L'Autre-Monde
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Épisode 135 – Ciel et Flamme

 

L’appel se fit insistant et si irrésistible que le sylphe ne put plus davantage l’ignorer, ni même détacher son attention à présent ancrée dessus. Séduit par la magie si attractive, le génie des airs se laissa guider puis, par caprice, décida de la dédaigner. Mais la source devint alors plus intense et l’énergie s’accumulant autour de lui, empêchant qu’il ne s’éparpille au gré du vent pour disparaître, l’accula pour l’attirer de force. Le sylphe siffla et gémit de protestation, mais dut céder. Son arrivée fut précédée d’une violente bourrasque qui repoussa et fit sursauter les mortels responsables de son invocation. Le sortilège était oppressant, presque douloureux car mal dosé. Le sylphe observa son environnement et le copia. Il adopta une forme humanoïde à l’image de ceux qui avaient requis sa présence avant de calmer ses brises entravées. Impassible, il attendit.

 

- « Alors là, bravo la magie ! » se plaignit Cyril en se recoiffant. « Je suis tout dépeigné maintenant, regardez ce chantier ! Ma mèche est complètement hirsute ! »

- « Visez l’engin ! » commenta Gonzague en observant le sylphe d’un air méfiant. « Oh la pauvre bougie ! »

- « Je ne sais pas si c’est bien prudent de vanner un génie des airs et des tornades », dit Al en glissant vers une cachette isolée.

- « C’est bon, je contrôle, ça ne risque rien », lança Vorshek, auréolé de sa magie d’invocation. « Le rituel n’est pas tout à fait achevé. Il ne peut ni nous voir, ni nous entendre à ce stade. Je suis un pro, qu’est-ce que vous croyez ? »

- « Non, mais ils arrivent à se reproduire tes génies avec des ganaches comme la sienne ?! » fit Gonzague, interloquée.

- « C’est un élémental », rectifia le demi-elfe d’un ton professoral. « Un élémental de l’air. »

- « Comme le fromage ? » interrogea Hjotra.

- « Vous confondez avec emmental », dit Cerise, armé de son peigne.

- « Emmental, c’est pas ce qui se passe dans la tête ? »

- « Bon, euh… » soupira Al, couché sous des fougères. « On ne va pas y passer la matinée. Balance ton ordre, votre principauté. Il a un drôle de regard ton génie volant du fromage. »

- « Coureur des vents et dresseur des brises ! » cria Vorshek d’un air inspiré et théâtral. « Entends la voix de ton maître et vole à la recherche de l’enfant perdue que nous cherchons ! Chevauche les alizés, parcoure les terres et le ciel et trouve Náre la fillette égarée ! Cet habit fut sien ! Que son odeur te mène sur la bonne voie et me mène à moi sur celle de la chambre de sa grande sœur éplorée ! »

- « Le début n’était pas mal », critiqua Cyril le barde, « mais je ne sais pas trop pour la fin… »

- « Sérieux, on n’aurait pas pu louer un clébard pour faire ça ? » fit Gonzague. « Si c’est pour faire renifler des loques à une bestiole, un bâtard aurait très bien fait l’affaire et on n’aurait pas eu à poireauter trois jours que messire l’enchanteur lâche son sort d’invocation. »

- « Certes, mais ce sera plus efficace et bien plus classe », se justifia Vorshek tandis que le sylphe faisait onduler la tunique de l’enfant à sa hauteur. « En plus, Helle, la grande sœur, nous regarde depuis la colline. » 

- « T’as vraiment un problème avec les filles, prince », se lamenta Gonzague. « Alors le vioque qui supplie hier qu’on le venge des pillards qui ont brûlé sa famille et sa ferme, on s’en fout, mais la première blonde en larmes couinant sur une bûche au bord du sentier devient tout de suite une priorité vitale. Je te rappelle qu’on n’a pas vraiment le temps de batifoler avec les gueuses, ton père nous a rappelés au Karak. »

- « La malheureuse a perdu sa sœur, vous n’avez donc pas de cœur ? »

- « Je ne crois pas que ce soit cet organe là qui te motive. En plus, une femme vivant seule dans une forêt et qui arrête les voyageurs sur le bas-côté, c’est ou qu’elle vend ce que tu cherches à obtenir gratos ou une sorcière bien vicelarde en quête d’ingrédients en chair fraîche. »

- « Regardez le sylphe ! » s’écria Cyril. « Il s’envole. Il a dû trouver quelque chose ! Ohhhh ! Non, ma mèche ! Mais quelle brute ! Il n’a donc aucun respect pour l’art capillaire ?! »

 

Les doutes émis par Gonzague semblèrent emportés dans le sillage du sylphe et Vorshek, plein d’enthousiasme, lança ses troupes à sa suite. Les aventuriers suivirent la piste retrouvée par la créature aérienne jusqu’à la côte proche. La petite sœur perdue semblait vivre au sein des grottes dont étaient percées les falaises battues par les vents et les marées, au bout d’une large plage parsemée de rochers déchiquetés.

