L'Autre-Monde
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Episode 130 - Le Jugement

 

 

            Hjotra faisait sa lessive au lavoir du village tandis que Gonzague et Al lézardaient au soleil en commentant grassement le dur labeur des paysans un peu plus loin aux champs lorsque le bourgmestre débarqua avec fracas. Suivi d’une douzaine de villageois furieux et prêts à en découdre, le demi-ogre tenait à bout de bras Vorshek par la peau du cou, à un pied au-dessus du sol. Ce dernier, entièrement nu, esquissa un rapide salut à ses compagnons avant de replacer sa main, ultime rempart de sa pudeur et de son intimité.

 

- « Il est à vous cet elfe ?! » s’exclama le bourgmestre d’un ton aussi peu engageant que les dents saillants de sa gueule.

- « Non », répondit nonchalamment Hjotra après avoir jeté un coup d’œil par-dessus son épaule. « Le nôtre est habillé. »

- « Menteries ! » cria un paysan tandis que la foule des curieux approchait. « Ils sont arrivés ensemble au bourg la semaine passée ! Ils logent à l’auberge, se gavent comme des porcs et glandent à longueur de journée ! En plus, leur voleur pique de la nourriture dans la réserve ! »

- « N’importe quoi ! » protesta Al en bondissant sur ses pieds. « Je suis rôdeur, pas voleur. »

- « Vous savez pourquoi votre pote est nu ? » interrogea le demi-ogre courroucé.

- « Il prenait son bain ? » tenta Gonzague.

- « Faux ! Il déflorait notre prêtresse sacrée dans une meule de foin ! »

- « Curieux, ce n’est pourtant pas son style », fit Al sans se démonter. « Est-ce que l’on peut considérer cela comme une sorte de rituel pour fertiliser la terre et bénir les récoltes ? »

- « Notre prêtresse était la seule capable de repousser la malédiction de la région grâce au pouvoir de sa déesse et surtout de sa pureté. Sans sa virginité, sa magie est inefficace ! Votre elfe pervers vient de tous nous condamner à un sort horrible ! »

- « Cette triste nouvelle nous brise le cœur », déclara Gonzague d’un air affecté. « Mais de toute manière, cela ne nous concerne plus puisque c’est justement aujourd’hui que nous avions décidés de quitter votre charmant village. Euh…On peut récupérer Vorshek, je vous prie? »

- « Personne ne va nulle part ! » gronda le demi-ogre furieux. « Le juge royal visitait hier la bourgade voisine. Je l’ai mandé pour qu’il rende son jugement quant au crime de votre comparse. »

- « Et vous croyez qu’on va se laisser faire par une poignée de bouseux et un juge endimanché ?! » ricana Al. « Cassez-vous dans vos bicoques moisies ou on vous déchire ! »

- « Le juge arrive avec sa garde personnelle de paladins royaux », expliqua un fermier. « Il ne voyage jamais sans sa trentaine de soldats d’élite n’obéissant qu’au roi. »

- « Des gardes du roi ? » pâlit le rôdeur. « Et puis, qu’est-ce que j’y connais en architecture, moi ? Elles sont certes d’allure bourrue et typique, mais vos chaumières sont relativement charmantes après tout ! »

- « Emmenez-les ! » marmonna le bourgmestre.

- « Dîtes, je peux au moins avoir mes fringues ? » demanda poliment Vorshek.

- « Oui, oui, ça vient ! » répondit Hjotra, agacé en poursuivant sa lessive. « Je fais aussi vite que je peux, hein ! »

 

            Les villageois en colère menèrent les aventuriers dans un minuscule réduit lourdement gardé tandis qu’on installait sur la place du village le tribunal improvisé, mais surtout la potence.

 

- « Honnêtement », demanda Vorshek à Al qui observait à travers les planches. « Comment ça se présente ? »

- « Honnêtement ? Ils sont trois fois plus nombreux que tout à l’heure, ils crament des épouvantails avec des grandes oreilles et ils ont même gravé une tête d’elfe sur le bûcher. Je peux me tromper, mais je pense que t’es pas bien. »

- « Misère », soupira le magicien. « Et Cyril ? Ils ne l’ont pas encore attrapé, il va peut-être nous sauver, non ? »

- « C’est lui qui coud les oreilles et les faux cheveux blonds en paille aux pantins qu’ils brûlent. Manifestement, ça a l’air assez lucratif. »

- « Rétrospectivement, je regrette d’avoir invoqué ce dragon argenté pour impressionner cette prêtresse », confia Vorshek. « Ça m’a vidé de toute mon énergie mystique. Je ne suis même plus capable de créer la plus petite flammèche ou de lancer le plus basique sort de Célérité… »

- « C’est le sort qui fait pousser les légumes du même nom ? » demanda Hjotra.

