L'Autre-Monde
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Épisode 138 - Les trois enchanteresses, les trois bêtes et les trois lutins

 

- « Combien ?! » s’exclama Vorshek, perdant pour une fois son flegme légendaire. « Vous voulez me faire payer autant pour une simple surchauffe de baguette ?! C’est personnel, c’est ça ? Vous n’aimez pas les étrangers ou les elfes ? Non, je sais, j’ai connu votre fille ? »

- « En apparence, c’est en effet une simple surchauffe », expliqua l’enchanteur maigrelet à son client courroucé. « Mais vous avez utilisé un enchaînement de sorts de feu surpuissant dans une atmosphère froide et humide, ça a été fatal à la résistance en ivoire d’oliphant et à la transmission conductrice d’énergie en poils de crins de pégase. Toute l’alimentation est détruite. Votre baguette était mal configurée dès le départ. On ne monte pas un générateur de flux magique XP302 en poudre d’os de viverne depuis des décennies. Tout le monde sait que l’avenir, c’est le TK405 à impulsions variées en vertèbres pilées d’ogre-mage ! »

- « C’est clair », se moqua Al, avachi sur le comptoir de l’enchanteur. « Même moi je le savais. »

- « Vous avez heureusement bien fait de venir m’apporter votre instrument », déclara l’homme, des étincelles plein les yeux. « Elle sera prête cet après-midi…moyennant un acompte de 80% que j’arrondis à 75% parce que vous m’êtes sympathique. Par contre, vous pouvez dire à votre ami nain de ne pas toucher aux philtres et potions ? La direction décline toute responsabilité en cas d’effets indésirables lors des tripotages de fioles en boutique. »

 

Furieux et vexé, Vorshek rappela Hjotra, paya l’enchanteur réparateur et sortit d’un pas emporté de son magasin, retrouvant Gonzague et Cyril qui attendaient dans la rue.

 

- « Voici les mauvaises nouvelles : on est coincés ici jusqu’à ce soir, cet escroc va me coûter tout ce que j’avais escroqué aux pécores avec cette histoire de Rhume Rouge et on n’a plus assez d’argent ni pour dormir à l’auberge ce soir, ni pour soigner les engelures de Al. »

- « J’avais prévu le coup, je te connais par cœur », répondit ce dernier. « J’ai piqué une potion de régénération troll sur une étagère. Dès que mes doigts tombent, il m’en poussera des neufs. »

- « C’est dommage, il en manquera un », compatit Hjotra.

- « La bonne nouvelle, c’est qu’on a toujours le Cristal de l’Eclosion et que j’ai repéré un groupe de jeunes femmes charmantes aux lavoirs pour calmer mes nerfs et me faire passer cette horrible journée. »

- « Tu vas draguer des villageoises ? » s’exclama Gonzague. « Je croyais que tu étais tombé amoureux de Tynfir ? »

- « C’est le cas, mais qu’est-ce qui te choque, je ne comprends pas ? L’art de la séduction exige de la rigueur et un entraînement régulier. Je vais lever une laveuse, profitez de notre passage en ville pour gagner un peu d’argent pour le voyage. On se retrouve ici ce soir. »

- « Je vais danser et jouer de la musique au milieu de la grand place et dans les tavernes ! » déclara gaiement Cyril.

- « Je vais latter quelques gueux au bras de fer » dit Gonzague.

- « Je vais taxer quelques bourses », annonça Al.

- « Je vais dresser un pigeon à trouver de l’or », lança Hjotra avec motivation.

 

Les dragons qui roxxent se retrouvèrent en fin de journée, certains rendus plus riches, d’autres plus marqués au visage par leurs activités diverses. Vorshek justifia son cocard par un manque flagrant de chance d’être tombé sur une jeune femme peu sincère ayant caché l’existence d’un époux bûcheron. Al justifia le sien par un excès lamentable de zèle de la part de la maréchaussée du bourg et la difficulté de faire preuve d’agilité avec des doigts nécrosés. Gonzague et Cyril avaient amassés puis dilapidés leurs gains, notamment en boissons et en spectacles de combats de boue entre jeunes humains dévêtus. Hjotra n’était curieusement pas parvenu à trouver de filon d’or, mais avait obtenu le renfort dans l’équipe d’un pigeon, d’un chien et d’un chat le suivant désormais et mystérieusement partout.