 

- « Magnifique ! » s’exclama Vorshek. « Náre est vivante ! »

- « Ils vivent vraiment dans des coins pourris dans cette famille », grommela Al. « Je ne vois pas l’intérêt de déserter une cabane au fond des bois pour aller se planquer dans une grotte humide près de la plage. »

- « Le sylphe m’avertit qu’il détecte de nombreuses odeurs de mortels dans ces cavernes. La petite a peut-être bien été enlevée comme le craignait sa soeur. »

- « Moi je parie qu’elle s’est barrée avec son amant », avança Al avec aplomb.

- « Pauvre courge, c’est une fillette ! Elle ne doit pas avoir huit ans ! »

- « Les filles sont précoces », se défendit le rôdeur avant de prendre un taquet.

- « Bon, on y va ! » décida Vorshek. « Une seconde, je révoque le sylphe. Merci, destrier des nuages et roi des nuées ! »

- « Dénué de quoi ? » demanda Hjotra. « Faut pas s’étonner que je décroche de vos conversations si vous ne finissez pas vos phrases ! »

- « Il était sympa », reconnut Gonzague en regardant s’élever l’élémental. « Bon, il était laid comme une chique et semblait aussi vif qu’un mollusque, mais sympa. »

 

Le sylphe libéré prit de la hauteur et s’envola avec hâte, non sans avoir auparavant renversé les stupides mortels insolents d’une dernière bourrasque dans le dos.

 

- « Allez, les dragons qui roxxent ! » clama Vorshek en se dirigeant vers la plage. « Allons libérer la petite de ses ravisseurs ! A l’assaut ! »

- « Comment ça à l’assaut ?! » s’exclama Al, paniqué. « Mais quand tu dis « à l’assaut », tu parles de nous ? De nous tous ? Tu sais ce qu’il peut y avoir dans ces cavernes, votre majesté ?! Des pirates ! Un clan entier d’orcs noirs ! Des crabes géants ou même Ténébrum l’Hérétique en personne ! »

- « C’est possible pour Ténébrum », déclara Hjotra avec sérieux. « S’il est hérétique, il ne prend pas l’eau. Il ne risque rien même avec la mer. »

- « Comment ? » tiqua Cyril. « Traduction je vous prie. Je ne l’ai pas comprise celle-ci. »

- « Hérétique, ça ne veut pas dire qui ne prend pas l’eau ? » se vexa Hjotra.

- « Ah, hermétique ! Donc non, je doute moi aussi que l’on trouve Ténébrum l’Hermétique dans cette grotte. Par contre, les crabes géants… »

- « Une remarque judicieuse et pertinente », songea Vorshek, pensif. « Il serait regrettable qu’on se fasse viander par un monstre sanguinaire avant d’avoir obtenu ma récompense…enfin, avant d’avoir sauvé la petite Náre, je veux dire. Envoyons un éclaireur ! Al, tu es parti ! »

- « Oui, dans l’autre sens », indiqua Gonzague en désignant le jeune homme qui s’esquivait.

- « C’est toi le plus furtif d’entre-nous en tant que voleur », le sermonna Vorshek en le rattrapant par le col.

- « Mais je ne suis pas voleur ! » râla Al. « Je suis rôdeur ! En plus, vous le savez pertinemment. Qu’est-ce que vous faîtes ? C’est un pique-nique ? »

- « En attendant ton retour », expliqua Hjotra en dépliant la nappe. « Tu penses en avoir pour longtemps ou on peut taper dans ta part de quiche aux champignons et de pâté de putois ? »

 

Al s’en alla en grommelant vers la plage, boudant et jurant que s’il laissait sa vie dans cette mission, il reviendrait hanter ses compagnons. Mais ceux-ci n’entendirent pas, trop occupés à déballer la nourriture et à préparer les tartines. Le jeune rôdeur traversa la plage et réchappa de justesse à l’attaque forcenée d’une escouade de mouettes en plongeant derrière un rocher. Il ne comprit le soudain intérêt des volatiles sur sa personne qu’en découvrant le poisson habilement dissimulé dans sa capuche, certainement par Hjotra. C’est glissant dans les ombres à pas de loups, tout en surveillant le ciel d’un œil inquiet, que le triste éclaireur pénétra l’une des cavernes indiquées par le sylphe. Malgré tout son art du camouflage et sa concentration, il fut malheureusement repéré lorsqu’il trébucha sur une rame et échoua dans un filet tendu dans lequel il s’empêtra tout seul sous le regard perplexe d’un groupe de vieilles personnes.