- « C’est ton seul regret avec cette fille ?! » s’écria Gonzague, sidérée. « Une prêtresse sacrée ! Mais tu es perché ou quoi ?! »

- « Sans déconner, ça valait le coup ? » interrogea Al avec sérieux.

- «  Elle avait des couettes, des taches de rousseur et même un accent », répondit le demi-elfe en souriant niaisement.

- « Mais tu es blonde à la détente, mon pauvre ! » gronda Gonzague. « Tu ne réalises pas que tu vas te faire claquer par des pécores parce que cette greluche boutonneuse parlait comme une gardienne de chèvres ?! En plus, c’est nul moi aussi j’ai des couettes et des tâches de rousseur et tu ne m’as jamais emmenée dans le foin…Al, tu refermes ta bouche tout de suite ou je t’éclaircis les ratiches à coups de talon. »

- « On ne peut pas se barrer en se téléportant, ni en comptant sur cette pauvre pomme de Cerise et encore moins en pensant fausser compagnie à nos gardes », fit remarquer le rôdeur. « Je ne vois pas d’autres solutions que de plaider coupable. »

- « Vous allez sans doute trouver ça saugrenu, mais je ne suis guère séduit par l’idée de me faire calciner pour calmer une bande de cul-terreux. Comment se tirer de ce guêpier ? »

- « On a qu’à contacter vos parents », dit placidement Hjotra depuis son coin.

 

            Les trois aventuriers se tournèrent vers leur compagnon, moins frappés par l’évidence de la solution que par l’incongruité de la situation où Hjotra avait émis une idée potable.

 

- « Votre mère m’a fourgué cette boule dans mes paquetages à notre départ », expliqua l’ingénieur en sortant un cristal de communication de ses poches. « J’ai mis trois jours à comprendre que communication n’a aucun rapport avec la faculté de rendre invisible son possesseur. »

- « Génial ! » jubila Vorshek. « Sur les terres du roi, tout prisonnier a droit à un appel télépathique. Mère va me sortir de ce bourbier en deux temps, trois éclairs ! Vous allez voir ça ! Il s’illumine, le contact s’établit, regardez ! »

 

            Une image se dessina lentement à la surface de la boule, révélant les traits rougis et poilus de Arzhiel qui jetait un regard noir à son propre cristal, loin depuis son Karak.

 

- « Bigre de foutre de mouche ! » pesta le nain. « Non mais vous avez vu l’heure ?! Y a des gens qui pioncent ! »

- « On n’est pas assez loin de la montagne pour qu’il y ait un décalage horaire, seigneur », fit remarquer Al. « Il est 16 heures, non ? »

- « Oui, c’est ce que je dis », râla Arzhiel. « Y a des gens qui pioncent. »

- « Père ! Un péril me menace ! Je suis prisonnier d’une bande hostile de paysans qui veulent me traduire en justice ! Je vous supplie de me venir en aide. Appelez Mère ! »

- « Ah non, pas elle ! Vous n’imaginez pas ce que j’ai du batailler pour dégager tous mes boulets, votre mère la première, et me placer une sieste. C’est quoi votre embrouille avec votre gang de pécores ? »

- « Ils m’accusent à tort d’un crime que je n’ai point commis et veulent me juger pour cela. Je risque ma vie et j’ai besoin d’aide. Père, je suis innocent ! »

- « Ah, mais il fallait commencer par là. C’est une histoire de fesse, c’est ça ? »

- « C’est un tantinet plus compliqué que ça », répondit Gonzague, « mais oui. »

- « C’était évident », acquiesça Arzhiel. « Fils, vous avez un gros problème. »

- « Avec les filles », acheva Gonzague.

- « Non, ça on s’en fout. Mais appeler Elenwë à la rescousse, ça, c’est avoir un problème. Ne vous en faîtes pas, mon garçon, papa est là. »

- « Vous allez intervenir ?! » fit Vorshek, soulagé. « Sans nul doute, ces méchants vilains devront s’incliner devant l’autorité de votre rang de noblesse et reconnaître la futilité de leurs accusations envers un fils de seigneur. »

- « Oui, mais non », dit Arzhiel. « Si je fais valoir mon titre, c’est le déshonneur assuré pour notre nom. J’ai morflé plus d’un siècle pour avoir épousé une elfe et je me suis fait virer de l’ancien monde par les dieux pas très jouasses sur le sujet alors je ne vais pas risquer une nouvelle malédiction pour un flirt trop poussé de mon gamin. Téléportez-moi jusqu’à vous. Je vais vous virer les miches des braises en moins de deux. »

- « Vous voulez venir ?! » s’exclama Vorshek. « Mais Père, je n’ai plus assez d’énergie et… »

- « Tapez dans celle d’un de vos boulets. Hjotra, par exemple. Votre mère fait ça tout le temps avec les larbins quand elle est à court de jus. Et ne me dîtes pas que Hjotra va vous faire défaut ! »

- « Le seigneur arrive ?! » gloussa ce dernier, tout excité.

