L'Autre-Monde
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Épisode 134 – La Voie de la Pythie

 

            Sautillant comme un cabri pré-pubère, Al grimpa la pente parsemée de rochers déchiquetés et effectua, une fois parvenu au sommet, une danse de la victoire endiablée, seulement interrompue par le second jet de pierre rageur de Gonzague.

 

- « La plaine de la caisse soufflée ! » s’exclama le rôdeur radieux en désignant le paysage derrière lui lorsque le groupe le rejoint. « On la nomme ainsi rapport au son du vent qui la balaye. Les Marches du Lutin Clopant sont là-bas, on les longera demain matin. »

- « Et la rivière Barbiche ? » interrogea Vorshek, fourbu et méfiant.

- « Un nain ivre à reculons y parviendrait depuis ici après deux heures de marche, donc arrondissons à quatre heures pour notre groupe. Demain soir, on couche chez l’Oracle grâce à votre bon ami Al le voyageur qui connaît le pays comme sa poche ! »

- « J’ai les pieds en feu et le dos en miettes à force de crapahuter sur les sentiers pourris du bon ami voyageur ! » grommela Gonzague en le bousculant. « Finis les raccourcis improvisés, demain on suit la route et les panneaux ! »

- « Mais personne ne suit les panneaux », ricana le rôdeur. « C’est trop ringard. On a un peu déviés, mais c’était quand même plus sympa que respirer la poussière en suivant une vulgaire route balisée, non ? »

- « Sympa ?! » gémit Cyril en s’écroulant, harassé. « On a traversé une forêt de ronces, une lande de boue et escaladé une montagne baignée de vapeurs toxiques. On s’est fait courser par des bestioles et des monstres appartenant à quatre grandes familles de carnivores différentes et une vieille orque cradingue m’a frappé sur la tête avec un os. Le moment sympa a du avoir lieu pendant que je me vidais de mon sang, inconscient, parce que je ne m’en souviens pas ! »

- « On aurait du engager ce guide à l’auberge du Bouc qui Piche », dit Gonzague dans un soupir las.

- « C’est la fatigue qui te fait dire ça », ricana Al.

- « Ah non, c’est ma haine croissante envers toi. »

- « C’est pas grave », répondit le jeune homme avec philosophie. « Tu dois avoir faim aussi. Venez, on va installer le campement plus bas pour la nuit. Votre Royauté, tu suis ? Ce n’est pas la peine de prendre ta pose de grand penseur fixant l’horizon, y a aucune gueuse aux alentours. »

- « Cette plaine », déclara le demi elfe, songeur. « C’est ici qu’a eu lieu la bataille finale de la guerre de la chèvre. »

 

            Le sorcier marqua un temps d’arrêt en attendant que quelqu’un l’interroge à ce sujet, mais une fois que Cyril eut commencé à sortir chaudron et couverts et que Hjotra ait déballé tous ses outils de mineurs pour se tailler un oreiller dans une pierre, il se permit de poursuivre seul.

 

- « La guerre de la chèvre remonte à une lointaine époque. Le suzerain des nains de la région avait organisé un grand banquet en l’honneur de l’anniversaire de son neveu, fort laid et peu gâté par la nature. Il invita tous les nobles des environs, espérant trouver une femme pour son neveu, tristement célèbre pour ses déconvenues amoureuses…Oui, Maître Hjotra, en un seul mot déconvenue…Un bourgeois elfe eut la fâcheuse idée d’offrir une chèvre lors de ces festivités, cet animal incarnant pour son peuple la prospérité et l’abondance. Malheureusement, le roi nain, son neveu et tous les nains présents interprétèrent différemment cette offrande, comme une insulte irréparable. S’ensuivit la guerre de la chèvre opposant nains et elfes jusqu’à la dernière sanglante bataille ayant eu lieu ici même, il y a une éternité. »

- « Est-ce que c’est manquer de respect à ton rang et ton titre de comparer le niveau de chiantitude de ton anecdote avec les chansons de Cyril ? » interrogea Al en allumant le feu. « C’est bien ce qui me semblait. Je n’en ferai rien alors. »

- « Par contre, moi je veux bien que tu la répètes tout à l’heure ton histoire », déclara Gonzague en retirant ses bottes dans un râle jouissif de délivrance. « J’ai toujours du mal à m’endormir quand je dors à la belle étoile. »

- « Ce n’est pas grave », fit le magicien avec dédain. « Les dieux ne peuvent être aussi injustes, vous aurez sans doute de l’intelligence dans une autre vie ! »