 

- « Le chien s’appelle Aladin parce qu’il fouille dans tous les tas d’ordures », expliqua l’ingénieur guilleret, « le chat Cerise parce qu’il se frotte à tout le monde et le pigeon Elenwë, rapport au même regard. »

- « Vous savez que vous parlez de ma mère, là ? » lui fit remarquer Vorshek. « L’épouse de votre seigneur ? »

- « Oui, je suis désolé, mais je n’ai trouvé aucun rapace. »

 

Vorshek soupira longuement en se massant les tempes, alla récupérer Foudrargent flambant neuve et remit la troupe en marche, nains, humain, hobbit et maintenant animaux. La petite troupe avait à peine quitté les limites de la ville qu’un trio de créatures ventripotentes et de fort modeste taille leur barra le passage à la sortie d’un virage. Il s’agissait de lutins assez laids, le visage laiteux semblable à de la cire fondue et qui sautillaient frénétiquement sur leurs pieds, particulièrement excités. Leurs petits poings s’agitaient vivement et c’est d’une voix perçante que le premier exigea qu’on leur remette toute la fortune de l’équipe, Gonzague et pour une obscure raison, Cerise le chat.

 

- « D’accord pour Gonzague », répondit Al. « Mais on garde le chat et le pognon ! »

- « On va tous vous éclateeeer ! » rugit l’un des farfadets en mordant son poing de rage.

- « Vous voulez vous battre, les gosses ? » rétorqua le rôdeur, peu impressionné. « Revenez quand vous serez adultes. »

 

Les lutins poussèrent des mugissements de fureur et se mirent brusquement à gonfler et à s’étirer, se changeant en géants musculeux et belliqueux. Vorshek trouva là l’occasion d’évacuer ses dernières frustrations et d’essayer sa baguette réparée. La magie de son sortilège transforma les trois assaillants en innocentes et dodues poulardes quelque peu désorientées mais parfaitement inoffensives.

 

- « Oh, c’est mon sortilège ! » reconnut Al avec surprise tout en sortant du fossé où il avait plongé pour se cacher. « C’est moi qui l’ai choisi celui-ci avec le sort d’invocation de la tranche de lard ! Tu l’as gardé ? Je suis tellement ému ! »

- « Polymorphie animale, option basse-cour », expliqua Vorshek tandis que Hjotra, Gonzague et Cyril assommaient les poules apeurées. « Je savais bien que j’arriverais à le placer de manière judicieuse. »

 

Cette grande victoire se devant d’être dignement fêtée, les aventuriers s’installèrent dans un ancien temple abandonné pour y passer la nuit et préparèrent leur repas du soir avec entrain. Gonzague vidait les poules, Cyril et Hjotra les déplumait, Al fouillait les petits vestons et pantalons des lutins et Vorshek supervisait.

 

- « Moi je prends les croupions », annonça Cerise en se léchant les babines.

- « Je garde les tripailles pour faire des tartines », dit Hjotra. « Mais le reste va pour les animaux. »

- « Les lutins avaient bien quelques piécettes, mais pas de quoi casser trois pattes à un poulet », fit Al, un peu déçu. « Qu’est-ce que c’est que cette petite boîte ? »

 

Le rôdeur curieux ouvrit le minuscule récipient et fut brusquement rejeté en arrière par un vent violent s’en échappant. Trois jeunes filles un peu sonnées apparurent au milieu du groupe, visiblement aussi étonnées que les dragons qui roxxent.

 

- « Moi je prends les cuisses », commenta Vorshek en aidant les inconnues à se relever.

- « Où sommes-nous ? » demanda la première. « Qui êtes-vous ? Et où sont ces affreux lutins ? »

- « Ils se sont fait plumer », répondit Gonzague en poursuivant sa tâche. « Laissez-moi deviner les greluches : ils vous ont capturées et réduites par magie féerique pour vous emprisonner dans cette boîte et vous…utiliser plus tard, c’est ça ? »

- « Nous sommes libres ? » s’exclama la seconde avec joie. « Merci à vous, nobles héros. Je m’appelle Laina et voici mes deux sœurs, Raija et Raisa. Nous avons été ravies par ses ignobles gnomes sur la route, au retour des Bois Cendrés. »

- « Les Bois Cendrés ? » demanda Al. « C’est dans les terres de Tynfir, ça non ? »

- « En effet », répondit Raija. « Nous sommes des ensorceleuses apprenties et nous avions appris que Damoiselle Tynfir recherchait de valeureux aventuriers à engager à son service. »

- « Mais nous avons échouées à son épreuve », poursuivit Raisa d’un ton triste. « Aussi rentrions-nous chez nous quand les lutins ont attaqués. »

