L'Autre-Monde
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Épisode 59 – Que Justice Soit Faite 2

 

            Le brouhaha des discussions déclina en quelques instants pour finir par s’éteindre dans un silence de plomb lorsqu’Arzhiel fit son apparition sur le seuil de la salle du conseil. Les traits tirés et le teint rendu cireux par une nuit consacrée à s’adonner à son harassant travail seigneurial, le Nain contempla d’un œil vitreux l’assemblée conséquente emplissant la pièce. Embrumé par la fatigue, il ne s’étonna guère de la présence matinale de sa cour, ni ne remarqua tout de suite les visages graves flottant dans la pénombre. Un large sourire espiègle vint s’imprimer sur ses lèvres tandis qu’il s’empressait de rejoindre sa place à la large table de commandement, suivi par trois domestiques, les bras chargés de tablettes.

 

- « Les filles, j’ai un plan de bataille du feu de dieu à vous présenter avant la première bière ! » annonça-t-il fièrement, tout excité. « Pendant que vous serviez de bouillote à bobonne, bande de matous à minettes, papa bûchait au lieu de pioncer comme une souche. Résultat de la ponte : une stratégie aux petits oignons ! Les vilains vont manger chaud et déguster, c’est du tout cuit ! On va se fendre la poire et être carottes un moment après ça, niveau embrouilles. Allez, posez vos derches, ouvrez vos esgourdes et vos mirettes et fermez vos clapets. Ohoho ! J’en ai les nattes qui frisent, ça va être la poilade, mes velus ! »

 

            De larges gestes enjoués, Arzhiel ordonna aux valets de distribuer les copies de son plan en indiquant les sièges à son état-major. Il n’interpréta la réticence de ces chefs que comme une mollesse latente très ordinaire, mais finit par franchement douter quand personne ne réagit à la distribution de potée aux choux pour le petit déjeuner officiel.

 

- « Monseigneur… » marmotta Ségodin, poussé au cul par les autres. « Je crains que n’ayons des nouvelles d’importance à vous soumettre avant d’aborder la séance. Des mauvaises nouvelles. »

- « C’est à propos de la hyène sacrée que Sum Groor m’a offert et que j’ai refourgué à Elenwë ? Je ne veux rien savoir. Si elle demande, prétendez que j’ignorais qu’elle avait la rage, le typhus et un peu trop de mordant. »

- « Cela ne concerne pas votre sorcière mangeuse de racines », confia Svorn, sombre et visiblement abattu.

- « Plus grave ? Votre gaine a encore lâché en pleine messe devant un demi-millier de pèlerins ? L’espion a monté un nouveau spectacle de mime sur la place du marché ? C’est purée de pâtisson au menu ce midi ? »

- « Il parait que c’est un évènement qui dépasse l’enceinte du Karak », précisa Hjotra en essayant de remonter le moral à Brandir, prostré. « Même si je ne comprends pas bien comment. On vit sous terre, on n’a pas de fenêtre… »

 

            Arzhiel cessa d’étaler sur la carte ses figurines à l’effigie des différents bataillons et s’accorda une minute de réflexion. Il remarqua enfin l’ambiance pesante et foireuse régnant dans la salle. Aux mines de déterrés, on aurait dit un congrès de fossoyeurs ou pire, une convocation d’endettés devant notaire, une fin de mois.

 

- « D’accord, vous commencez à me faire baliser, les paumés. Vos tronches de chiens battus me donnent juste envie de vous enfermer au chenil. Je vous le dis comme si vous étiez de grandes personnes, Nains : vous ne réussirez pas à me mettre en rogne ou à me faire perdre ma bonne humeur. J’ai sur ces stèles le plan parfait avec les manœuvres, les placements et les coups de pute les plus élaborés de toute ma carrière de seigneur de la Pierre. J’ai de quoi pourrir les hordes moisies de l’Oracle sans nous salir les mains. Alors, il n’y a rien que vous pouvez m’annoncer qui… »

- « La guerre est terminée », le coupa Svorn d’un ton agacé. « Désolé, son laïus me gonflait. »

- « Ah bravo ! » l’applaudit Rugfid, plein de reproche. « C’est vraiment malin, hein ! Il est bloqué maintenant. Et la bouche ouverte, en plus. Merci pour la vision au saut du pageot. On avait dit en douceur ! Sortez les parapluies, on va encore avoir droit à un soufflon avec postillons d’anthologie quand il aura repris… »

- « QUOI ?! » réagit effectivement Arzhiel avec un temps de latence, entre fureur et incrédulité. « Comment ça, la guerre est terminée ?! Mais entre les ventes d’armes, les locations de mercenaires, les pillages de villes sans défense et des armées en déroute, c’est toute notre économie qui est basée sur la guerre ! Comment je fais pour raquer le nouveau donjon avec échoppes, thalasso, salle de tortures et animalerie ?! »

- « Venez vous faire plumer pour avoir des amis à poils », sanglota Hjotra, larmoyant, en récitant le slogan du Bête Shop.