- « Une fois j’ai offert une chèvre à votre mère », expliqua Hjotra. « Votre père disait qu’elle n’avait pas d’amie, j’ai cru que c’était une bonne idée. Et bien je vous confirme que les elfes non plus n’aiment pas ce genre de cadeaux. Elle a fait fleurir ma barbe pendant tout le printemps. Je ne vous raconte pas les allergies ! »

 

            Vorshek haussa les épaules et se tourna en boudant. Il se roula en boule dans sa cape et s’endormit en maugréant pour être réveillé au cœur de la nuit par un visage sévère et barbu penché au-dessus de lui. Le demi elfe tiré de son sommeil crut un instant qu’il s’agissait de Hjotra, en proie à l’une de ses banales terreurs nocturnes où il rêvait que des enfants venaient lui proposer de jouer à la marelle avec eux, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive dans un cri étranglé de stupeur fort peu masculin que le nain était translucide.

 

- « Un fantôme ! » hurla le mage à la cantonade pour réveiller ses compagnons. « Là, encore un ! Et là un autre ! Par le chapeau pointu du Roi-Sorcier ! Des spectres partout ! »

 

            Les aventuriers apeurés se regroupèrent dos à dos, littéralement encerclés par des centaines de fantômes d’elfes et de nains silencieux et immobiles les observant de leur regard torve et éteint. Les guerriers morts lors de l’ultime bataille de la guerre de la chèvre s’étaient arrachés à leur repos éternel pour pourrir celui des cinq héros en herbe.

 

- « Ils n’attaquent pas pour le moment », chuchota Cyril, agrippé plus que de raison à la jambe de Vorshek. « Voulez-vous que j’entonne un chant funèbre pour les apaiser ? »

- « Nous sommes perdus ! » bredouilla Gonzague, terrifiée. « Ils sont trop nombreux et nous bloquent ici. On va tous y passer, si ce n’est par eux, par l’odeur de gras d’aisselle de Al. »

- « Je crois que j’ai une idée pour qu’ils nous épargnent », répondit ce dernier. « Vorshek et Gonzague, embrassez-vous ! »

- « Ou alors on leur sacrifie un rôdeur débile », rétorqua sèchement Vorshek.

- « Mais réfléchissez ! » insista le jeune homme. « C’est leur haine mutuelle qui a réveillé ces spectres. Si on leur montre qu’un elfe et qu’une naine peuvent s’apprécier au point d’échanger un baiser, ils seront délivrés de leur tourment ! Magnez-vous, ils approchent ! »

- « Pour moi c’est trop tard, j’ai déjà fait la goutte », se lamenta Hjotra.

- « Misère, ils avancent ! » s’écria Gonzague, paniquée. « Que faire ?! Oh, tant pis pour l’amour-propre, on racontera qu’on était saouls ! Viens là, Prince ! »

 

            Gonzague saisit vigoureusement Vorshek et déposa un baiser bruyant sur ses lèvres retroussées et tremblotantes. Les spectres se figèrent. Leur expression vide se chargea soudain d’une profonde fureur devant pareil outrage et ils sortirent leurs armes éthérées en geignant de rage. C’est le moment que choisirent les aventuriers pour traverser leurs rangs à toute vitesse et fuir loin de la plaine. Ce n’est qu’au petit matin que les fantômes cessèrent la poursuite, chassés par l’aube.

 

- « Essayons de garder notre sang-froid et notre objectivité », lança Al quand Vorshek et Gonzague se tournèrent vers lui avec le même rictus de colère que celui des mort-vivants. « Déjà, on a survécu et en plus, cette petite course épique nous a permis de bien avancer sur le parcours ! Non pas la masse ! Pas la baguette qui pique non plus ! Allez quoi, les amis ! Franchement, c’était fendard, non ? »

- « Quelle odeur épouvantable de charogne ! » se plaignit Cyril en se bouchant le nez. « Vengez-vous, mais faîtes vite. Il semblerait que notre compagnon rôdeur blagueur soit particulièrement sensible au stress de la torture punitive. »

- « Ah non, c’est pas moi ! » se défendit ce dernier, plaqué au sol par le genou de Gonzague fiché au creux de ses reins.

- « Ça pue comme après la bonne coulante d’une lutte intestine », détailla Hjotra en se massant le ventre.

 

            Si les ululements plaintifs de Al dont les articulations découvraient de nouveaux angles incongrus n’en furent pas à l’origine, ce fut sans doute le piquant de la remarque de Hjotra qui attira le cyclope responsable de l’atmosphère vicié. Le géant vêtu comme un sauvage de peaux de bêtes et brandissant un gigantesque gourdin jaillit des fourrés en grognant, précédé de son odeur corporelle ayant trahi sa proximité.