- « Oui, grâce à vous, même, Maître. Attention, ça va piquer et vous allez beaucoup dormir. A demain ! »

 

            Vorshek posa sa main à plat sur le torse de l’ingénieur qui regardait dehors pour mieux voir arriver Arzhiel. Puis le demi-elfe lança son sortilège en puisant la force vive de Hjotra. Le nain s’effondra en fumant des narines avant d’émettre un ronflement virulent. Dans un coin apparut la silhouette d’Arzhiel qui trébucha en se prenant les pieds sur son ingénieur et jura assez fort pour faire même honte à Gonzague.

 

- « Seigneur ! » lancèrent en chœur Al et la naine, impressionnés.

- « Salut les jeunes. Non, relevez-vous, je ne suis pas le pape. Sérieux, relevez-vous ou je vous fous une béquille. Rappelez-vous que je ne suis pas là en tant que seigneur de Karak. Attendez…C’est ça votre équipe ? Hjotra, la fille de Brandir et ton pote d’enfance humain qui voulait être jongleur de foire ? »

- « Je suis rôdeur, seigneur », l’informa Al.

- « Dans les foires toujours ? »

- « Il manque aussi Cyril, dit…Cerise, un hobbit barde vieux de deux siècles », fit Gonzague. « Mais là, il nous a trahi pour se faire un peu d’argent avec les péquenots. »

- « Fichtre ! Et moi qui me plaignais de ma fine équipe de boulets. Bon, bref. Donc pas de « seigneur » ou « chef » ou autre titre du style. Je vais me faire passer pour votre avocat. On va dire aux paysans que je suis Rugfid, d’accord ? C’est mon cousin, comme ça, ça risque rien au niveau malédiction divine ou colère paysanne. C’est lui qui mangera si ça se goupille mal. »

- « Vous êtes sûr de votre coup, Père ? » interrogea Vorshek, peu rassuré.

- « C’est bon, ça fait cent cinquante piges que je rends des jugements au Thing (tribunal nain). Je connais le couplet. Vous êtes innocent tant qu’aucune brêle d’en face n’est capable de prouver le contraire. L’astuce, c’est de démolir l’accusation. En piste, tout va rouler, vous allez voir. »

- « Il fait aussi avocat que Al guerrier », chuchota Gonzague tandis que le seigneur se présentait aux gardes, « mais au moins, il a l’air motivé. »

- « C’est justement ça qui m’inquiète. Pourquoi est-ce que ce n’est pas Mère qui a décroché ? »

 

            Les villageois, sous l’impulsion du bourgmestre demi-ogre toujours aussi furieux, achevèrent les préparatifs du procès en un temps record. Peu après l’arrivée d’Arzhiel, l’ensemble de la bourgade fut réuni, les deux parties installées et la compagnie de paladins en formation pour éviter tout débordement. Le juge alla s’asseoir au milieu de l’estrade improvisée et observa attentivement l’accusé avant de plonger le nez dans ses parchemins, ses textes de lois et ses rapports.

 

- « Rugfid ? » demanda-t-il tout à coup en lisant le nom de l’avocat de Vorshek. « Rugfid Pansepercée ?! Le Rugfid ?! Et avocat de la défense ? En même temps, avec le record régional de nombre de participations à des procès pour tous les délits possibles, il est vrai que vous êtes un habitué du tribunal. »

- « Oui, votre honneur », acquiesça Arzhiel. « C’est parce que je suis fan des vieillards humains qui portent des perruques et des robes. »

- « Je vous demande pardon ?! » fit le juge, estomaqué.