- « La paix… » lâcha péniblement Arzhiel, sous le choc, dévasté. « Mais tout allait très bien pourtant, ça cramait et ça dézinguait de tous côtés ! Qu’est-ce qui s’est passé ?! »

- « Les fidèles de l’Oracle ont fait sécession et ont abandonné la cause de leur maître, les uns après les autres », expliqua Ségodin entre deux cuillérées de potée. « Ils ont surpris l’Oracle avec des binocles. Apparemment, il serait myope. Ça craint du boudin pour un visionnaire divin se prétendant guide. Son agent a présenté des excuses publiques en son nom. Mais c’était trop tard. Son camp a demandé un armistice. »

- « Tout n’est pas perdu ! » s’enflamma Arzhiel en se redressant. « Excepté la crédibilité de l’autre mytho miraud. Le temps que l’armistice soit conclu, on doit pouvoir profiter des délais administratifs pour défoncer en scred un ou deux traînards isolés ! Hé ben, quoi ? Je ne vous demande pas de faire preuve d’enthousiasme, mais vous pourriez au moins faire semblant et vous contenter de ce que je propose….Bon sang, j’ai l’impression de négocier un câlin avec Elenwë. »

- « La paix ne sera pas rompue ! » affirma une silhouette en émergeant de l’ombre. « J’ai été mandé auprès de vous pour m’en assurer. »

 

            Un vieil Elfe Noir au port rigide, à la moue sinistre et au costume strict et suranné, se détacha du pan de ténèbres dans lequel il se drapait jusqu’à présent. Son regard sévère se planta dans celui, bovin, d’Arzhiel, défendant instinctivement sa soupe devant l’apparition.

 

- « Rootz ?! Vous ici ? » s’étonna-t-il en reconnaissant le chambellan de Shalimar. « C’est la sauterie des tire-la-gueule qui vous a attiré ou votre désopilante allure de vieux garçon dépressif devient contagieuse ? »

- « Ma maîtresse m’envoie en personne veiller à ce que votre propension aux déclenchements de catastrophes et votre irrévérencieuse absence de toute forme de respect diplomatique ne viennent point nuire à l’image de la guilde », le moucha Virtz avec panache.

- « Une alliance guerrière de faucheurs d’âme courant les charniers et les champs de bataille, pensez-vous, ce serait dommage d’en écorner l’image, en effet ! Sérieux, vous êtes payé pour porter ses pantoufles à Shalimar et négocier le silence de ses ex. Je suis curieux de savoir comment vous allez m’empêcher d’enterrer un bataillon de partisans de la taupe en loucedé ! »

- « Maîtresse Shalimar m’a permis de jouir d’une partie de ses pouvoirs et m’a fourni l’accréditation suffisante pour vous faire mettre aux fers, passer à tabac, exécuter puis arracher l’âme si je le juge nécessaire. Le tout en pantoufles. »

- « Asseyez-vous, mon ami ! » s’esclaffa Arzhiel avec un rire forcé. « Je blaguais, bien sûr. Votre voyage a du vous épuiser. Ségodin, cédez votre place et profitez que vous soyez debout pour aller mander une coupe d’hydromel, un coussin et une Drow mettable dans les cachots. Et laissez aussi votre auge. Vous disiez, émissaire Fruitz ? »

- « Bien que fort distrayante, cette pathétique tentative de corruption par la chère et la chair n’est pas indispensable », répondit le Drow d’un air sévère.

- « Vous êtes sûr, Biloutz ? Si vous avez cinq minutes, on peut très bien vous bricoler une sosie potable de Shalimar avec le maquillage et les fringues d’Elenwë. Depuis le temps que vous lui tenez la serviette à la sortie de son bain de sang hebdomadaire, ne me dites pas que ça ne vous fait pas boitiller durant le service de temps en temps, hein, mon salaud ? »

- « Je considère Shalimar comme ma fille », répondit le chambellan d’un ton glacial.