 

- « Allez dire à Maître Hjotra qu’il peut arrêter de jouer avec les goélands », avertit Vorshek en scrutant l’horizon, peu de temps après. « Je vois Al qui revient. Vivant et même pas pourchassé. »

 

Gonzague poussa un juron, honora son pari perdu en donnant une pièce à Cyril et alla chercher Hjotra qui, décoré de cent plumes plantées dans ses cheveux et sa barbe, devisait paisiblement avec les oiseaux. Al remonta le sentier jusqu’à ses compagnons intrigués.

 

- « Vous pouvez venir, c’est paisible », annonça-t-il en s’apercevant avec amertume sur la nappe vide qu’il ne restait plus rien à manger. « Comment on appelle déjà les nains qui ne vivent pas dans les montagnes ? »

- « Les bannis et les clodos ? » proposa Gonzague.

- « Non, mais l’espèce ? Ceux qui crèchent dans des grottes ou dans les souterrains ? »

- « Il y a les kobolds et les korrigans », expliqua Vorshek. « Techniquement, ce ne sont pas des nains de pure souche comme au Karak. Leur apparence, leur mode de vie, leur culture et leur savoir sont différents de ceux des nains de montagne car… »

- « Les grottes là-bas sont pleines de kobolds et il y a une gamine humaine qui vit avec eux », l’interrompit Al. « Y a pas un fond de pâté de putois ? »

- « Des kobolds ?! » fit Vorshek avec curiosité. « Et comment sais-tu pour la petite ? Tu l’as vue ? »

- « Ah non, j’ai demandé. C’est sûr au début, ils m’ont un petit peu coursé avec des couteaux et des bâtons, mais j’ai réussi à gagner leur sympathie. Je leur ai expliqué que j’étais envoyé par le seigneur du coin pour leur soumettre un questionnaire de satisfaction. Et vous savez, les impôts attractifs pour les non-humains de la région rendent le baron plutôt populaire. »

- « Mais Náre est bien avec eux ? Elle est leur captive ? »

- « Plus ou moins », répondit le rôdeur en haussant les épaules. « Une secte dissidente du fief leur a un jour confié la garde de l’enfant. Les kobolds avaient l’air de n’en avoir rien à carrer de jouer les nounous mais comme ce sont eux qui fournissent la secte en sel, poissons et pierres, ils ont accepté. On reconnaît bien le côté marchand et respectueux du client chez les nains, mêmes les aussi gris et moches que ceux-là. Sérieux, j’ai trotté et accepté de parler à ces lutins maritimes qui daubent la crevette. Y a pas même un croûton pour me récompenser ? »

- « Je sens que Helle ne nous a pas raconté tous les détails », marmonna Gonzague. « Une secte dissidente ? Pourquoi j’ai l’impression qu’on va encore devoir fuir un fief avec plein d’ennemis remontés aux miches ? »

- « Si les kobolds sont des commerçants, on devrait pouvoir marchander pour qu’ils nous cèdent Náre », en déduisit Vorshek. « Avec un peu de bol, la secte nous poursuivra et Helle me verra sauver sa sœur d’un bras et calciner ces marauds de l’autre ! Ah, dieux, que j’aime l’aventure ! »

- « C’est plutôt les aventures qu’il aime et les mésaventures qui nous aiment », murmura Gonzague au creux de l’oreille de Hjotra qui ne comprit rien, mais sourit quand même avant d’offrir une plume à la naine.

 

Malgré un naturel rustre et peu enclin à l’hospitalité envers les étrangers, les kobolds trouvèrent la seconde visite d’inconnus de la journée plutôt intrigante et amusante. Curieux, ils écoutèrent le demi elfe loquace et maniéré, examinèrent, interdits, le hobbit ventripotent aux habits multicolores et rirent avec la drôle de créature mi-naine, mi-goéland. Náre se trouvait bien parmi eux, sale et chétive, mais en bonne santé. Le projet de sauvetage de Vorshek la transporta dans une joie immense et dans l’euphorie, elle alla même jusqu’à danser sur un air insoutenable de flûte de Cyril.