- « C’était une épreuve difficile pour des novices comme nous », justifia Laina devant ses cadettes manifestement déçues. « Nous devions trouver et ramener un artefact de valeur, un bijou enchanté nommé l’œil du Serpent, détenu par un clan d’orcs fanatiques adorateurs de reptiles. Nous sommes chanceuses d’être encore vivantes. »

- « Un cristal enchanté, tiens donc… » murmura Gonzague d’un ton lourd en regardant Vorshek. « Nous qui pensions sottement que nous détenions l’exclusivité des épreuves de Tynfir… »

- « Comment ? Vous aussi alors ? »

- « Asseyez-vous », les invita le semi elfe. « Partagez notre repas, nous allons vous raconter. Ôtez vos manteaux, mettez-vous à l’aise…Ma main ? Quelle main ? Ce n’est rien, c’est une technique de massage elfe sur le genou pour chasser la fatigue d’un voyage ! »

 

Les sœurs se laissèrent inviter de bonne grâce et mangèrent avec appétit leurs poulets-ravisseurs. Elles expliquèrent à leurs sauveurs que Tynfir avait répandu la nouvelle dans tout le pays et dans les régions voisines comme celle-ci qu’elle était en quête de braves héros dans sa guerre contre le roi Rous. Beaucoup d’aspirants à la gloire et à la richesse s’étaient présentés ainsi à elle et pour sélectionner les meilleurs, la noble héritière avait exigé qu’on lui ramène un objet magique de valeur. Vorshek, même s’il eut du mal à digérer le fait qu’il n’était donc pas le seul en lice pour conquérir les faveurs de Tynfir, n’en montra rien et c’est avec dignité et sobriété qu’il passa sa soirée à essayer de charmer les trois sœurs. Il étala les exploits de la troupe ainsi que leur succès retentissant à la Tour du Givre pour les impressionner et cette dernière anecdote ne laissa pas les ensorceleuses de glace. Ce ne fut cependant qu’au petit matin que les aventuriers purent mieux s’en rendre compte, en constatant que les jeunes filles et le Cristal d’Eclosion avaient tous disparus.

 

- « Sûrement ensemble », en déduisit Hjotra après une âpre réflexion. « Elles ont du l’emporter. »

- « Elles nous ont drogués ! » déclara Vorshek, amer, en réveillant d’un coup de botte Cyril qui ronflait. « Je ne me serais jamais endormi avant d’avoir conclu ou d’avoir été repoussé, même si nous savons tous très bien que cette dernière possibilité est improbable. »

- « Les garces ! » jura Gonzague. « Si elles veulent vraiment jouer, je m’en vais les renvoyer danser en boîte ! En route, il faut les rattraper ! Elles vont sûrement ramener le cristal à Tynfir. »

- « On part dès que Maître Hjotra revient », décida Vorshek. « Il est parti faire uriner Aladin. »

- « Si quelqu’un demande lequel des deux, je le mords », grommela Al, faisant aussitôt ravaler sa vanne à Gonzague.

 

Les Dragons qui roxxent se mirent en chemin en toute hâte mais, sans le moindre étonnement de la part du reste du groupe, Al fut incapable de retrouver la trace des voleuses. En fait, il repéra et remonta bien une piste, mais il s’avéra qu’il s’agissait de celle d’un chevreuil qui les mena à travers des sentes parsemées de ronces pour déboucher dans un ravin boueux où ses compagnons exprimèrent leur déception au rôdeur en tentant de le noyer. Finalement, après une demi-journée perdue, il s’avéra plus avisé d’invoquer une nouvelle fois le sylphe pour repérer les ensorceleuses. L’élémental poussa un long soupir et un sifflement aigu de dépit en reconnaissant les mortels l’ayant appelé.

 

- « Ça gère la fougère ! » l’applaudit Hjotra en le voyant apparaître dans un tourbillon.

- « Je déteste ces expressions elfes débiles », commenta Al en s’essuyant.

- « Oui, on se demande quel abruti les lui a apprise », marmonna Gonzague. « Hé, prince coquet ! Il va nous servir à quoi ton lâcheur de vents ? Je croyais qu’il lui fallait un indice à renifler pour retrouver quelqu’un, comme les clébards. »

- « Il se trouve que je dispose justement d’un bien vestimentaire de Laina, grossière roturière », répondit Vorshek d’un ton détaché en sortant un sous-vêtement de sa poche. « Je me suis réveillé avec ça dans la main. Incontestablement, Laina tient à être retrouvée et copieusement troussée dans les buissons en guise de punition, quoique le terme récompense serait plus approprié dans ce cas. »

- « Tu voles des culottes aux pouffes humaines maintenant ?! Cette équipe part vraiment en sucette. Pourquoi invoquer le sylphe si tu as une liquette pas fraîche à faire renifler ? Al le non-boueux peut s’en occuper, non ? »

- « Parce que l’élémental de l’air, ça gère la fougère », répondit le magicien avec dédain.