- « Et alors, vous avez changé vos coutumes ? Ahem ! Donc, on parlait de la paix, c’est ça ? »

- « Il s’avère que le seigneur Énigma est toujours vivant et aux mains de nos anciens ennemis. Leur coalition séditieuse accepte de le libérer et de déposer pacifiquement les armes en échange d’un traitement équitable des leurs. »

- « Traitement équitable ? » tilta Svorn. « Je ne comprends pas bien l’expression. »

- « Shalimar a accepté ce marché. Les prisonniers de guerre roturiers doivent être amnistiés et libérés en gage de notre bonne parole. Nous sommes autorisés à soumettre à un tribunal les officiers, mais jusque là, ils devront être exempts de tout traitement inhumain et de toute forme de torture. Je …On dirait que votre haut-prêtre a un malaise. Vous ne le relevez pas ? »

- « Vous êtes en train de me charrier, Kiltz, c’est ça ? » marmonna Arzhiel en tremblotant nerveusement, sa bonne humeur s’échappant en même temps que le sang de Svorn sur le pavé. « Vous savez quelle racaille je garde au frigo, là en bas ? On est loin du voleur de nez et du cordonnier escroc à la petite semelle. Parmi les généraux de la bigleuse, j’ai quand même du lourd entre le violeur de canassons morts, le bâtisseur de trônes en crânes de ses victimes et le décorateur d’espace public en innocents empalés. Ma meilleure pièce reste encore Pata-Ku l’Ogre Gourmet qui m’a boulotté tout un bourg de pécores pour son quatre-heures. J’en ai les larmes aux yeux, rien que d’en parler. C’étaient les spécialistes de la tartiflette aux lardons de cervidés dans ce bled ! »

 

            Brandir poussa un vagissement de désespoir et de tristesse à l’évocation de cette terrible perte pour le Karak, avant de fondre bruyamment en larmes et de se moucher dans la cape de l’espion.

 

- « Ce faisan obèse, je n’ai pas le droit de lui faire sauter les chicots un par un au piolet rouillé pendant la cuisson de ses pieds à l’eau bouillante, par exemple ? »

- « Hormis si vous ne tenez à conserver ni votre place au sein de la guilde, ni votre âme », confirma Virtz en se fendant exceptionnellement d’un sourire devant l’expression atterrée de son allié. « Maintenant, je boirais volontiers une coupe d’hydromel, je vous prie. »

 

 

            Sous les regards lourds de rancune et d’hostilité de centaines d’habitants du Karak privés d’un incontournable plaisir culinaire, le gigantesque et cruel Pata-Ku, lourdement enchaîné, apparut aux portes du Thing, le tribunal Nain. Dans un silence assourdissant, l’ogre fut conduit à sa place, affichant un sourire narquois pour narguer ses anciens adversaires. Virtz et l’émissaire des renégats de l’Oracle vérifièrent que le prisonnier n’avait subi durant son incarcération aucun autre tourment qu’une cuisine épouvantable et une cellule placée trop près de l’aération des latrines. Pendant ce temps, Arzhiel et Pata-Ku ne se quittaient pas des yeux depuis leurs sièges respectifs. Le Nain hocha indistinctement la tête pour indiquer les potences à l’extérieur ployant sous les cadavres des officiers jugés précédemment. Le Gourmet rétorqua d’un rot retentissant lui permettant de recracher un fémur Nain qu’il posa devant lui d’un air goguenard.

 

- « Seigneur ! » appela Svorn en se penchant vers lui, les yeux rougis. « Ne laissez pas ce triple-menton s’en tirer ! Mon meilleur fournisseur de roues de torture habitait dans le village attaqué par ce monstre. Je sais qu’on ne s’aime pas et qu’un jour, je vous balancerai sûrement au feu avec votre diablesse d’épouse sylvestre. Mais, je vous en prie, défoncez-le pour moi ! »

- « Qu’est-ce qu’il voulait ? » interrogea Elenwë quand le prêtre s’éloigna en reniflant. « Il a parlé de moi, non ? »

- « Et sans cracher par terre, dingue, hein ? Encore plus dingue, je crois…je crois qu’il m’a demandé un service. J’imagine son désespoir…Ma peau morte, on doit remporter ce procès et ruiner sa race à la motte de gras. »