- « Et je vous l’accorde. Allez, on enchaîne ! Enfin, pas l’accusé, hein, c’est juste une expression. »

- « Et encore là », murmura Vorshek à Gonzague et Al, rouges de honte, « il se lève juste, il tourne à froid. Père ? Avez-vous au moins connaissance du dossier et un plan valable de défense ? »

- « Je pensais improviser pour pimenter les choses, mais si vous tenez à jouer les tièdes…Voyons, un bouche à bouche mal interprété, ça peut passer ? »

- « Je crains que ma nudité et celle de mon amante ne jouent pas en notre faveur. »

- « C’est pas faux. Si seulement vous étiez aussi malin quand vous réfléchissez avec votre cerveau du bas…Ecoutez, on va reconnaître la coucherie, mais nier la virginité de la prêtresse. Comme ça, on lui refile tout sur le dos… Restez ici, fils, ça aussi ce n’était qu’une expression ! Donc, c’est elle qui passe pour la méchante et on peut en bonus accuser aussi le bourgmestre d’être le vrai coupable. Il mériterait parce que je trouve qu’il a vraiment une sale gueule. »

- « La cour appelle les douze témoins ayant surpris l’accusé en train de…commettre son crime », héla le juge.

- « Douze témoins ?! » répéta Gonzague. « Prince, pour une fois, tu vas vraiment avoir le feu aux fesses pour quelque chose ! »

- « C’est rien », les rassura Arzhiel. « Regardez, c’est des pécores. La moitié est alcoolique et l’autre consanguine. Leurs témoignages ne valent pas tripette. Dites, elle est où votre prêtresse dépucelée ? »

- « Pourquoi ? Vous voulez l’interroger ? »

- « Rien à secouer, c’est juste par curiosité. Je veux m’assurer que vous avez du goût. Vous savez, je me méfie au cas où vous auriez le même que votre mère. »

- « Seigneur ? » appela timidement Al. « Vous ne devriez pas balancer une ou deux objections ? Ils sont en train d’enfoncer votre fils comme lui a enfoncé… »

- « C’est obligé les comparaisons douteuses ?! » le coupa Gonzague en frappant le rôdeur.

- « C’est vrai qu’ils ne vous ratent pas », ricana Arzhiel sous le regard noir de Vorshek. « On va prévoir un plan B par sécurité. Votre pote voleur sait allumer un incendie ? »

- « Je comprends que vous souhaitiez profiter du moment pour parler à votre client avant qu’il ne soit réduit en un petit tas de cendres, Maître Rugfid », lança le juge, « mais pourriez-vous au moins faire semblant de vous intéresser à ce procès ? Voulez-vous interroger les témoins ? »

- « La défense voudrait signaler au tribunal qu’il ne s’agit pas de témoins », répondit Arzhiel. « Ce sont des gueux. Pourquoi accorderions-nous du crédit à des vilains insignifiants ? Leur parole ne vaut rien. »

 

            La foule commença à s’agiter et des cris de protestations retentirent, provoquant un début d’émeute que les chevaliers parvinrent à contenir avec mal. Arzhiel, impassible, savourait son effet.

 

- « Le plan C, c’est déclencher une révolte paysanne ?! » s’exclama Vorshek en évitant une fourche qui passa tout près.

- « Silence ! » lança la voix gutturale et bestiale du demi-ogre. « Messire Rugfid méprise la voix du peuple, il aura donc celle de la noblesse que je représente en tant que bourgmestre du village, au nom du baron, du comte et du roi lui-même. Je vais témoigner. »

- « Messire juge ! » se plaignit Arzhiel. « C’est une bête à moitié humaine ! Il a une tronche à bouffer les enfants et il veut témoigner ? C’est un procès sérieux ou pas ? »

- « Pour votre gouverne, il s’agit de Hourkor la Savate, le célèbre héros qui délivra le cousin du roi du donjon de la Mygale, vainquit le chef orc des Trois Clans et sauva la ville d’Aspiris des Déments de Dieu. »

- « Super, moi j’ai mangé des moules à midi. »

- « Je déclare sur l’honneur et sur l’âme que notre prêtresse Aylaly est venue m’avouer son pêché en personne lorsque sa faute fut révélée », déclara Hourkor. « Je dispose de sa confession écrite, de ses aveux et de son acte de repentir en huit exemplaires. »

- « D’accord, lui, il va être pénible », marmonna Arzhiel. « Vorshek, réduisez-le au silence. »

- « Désolé Al », dit le magicien avant d’absorber toute l’énergie du rôdeur qui s’effondra en mouillant son pantalon. « Une colique foudroyante, ça ira ? »

 

            Le prince s’exécuta à l’accord de son père et le bourgmestre dut brusquement s’interrompre au milieu d’une phrase pour s’enfuir en courant en canard, les mains crispées sur le ventre. Son adjoint vint aussitôt prendre sa place pour poursuivre.