 

Grâce à la lingerie prêtée, le génie des airs eut tôt fait de retrouver la trace de Laina et c’est avec opiniâtreté et empressement qu’il s’évertua à guider les mortels sur ses pas. Vorshek se félicita du zèle de la créature, ignorant que cette dernière, passablement lassée d’être invoquée par ce groupe insupportable, ne témoignait dans son impatience à remplir sa tâche qu’une hâte irrépressible de changer de plan pour ne plus jamais les revoir. Finalement, c’est d’un geste large et soulagé que l’élémental leur désigna une caverne isolée après quelques heures de traque avant de disparaître dans la brise.

 

- « C’est marrant », déclara Al. « J’aurais juré que ton pote aérosol nous a fait un geste obscène avant de s’en aller… »

- « C’est impossible », répondit Vorshek en récupérant et rangeant précieusement sa culotte. « Cet élémental me voue une sincère admiration, c’est évident. Hâte-toi, on t’attend ici. »

- « Vous voulez m’attendre pendant que je fais pipi ? Mais, c’est bon, partez devant, je vous rejoins. J’en ai pour deux minutes. »

- « Non, hâte-toi d’aller voir ce qu’il y a dans la caverne », dit Cerise, Cerise perché sur sa tête.

- « De quoi ? Ah parce que ça y est, c’est officiel, ça ? Je suis automatiquement désigné éclaireur ? Attendez, je crois qu’il est temps de faire le point sur mon rôle réel au sein de l’équipe : je ne suis ni voleur, ni pisteur, ni éclaireur ! »

- « Et tu ne sais pas cuisiner non plus », ajouta Hjotra.

- « Tu ne peux même pas aller jeter un œil dans cette grotte ?! » s’exclama Gonzague, agacée. « C’est pas possible d’autant servir à rien ! Si t’étais encore un poil plus naze, ce serait carrément une régression au stade animal ! »

- « Ah ouais ?! Et rappelle-moi qui a recousu ton bouton, avant-hier ? Sans moi, tu serais toute débraillée ! Quoi ? Pourquoi, tu me montres ta hache ? Oui elle pique et…Ahhh ! C’est bon, j’y vais ! »

 

Al mit un quart d’heure pour atteindre la grotte en rampant et huit secondes pour revenir en courant. Les ensorceleuses se trouvaient bien à l’intérieur, enfermées dans une cage aux barreaux épais et fermée par un lourd cadenas, aux mains d’une douzaine d’orcs tatoués.

 

- « Les cruches ont du vouloir échanger le Cristal d’Eclosion contre l’œil du Serpent pour lequel elles étaient missionnées », conclut Gonzague. « En même temps de la part d’humaines, magiciennes de surcroît, il ne faut pas s’attendre à des éclairs de génie. »

- « Et en plus, c’est des filles », trouva amusant de rajouter Al avant d’être boxé par la naine.

- « Je m’occupe des orcs », lança tout à coup Cyril d’un ton assuré. « Ce sont les ennemis naturels des hobbits et j’ai connaissance d’un chant de barde de mon peuple capable de les plonger dans une torpeur totale. »

- « Bon courage ! » l’encouragea Vorshek. « Ne fais pas ton rôdeur ! »

- « Ça veut dire quoi encore cette expression elfe ? » tiqua Al sans obtenir de réponse.

 

Le groupe suivit du regard Cerise qui se campa à hauteur de l’entrée de la caverne, dégaina fièrement son instrument et entonna un chant perçant si mauvais qu’il semblait griffer l’intérieur de l’oreille. Les orcs le supportèrent encore moins que les aventuriers et la première hache fut lancée sur Cyril bien avant les cailloux de Hjotra et Gonzague. Le hobbit hésita, marqua un temps d’arrêt et prit soudainement ses jambes à son cou, poursuivi par douze orcs peu mélomanes et bien furieux.

 

- « La voie est libre ! » claironna Vorshek. « Allons remettre son sous-vêtement à Laina que je puisse le lui re-enlever. »

 

Suivi par Gonzague, Al, Hjotra et les animaux, le mage courut jusqu’à la grotte vide et inspecta la cage. Le cadenas résista aux coups de hache de Gonzague et Vorshek ne pouvant user de sa magie sans risquer de blesser les captives à l’intérieur, Al fut chargé de forcer la serrure.