 

- « Oh, un local ! » s’enthousiasma Cyril jusqu’à ce que le gourdin s’écrase violemment à ses pieds. « Se peut-il qu’il soit belliqueux ? »

- « Il sent la mort, il porte des loques et il n’a qu’un œil », dit Gonzague. « Ça met de mauvaise humeur d’avoir autant de points communs avec la fiancée de Al. »

- « Habituellement, je suis ravi de m’envoyer en l’air avec un inconnu aussi vigoureux », déclara Cyril tandis que le cyclope le soulevait par la jambe, « mais je n’aime ni les manières, ni l’hygiène désastreuse de celui-ci. Reculez ! Je vais calmer ses ardeurs grâce à mes talents de barde ! »

 

            Le hobbit porta à ses lèvres sa flûte avant d’être lui-même porté à celles du monstre, puis entama une douce mélodie censée hypnotiser l’adversaire. Il s’interrompit à la moitié lorsqu’il fut pétrifié par sa propre musique. Le cyclope renifla le barde figé aussi dur que de la pierre, puis le jeta au loin par dépit, préférant se tourner vers le reste de la troupe. Repérant le second plus gras de l’équipe, le cyclope se rua sur Hjotra avec appétit. L’ingénieur tenta de l’en dissuader de sa plus redoutable posture de combat, la ruade du colibri, mais ne parvint qu’à perdre l’équilibre et tituba en avant. Le brusque mouvement s’avéra fatal à son bouton de pantalon qui craqua dans un bruit sec et fut propulsé avec force directement dans l’œil du monstre affamé. Celui-ci s’écroula sous l’impact et sa tête alla malencontreusement heurter le rocher oreiller de Hjotra volé le matin même par Al qui s’en servait jusque là de cachette. Le cyclope perdit la vie dans un affreux bruit de noix croustillant sous le talon, à la surprise générale.

 

- « Maître ! » s’écria Gonzague, éblouie et époustouflée par l’exploit. « Vous avez mis sa race à ce monstre en une seule attaque ! Vous êtes vraiment un héros alors ! Je savais que tous ces racontars sur votre débilité et votre maladresse n’étaient pas tous fondés ! »

- « Alors là je suis séché », avoua Al en se relevant pour observer le cyclope vaincu. « Si je n’avais pas autant la gerbe à cause de l’odeur du grand borgne crasseux, je crois que je prendrais une minute pour vous exprimer toute mon admiration. Mais je vais plutôt me casser avant de dégobiller sur vos bottes. »

- « Je vous apprendrai cette technique », promit Hjotra, tout aussi surpris que les autres. « Le colibri peut être impitoyable…Quelqu’un aurait une ceinture ou des bretelles en rab ? »

- « Il semblerait que Cerise soit parvenu à se figer avec son propre sortilège… » déplora Vorshek en examinant le hobbit abandonné dans un buisson. « On ne peut pas se permettre d’attendre que la magie s’estompe. On va devoir le laisser là en le camouflant sous des branchages. Je lui glisse une pierre gravée des indications pour nous rejoindre dans sa poche…Tiens, c’est curieux, on dirait mon slip en boule dans son veston… »

 

            Les aventuriers reprirent ainsi leur chemin, échappant à un nouvel obstacle mortel, mais délestés de leur fidèle et inutile barde. Plus déterminés que jamais à poursuivre, surtout chassés par l’odeur de pied du cyclope et motivés par la faim, les quatre héros se hâtèrent de continuer la route les menant à l’Oracle. Après une tentative téméraire mais peu réfléchie de Al de tenter de récupérer du miel dans une ruche d’abeilles qui coûta au groupe une nouvelle course-poursuite douloureuse, les Dragons qui Roxxent arrivèrent sur les berges de la Barbiche. Une file indienne de divers voyageurs et marchands itinérants bouchonnant sur le seul pont qui enjambait le cours d’eau annonçait une autre embûche.