Une fois l’instrument du barde confisqué, les négociations purent débuter. Les kobolds rechignèrent à céder la fillette et Vorshek refusa de délier sa bourse, réflexe qui le fit remonter dans l’estime de Gonzague pour cette attitude de pingrerie particulièrement naine. Constatant l’état déplorable des habitations kobolds, souillées, malodorantes et dans un désordre indescriptible, le magicien proposa les services de Gonzague. La jeune naine astiqua, balaya, rangea et nettoya frénétiquement, prise d’une détermination aveugle et fiévreuse envers ce défi de tâches ménagères particulièrement incompréhensible pour les garçons. Les kobolds la félicitèrent. Mais ils refusèrent de rendre l’enfant.

Vorshek leur montra alors le piteux état de leurs filets de pêche séchant au soleil. Il proposa le secours de Cyril qui s’en alla recoudre toutes les mailles déchirées en sifflotant pour les beaux yeux du demi elfe. Les kobolds apprécièrent grandement son travail, ses chansons, moins. Mais ils refusèrent de rendre la fillette.

Vorshek ne se laissa pas abattre devant de telles réticences. Il fit réparer par Hjotra l’essieu d’un moulin dressé sur les falaises. L’ingénieur travailla longuement, surtout lors de la première heure où il fallut jouer aux oiseaux avec lui pour le convaincre. Les kobolds poussèrent des acclamations quand leur vieux moulin fut réparé. Mais ils refusèrent de rendre Náre.

En dernier recours, Vorshek lui-même leur proposa d’utiliser sa magie curative pour guérir et soigner les blessés et les malades de leur clan. C’est épuisé mais satisfait d’avoir éradiqué la dernière verrue plantaire que le magicien réclama la liberté pour la sœur d’Helle. Les kobolds aux pieds neufs sautèrent de joie. Mais ils refusèrent toujours de rendre la petite fille.

 

- « Bon, reculez, je suis gavé, je les pulvérise d’un coup de Cône de Feu », craqua le demi elfe en cherchant sa baguette.

- « Moi, tu ne m’as rien demandé », grommela Al d’un air boudeur.

- « Comment ? » fit Vorshek en dégainant.

- « Tu as demandé à toute l’équipe de rendre service aux kobolds, sauf à moi. Je suis vexé. »

- « C’est-à-dire que je voulais des talents utiles et négociables et tu es humain», répondit le prince, mal à l’aise. « Mais je reconnais ne pas leur avoir demandé s’ils avaient quelque chose à voler à quelqu’un. »

- « JE NE SUIS PAS VOLEUR ! » hurla Al en sautillant sur place de colère.

 

Ce brusque mouvement fit choir de sa poche une boule à neige volée deux jours plus tôt à un colporteur et qui roula à terre. Les kobolds poussèrent la même exclamation ébahie de ravissement devant l’objet somme toute aussi relativement moche qu’inutile. Le temps d’un battement de cœur, ils se jetaient tous dessus et se battaient pour se l’arracher.

 

- « Si j’avais su, j’aurais braqué tout le stock », commenta Al tandis que le groupe sortait de la caverne avec Náre et que la dispute des kobolds prenait une ampleur alarmante.

- « Je ne veux ni savoir pourquoi tu as dérobé ce souvenir, ni pourquoi ces glandus se tapent sur la gueule pour l’avoir », soupira Gonzague, lasse. « Cette mission partait en vrille dès le départ de toute manière. »

- « La neige », dit alors Hjotra. « Ce sont des nains, ils raffolent de la neige, ça leur rappelle l’altitude. Ici, il ne doit jamais neiger. Vous croyez qu’on a le temps de faire des karaks de sable avant de rentrer ? »

 

C’est ainsi que, pressant le pas sous l’impulsion irrépressible d’un Vorshek plein de ferveur, la troupe des dragons qui roxxent reprit le chemin de la forêt. Náre fut traitée avec toute l’attention possible, lavée, nourrie, soignée. Les aventuriers, pleins de pitié pour la fillette, se plièrent en quatre pour lui faire oublier son triste sort, sauf peut-être Cyril qui trouva fort injuste de devoir céder l’une de ses tenues pour remplacer ses haillons crasseux. L’argument comme quoi sa taille était la plus proche de l’enfant justifia moins ce choix que celui de la couleur saumon mieux adaptée à une fillette de huit ans qu’à un hobbit mâle adulte doublement séculaire. Náre ne se départait pas de son sourire enjoué qui, allié à son parfait mutisme, rendait Gonzague suspicieuse.

