait Gonzague avec la grippe, un lendemain de cuite à la liqueur de musaraigne.

- « Il veut peut-être du pâté de hérisson ? » avança Cerise en tendant une tartine sous le nez de Vorshek. « Mince, il va dégobiller ! Je veux récupérer mon argent ! »

- « Eloignez-vous, tous les deux ! » les chassa l’inconnue en prenant l’argent au passage. « La gueule en friche, c’est rien. Ma magie l’a sauvé, il vivra. Et vous me devez encore vingt pièces d’or. »

- « Ilurya ?! » murmura Vorshek en reconnaissant l’elfe au style épouvantable de sa robe et aux fougères en décorations aux épaules.

- « Salut, l’étalon ! » répondit la sorcière. « Ne bouge pas trop. Ta blessure n’est pas encore refermée. Tu me vois donc navrée de ne pouvoir te mettre sur le dos. Une nouvelle fois. C’est bon, vous autres. Il va s’en sortir. »

- « Pourquoi es-tu si affirmative ? » demanda Gonzague, au loin.

- « Il vient de reperdre connaissance et sa main est encore cramponnée à ma fesse droite », l’informa Ilurya d’un ton blasé.