 

- « Y a un groupe d’humains au milieu du pont », renseigna Hjotra après avoir été voir. « Les gens leur donnent des sous ou ils les envoient à la baille. C’est quoi comme travail ? »

- « Pète rouleaux », répondit Al en soupirant. « On fait la queue ? »

- « On ne va pas faire la queue pour se faire tâter les bourses ! » s’offusqua Vorshek. « Maître Hjotra va rosser ces malandrins. »

- « Tu ne veux pas plutôt leur coller un coup de baguette qui crame ? » proposa Gonzague, au grand soulagement de l’ingénieur. « Je ne veux pas critiquer…Oh, en fait si. Mais tu n’as pas glandé grand-chose pour l’instant. »

- « Je ne gaspillerai pas une once de mon pouvoir de magie pécuniaire dans cette quête sans récompense », répondit le demi elfe d’un ton dédaigneux. « Par contre, je peux user à loisir de mon autorité princière. Soldate ! Déblaye-moi le passage. Toi non plus, tu n’as pas fait grand-chose jusque là. »

- « J’ai défoncé Al deux fois et c’est moi qui l’ai suspendu par les pieds à cette branche quand on a croisé ce couple de grizzlis ! Je ne vais pas y aller seule ! Ils sont quatre ! »

 

            Inflexible, Vorshek tendit un index irrévocable en direction du pont. Gonzague ronchonna, piétina les orteils de Al qui gloussait, puis remonta la queue sous les protestations des voyageurs.

 

- « Bon la racaille, ce n’est pas personnel, ce n’est même pas un plaisir, mais vous allez virer vos carcasses de traîne-patins miséreux de là ou je vous taille les noyaux à l’acier et vous évacue à coups de pompes dans le fion. »

- « Mémé, le Ouf, Kiki ! » appela le chef des bandits.

 

            Cinq secondes plus tard, Gonzague volait dans le fleuve.

 

- « Les petites fiottes ! » jura la naine en remontant sur la berge. « C’est des furieux, Kiki m’a même mordu le sein ! »

- « C’est cruel mais insuffisant pour les battre », commenta Al. « T’es la fille d’un berserker, non ? Alors, retournes-y et mets-y plus de rage ! Enerve-toi ! Je ne veux pas croire que tu vas les laisser dire qu’avec la largeur de ton derche, c’est normal que tu flottes comme un bouchon, sans chercher à te venger. »

- « Ils n’ont carrément pas dit ça ! » pesta la naine.

- « Ah ? C’est peut-être moi alors. Mais on s’en fout ! Défonce-les ! »

 

            La guerrière essora ses tresses et repartit à l’assaut d’un air décidé. Elle se retrouva dans l’eau encore plus vite que la première fois.

 

- « Je commence à être indisposé par la station debout », soupira Vorshek. « Nous perdons du temps, Gonzague. »

- « Que la vérole soit sur ces charlots ! Dès que j’en allume un, les trois autres me tombent sur le dos plus vite que Vorshek sur celui des paysannes ! »

- « J’ai la solution ! » lança Al avec un sourire mesquin.

 

            Le rôdeur alla trouver les bandits et échangea quelques mots avec eux. Puis il revint sous les ricanements gras des quatre détrousseurs.

 

- « J’ai essayé de négocier notre droit de passage contre une bonne vanne, mais ça n’a pas marché. Ils se sont bien marrés en apprenant comment vous vous étiez embrassés tous les deux, mais ils préfèrent l’argent. »

- « Quoi ?! » explosa Gonzague avant de charger, folle furieuse.

- « Joli coup », confia Vorshek à Al tandis que la naine en pleine folie berserk massacrait les voleurs avec application. « Tu escomptais la mettre en colère, c’est bien vu. Par contre, dis-moi, tu as prévu quoi pour la calmer une fois qu’elle aura achevé le dernier des brigands et qu’elle se retournera contre toi ? Comme…juste maintenant, tiens. »

 

            Un peu plus tard, Vorshek s’arrêta et leva la tête pour mieux observer l’entrée de la grotte de l’oracle. Il se tourna vers ses compagnons et son air satisfait s’envola. Hjotra tenait son oreiller en pierre d’une main et son pantalon de l’autre, Gonzague se traînait péniblement, vidée de ses forces par sa crise de folie meurtrière et Al s’était écroulé, plusieurs mètres derrière, entravé dans l’un de ses innombrables bandages de fortune.

 

- « Hardi, compagnons ! Haut les cœurs ! Nous sommes parvenus à destination. Allez, quoi ! Vous pourriez sourire au moins…A part Al parce qu’on ne voit plus son visage sous les pansements, mais quand même. Je trouve que vous ne faîtes pas d’efforts, les enfants. Je suis déçu. »

 

            Le demi elfe guilleret d’avoir atteint son but, et impatient de trouver la fameuse prophétesse qu’il espérait jeune, naïve et en robe légère, pénétra dans l’enceinte sacrée.