 

- « Diablerie ! » jura Vorshek. « Gonzague, viens voir ! Vite ! Gonzague ? Mince, elle s’est enfuie en voyant Al tressaillir au sol, les yeux révulsés. Quelle femmelette ! Oh, voilà Cerise ! Cyril ! Approchez, venez voir vite ! »

- « Ne me dis pas que tu te venges de ma négligente trahison en t’affichant auprès d’un vieux nain vulgaire et dépassé ! C’est ridicule ! Qu’est-ce qu’il y a, grand-père ? Tu me piques mon elfe et tu me fais les gros yeux en plus ? Et alors ? Tu vas me frapp… »

- « Lui au moins, il ne s’enfuira pas », commenta Arzhiel en essuyant son poing. « Allez-y, pompez-le ! Enfin…Vous voyez ce que je veux dire. J’ai rien contre les hobbits ou les écarts fantaisistes des elfes, mais là vous me feriez de la peine. »

 

            Vorshek déroba la force de Cyril pour alimenter son pouvoir magique et persuader l’adjoint qu’il était attaqué par une fourmi géante. Le malheureux partit au galop en hurlant, tout en jetant du sucre sur son sillage pour faire diversion.

 

- « Messire juge ! » appela Arzhiel tandis que ce dernier, hébété, regardait son témoin se cacher dans un tonneau. « Il est évident que les habitants de ce village sont tous barrés et racistes envers les elfes blonds. Ça doit être un truc dans l’air ou dans la bouffe. Bref, ils ne sont pas crédibles une seconde. Annulez les charges et passons à table. »

- « Il reste un témoin capital à interroger, la victime elle-même. J’appelle Aylaly ! »

- « Je suis à court de compagnons à vider ! » fit Vorshek affolé. « Qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce qu’on fait ?! »

- « Quoi ? Votre performance était aussi naze pour que vous paniquiez comme ça ? Elle va peut-être vous couvrir…Mais on s’en fout de savoir que c’était vous qui étiez dessus ! C’est une expression !!! »

- « Villageois, mes chers amis ! » déclara la jeune fille émue. « Je suis souillée par la honte et je ressens à mon égard la même colère que vous envers moi. Je vous ai stupidement et égoïstement trahi, déçu et condamné. Mon pouvoir a disparu entre les bras de cet elfe au charme ensorcelant. Je ne suis plus en mesure de vous protéger de la Bête. Condamner mon amant ne résoudra pas notre plus grave problème. Versez son sang si vous le souhaitez, et le mien également car nous le méritons, mais cela n’arrangera rien. »

- « Elle a une manière très personnelle de vous aider, votre copine ! » grogna Arzhiel. « C’est quoi cette histoire de Bête qui les condamne ? »

- « Aylaly vit dans cette région car elle possédait le pouvoir, grâce à sa pureté, de repousser un esprit maudit qui hantait avant les lieux en massacrant hommes et bêtes », expliqua Vorshek. « En perdant sa petite fleur, elle condamne à mort tous les bouseux. Avez-vous emmené de l’onguent pour la peau du Karak ? Le vent et le soleil ont affreusement desséché celle de mes bras. »

 

            Mais Arzhiel n’écoutait plus. Il avança vers l’estrade du juge, essaya de monter dessus, étala un paladin qui s’interposa et se servit de lui comme marchepied, puis alla se placer près de la prêtresse déchue.

 

- « J’ai une solution pour arranger la situation et éventuellement sauver les miches de Vorshek ainsi que les vôtres. Plutôt que de le cramer sur le bûcher, ce qui manque franchement de style et d’originalité, envoyez-le plutôt avec ses camarades à la chasse à la Bête. Ça lui fera les pieds et ça lui mettra du plomb dans la cervelle, enfin s’il survit. S’il y reste, bon ben, il faudra commander une autre prêtresse, sans l’option chaudière cette fois. Mais s’il réussit, il aura rétabli son honneur et sera de nouveau digne d’accueillir vos donations en remerciement. Qu’en dites-vous ? Quoi l’accord de votre bourgmestre ? Allez le chercher, il doit être dans un fossé ou derrière un buisson. Juge ? Votre avis ? »

- « Je trouve la proposition acceptable », capitula de guerre lasse le juge. « Le procès est annulé. Y a quoi au menu ? »

 

A suivre dans l’épisode 131

 

Bilan de la mission :

Vorshek : Familiarisation avec la prêtrise +1

Gonzague : Camouflage dans la foule +1

Al : Espérance de vie -1

Hjotra : Lessive +1

Cyril : Couture +1

Arzhiel : Hostilité paysanne +1

Expérience acquise : Navrante