 

- « Vous vous souvenez notre discussion sur mon rôle précis ? Ni pisteur, ni éclaireur, ni voleur ! »

- « Dépêche-toi avant que les orcs ne reviennent ! Tu as vu la taille des jambes de Cerise ? Dans deux minutes il est rattrapé, dans trois il est cuit et dans cinq, il est digéré ! Allez ! Tu n’es pas dégourdi ! »

- « J’ai les doigts tout engourdis ! »

- « Quelle gourde ! Tu vas tâter de mon gourdin ! »

 

Malheureusement, Cyril s’avéra aussi incompétent en course de fond que Al en crochetage de serrures. Les orcs, le barde capturé traîné derrière eux, furent un instant surpris de trouver autant d’étrangers dans leur caverne mais leur colère s’effaça devant leur gourmandise : enchanteresses, hobbit, rôdeur aux doigts pourris, semi elfe et naine finirent tous dans une énorme marmite.

 

- « Voyons le bon côté des choses dans cette mésaventure », relativisa Vorshek en cuisant. « Il aura fallut cela pour que Al prenne un bain. Au fait, mesdemoiselles ! Je vois une courge parmi les légumes qui vont accompagner cette si singulière soupe orque et je repense à vous. Pourquoi m’avoir laissé une culotte ? »

- « On s’est dit que notre plan de troc avec les orcs était risqué et qu’un pareil obsédé tel que vous ferait tout pour nous retrouver si on lui laissait un sous-vêtement », expliqua Raija.

- « Vous auriez pu ainsi venir à notre rescousse si notre vie était menacée », poursuivit Raisa.

- « Comment aurait-on pu songer que les vainqueurs de la Tour du Givre étaient de grosses quiches en vérité ? »

- « Nous on le savait », se défendit Cyril. « Il suffisait de demander. »

- « Puisqu’on aborde le sujet », remarqua Vorshek. « Où sont Maître Hjotra et sa meute ? »

- « Il s’est sauvé ! » s’exclama Gonzague avec joie. « Il va venir nous délivrer ! »

 

Les dragons qui roxxent adressèrent un regard dépité et plein de pitié à la naine mais celle-ci ne s’en aperçut pas, trop absorbée par l’observation d’une ombre étrange parmi le crépuscule tombant. Les orcs aussi remarquèrent cette silhouette gigantesque à la lueur du feu de la marmite et des torches, inhumaine, chimérique et inquiétante. Les cannibales furent alors saisis d’une vive terreur et détalèrent en couinant comme un hobbit barde lamentable. Hjotra dépassa un buisson et salua ses compagnons, à cheval sur le chien, le chat sur la tête et le pigeon trônant sur le tout.

 

- « Valterri le Sacrificateur ! » s’écria Vorshek en reconnaissant dans l’ombre projetée la forme de l’antique divinité cruelle. « Il dévore les serpents, comme ceux qu’adorent ces orcs ! Ils en sont naturellement terrifiés ! Quelle brillante idée, seigneur ingénieur ! »

- « C’est Elenwë le pigeon qui l’a trouvé, avoua le nain. Moi je pensais creuser un tunnel sous la grotte et percer la marmite pour… »

- « Le pigeon ?! Le pigeon a élaboré un plan ? Et vous comprenez quand il roucoule ?! »

- « C’était chaud quand même, il a un sacré accent… »

- « Cet animal est prodigieux ! Il nous le faut dans l’équipe ! Traduisez aux autres bêtes qu’on l’échange contre Al et Cyril. »

- « Euh non. Ils ont été très stricts sur ce point. Ils ne veulent plus faire partie des dragons qui roxxent. Je crois bien que vous leur fichez la honte. »

 

Les animaux s’enfuirent dans la nuit bien avant que Vorshek, à peine vexé, ne retrouve sa baguette pour leur cramer poils et plumes. Mais il ne fut tout à fait en colère que lorsqu’il s’aperçut que les trois bêtes avaient également emmenés avec eux les sœurs enchanteresses.

 

Bilan de la mission :

Vorshek : Hostilité envers les bûcherons et les animaux familiers + 1

Al : Dextérité digitale -1

Gonzague : Plumage de poules et de piliers de bars +1

Hjotra : Recrutement animalier +1

Cyril : Aliénation musicale +1

Expérience acquise : Calamiteuse