 

- « Fais-nous voir ton sourire niais ? » lui demanda Gonzague tandis qu’ils s’engageaient dans les souterrains de la prophétesse. « D’accord, je vois. J’ai compris pourquoi tu n’as pas dégainé ta baguette une seconde ! Tu économisais ta magie pour refaire le coup de l’invocation de licorne, n’est-ce pas ? »

 

            Vorshek ne répondit pas, mais Gonzague sut qu’elle avait raison lorsqu’elle vit son air enjoué s’envoler et ses traits s’affaisser quand ils arrivèrent dans la salle des visions. L’oracle, vautrée dans un trône en pierre, était vieille, ridée, maigre comme un clou d’armure de barbare et reniflait bruyamment à intervalles réguliers.

 

- « Salutations, pythie ! » lança le demi elfe, boudant de déception. « Je suis le prince Vorshek, fils d’Arzhiel et Elenwë, maîtres de Karak. Je viens à toi afin d’obtenir le conseil des dieux quant à une sourde et mystérieuse menace planant sur les miens. Es-tu disposée à user de ton don de voyance pour moi ? »

- « Mince, une vision, c’est original », le rabroua la vieille prêtresse d’un ton sec. « J’étais plus chaude pour faire des crêpes, mais bon, tant pis. C’est quoi ton signe astrologique, blondinette ? »

- « Vous faîtes dans l’astrologie ? » s’émerveilla Gonzague. « Moi, mon signe c’est golem ! Qu’est-ce que vous pouvez me prédire ? »

- « Que tu vas la fermer tout de suite et que tu vas faire le piquet dehors parce que tu m’as interrompu et que ça me gerce », rétorqua la prophétesse en étreignant frénétiquement ses genoux cagneux sous l’œil révulsé de Vorshek.

- « Autant le personnage et la mise en scène sont plutôt douteux », murmura Al à l’oreille de Vorshek, « autant j’aime assez les dialogues ».

- « Je te répète que ce n’est pas de la comédie », marmonna le demi elfe tandis que Gonzague sortait en traînant les pieds. « La pythie possède de vrais dons et peut interroger les cieux ! En plus, si elle peut dégager Gonzague en une phrase, c’est que du bonus. »

- « Bon, les deux gonzesses, quand vous aurez fini d’échanger des mots doux, on pourra y aller ! » s’exclama l’oracle. « Maman a la migraine aujourd’hui alors il ne va pas falloir lui râper les meules trop longtemps. Ton signe, blondasse. »

- « Je suis sylphe », répondit timidement le magicien, déclenchant aussitôt la transe de la prêtresse.

- « Je ne connais plus mon signe », paniqua Hjotra. « Je fais quoi si elle m’interroge ? Il me semble que je suis gastéropode. »

- « C’est pas un signe, ça », chuchota Al. « C’est la famille des escargots. »

- « Ah oui, je confonds avec ceux qui ont peur des espaces clos. »

- « Claustrophobe ? » intervint Vorshek à voix basse.

- « De quoi ? » répéta Hjotra, sans comprendre. « Déjà que je m’emmêle avec les mots nains, si vous répondez en langue étrangère, on ne va pas s’en sortir…Tant pis, je vais dire que je suis escargot alors. »

- « Vous comptez claquer vos dentiers un jour ou je vous fiche le mauvais œil et la chiasse en prime pour le restant de la semaine ?! » menaça la pythie en pleine concentration. « J’entends les paroles célestes ! Ecoutez ! Ecoutez ! Sachez rester terre à terre pour avoir la tête dans les nuages. La lune dans la maison de la pucelle vous défavorisera, surtout si vous avez le cheveu fin mais épais. Santé : attention aux sucreries, vous risquez de prendre deux livres en une journée. »

 

            La vieille femme acariâtre se tut dans un râle glaireux puis sa tête retomba mollement sur sa poitrine squelettique. Une poignée de secondes plus tard, elle ronflait doucement. Les aventuriers pantois sortirent en silence.

 

- « Alors ? » les interrogea Gonzague, patientant sur le seuil de la grotte. « Que vous a annoncé cette vieille taupe ? »

- « Ma foi… » hésita Vorshek, perplexe, ne sachant trop que dire. « Qu’est-ce qu’on fait ? On dit à Père qu’on n’a pas trouvé ? »

 

Bilan de la mission 

Vorshek : Paresse mystique +1

Al : Orientation spontanée -1

Gonzague : Lattage de gueux +1 (déblocage de la compétence Berserk niveau zéro)

Hjotra : Attaque improbable +1

Cyril : Hypnose musicale -10

Expérience acquise : Risible