 

- « J’ai l’impression qu’on fait une boulette », confia la guerrière. « Je ne sais pas dire où et comment, mais je sens le coup de catin qui arrive. Intuition féminine… »

- « Intuition féminine et ménage le même jour ? » réagit aussitôt Al. « Attention, Gonzague, on va finir par vraiment te prendre pour une fille bientôt. »

- « Je ne vois pas où est le problème », fit Vorshek tandis que Al mangeait un arbre, soudainement, brutalement et curieusement propulsé par un coup de pied. « Nous avons arraché une jeune enfant innocente à ses ravisseurs qui la traitaient en esclave afin de la ramener à sa grande sœur à laquelle elle manque cruellement. Ce doit être le manque d’habitude des quêtes réussies qui te rend aussi méfiante, Gonzague. La récompense n’attend que nous ! »

- « Garde la main sur ta baguette plutôt que sur ta braguette, prince », répondit la naine en surveillant les environs. « La mystérieuse secte peut débarquer à tout moment. »

 

Mais les doutes de la guerrière n’eurent pas raison d’être puisque l’équipe parvint sans encombre jusqu’à la cabane de Helle. La belle jeune femme au port altier accueillit leur arrivée d’un grand cri de soulagement. Náre courut dans ses bras et les deux sœurs s’étreignirent avec passion. Mais le baiser s’éternisa et plus étrange encore, sembla illuminer les deux sœurs d’un halo croissant qui finit par aveugler les héros tous stupéfaits, sauf un qui comptait ses coquillages ramenés de la plage, à l’écart. Lorsque la puissante lumière mourut enfin, Helle et Náre avaient disparu, faisant place à un immense dragon aux écailles bleutées et aux crocs saillants.

 

- « Tout de suite, là », balbutia Vorshek, médusé, « j’ai quand même nettement moins envie d’une récompense. »

- « J’ai enfin pu recouvrer ma forme originelle », feula le dragon d’une voix qui fit ployer les arbres proches. « Je suis Nárhelle. Une fourbe secte de fanatiques m’a dépossédé de mon pouvoir pour s’emparer de mes richesses et de ma citadelle. Un de leurs sortilèges m’a séparé de ma puissance, incarnée dans une petite fille, m’abandonnant faible et aussi vide qu’une coquille sans ma magie. J’ai donc adopté l’aspect d’une humaine dans l’attente de ceux qui retrouveraient et délivreraient ma source de puissance. A présent je suis libre ! Libre de me venger de mes ennemis et de semer la mort dans leurs rangs ! Pour votre assistance, mortels, je vous accorde la vie sauve. Disparaissez sans jamais vous retourner ! J’ai des ordures à châtier ! »

 

- « Je crois que ta récompense fout le camp », commenta Gonzague tandis que Nárhelle le dragon prenait son envol en crépitant férocement de magie.

- « Je suis dépité », murmura Vorshek lorsque le monstre disparut derrière la cime des arbres. « J’ai l’air dépité ? »

- « De piter ? » lança Hjotra depuis son coin. « Ouais, grave. »

- « Baste ! » jura Al en sortant de sa cachette, après s’être assuré que la créature était bien partie. « La gamine et sa garce de sœur n’étaient en fait qu’un dragon…Qui l’eut crû ? »

- « Moi j’avais prévenu qu’on allait fatalement causer du vilain pour ce fief », déclara Gonzague. « Je crois qu’on a une sorte de talent inné pour foutre le merdier. »

- « Quand j’y repense », songea Vorshek en se recoiffant nerveusement avec le peigne de Cyril. « C’est marrant parce que Náre et Helle, ça veut dire flamme et ciel en elfique antique et Nárhelle, flammes du ciel, c’est typiquement un nom de dragon bien belliqueux et salement monstrueux. Vous pensez que c’était des indices ? »

- « Pas un talent », dit Cyril à Gonzague avant que le groupe ne se dirige hâtivement vers la frontière du fief. « A ce niveau, c’est un don… »

 

Bilan de la mission

Vorshek : Négociation de biens et services -1

Cyril : Couture +1 (Maîtrise de la compétence atteinte)

Hjotra : Architecture sableuse +1

Gonzague : Féminité +1

Al : Vol de bibelots +1

Compétence de groupe débloquée : Déclenchement spontané de boxon niveau 1

Expérience acquise : Minable