- « Si ça me permet d’être à l’heure à mon massage aux algues et aux pierres chaudes, mon loup de nez, » répondit l’Elfe, indifférente. « En plus, ce rustre n’a même pas louché sur mon décolleté en passant devant l’estrade. Je suis avec vous. Et vos copines ? »

- « Elles vous accompagneront à votre séance boue et caillasse si elles déconnent », l’avertit Arzhiel en écrasant du regard ses trois conseillers apeurés complétant le Thing. « Pour une fois, c’est pas pour notre équipe que je m’en fais. Le souci, c’est lui. »

 

            Arzhiel désigna en bougonnant l’avocat de la défense engagé par les dissidents, un Humain râblé, chauve, à face de souris et œil de prédateur. Maître Cornard était une légende du barreau, et sans compétence de métallurgie en plus. Fourbe, teigneux, vendu au plus offrant et dénué de tout scrupule, il inspirait respect et admiration dans sa noble profession.

 

- « Quelle est votre tactique ? » demanda Elenwë.

- « En hommage à Svorn, je ne vais user d’aucune pincette et les prendre en tenaille. J’ai meurtre de masse, homicide de civils, actes de barbarie et vol de poterie à leur mettre dans la face pour la leur faire perdre. Au pire, l’espion m’a même dégotté un avis d’imposition erroné durant sa jeunesse. Je vais lui en mettre plein le fion à Pata-Ku. Avec un dossier pareil, je ne vois pas comment il va pouvoir s’en sortir pour éviter le four et la broche, le Gourmet. »

 

Une heure plus tard

 

- « Mon client a simplement obéi aux ordres », se contenta de dire Maître Cornard à la fin du long et complet plaidoyer d’Arzhiel. « C’est un militaire et un officier respectueux des consignes, soumis à l’autorité de ses supérieurs. Certes, ses actes sont répréhensibles puisque d’après lui, ses victimes étaient des gens délicieux. Mais il n’en porte pas la responsabilité. Faites part de vos griefs à l’Oracle si vous souhaitez obtenir réparation. »

- « En parlant de réparation », se permit l’accusé, « je ne peux que vous conseiller de la colle forte pour votre problème de poterie. Je n’ai pas l’intention de payer les pots cassés. »

- « C’est l’Oracle qui a donné l’ordre à votre poubelle de table de client de gober les vioques, les malades et un troupeau complet de biquettes ?! » s’insurgea Arzhiel.

- « Nous avons des ordres de mission qui le prouvent », répondit calmement l’avocat en désignant les pièces SO-6, SO-7 et Q-9.

- « Ce sont des faux ! » riposta le Nain, furieux.

- « En cas de doute sur leur légitimité, la défense se montre parfaitement disposée à fournir ces documents à la cour afin de les faire authentifier. »

- « S’ils sont prêts à collaborer aussi facilement, c’est que ces ordres doivent être vrais », commenta un conseiller avant d’embrasser violemment la table en pierre.

- « Il faudrait au moins dix jours pour expertiser ces torches-derches et l’accord pour libérer Énigma expire après-demain ! » ronchonna Arzhiel en lâchant les cheveux de son ministre. « Cornard le sait et nous tient par les bourses dans l’espoir de négocier ! »

- « Le Thing dispose-t-il d’autres preuves pour appuyer ses allégations infâmantes à l’encontre de mon client, honnête sbire des Ténèbres anthropophage persécuté à cause de son appétit ? »

- « Une feuille d’impôt ! » s’empressa de brailler Arzhiel en abattant son ultime atout. « Pata-Ku a frauduleusement coché enfants à charge dans son avis d’imposition ! Je sais bien que c’est faux, c’est mon père qui a achevé le dernier de ses mouflets lors de la Bataille de la Plaine Bourre ! »

- « Cette déclaration a plus de dix ans, il y a donc prescription selon les lois en vigueur dans la région », le sécha l’avocat avec un professionnalisme dédaigneux. « La défense tient à souligner l’acharnement et la cruauté des attaques du seigneur Arzhiel envers mon client dans l’évocation du souvenir de ce pénible drame personnel. »

 

            Maître Cornard posa sa main crochue sur l’épaule potelée de Pata-Ku et, moins d’une minute plus tard, ce dernier comprit le message en émettant un sanglot morveux de tristesse dans un déplorable jeu d’acteur. Le piteux effet de manche de l’avocat eut néanmoins le mérite de mettre le public dans sa poche, celui-ci soulevant un concert de protestations indignées à l’égard d’Arzhiel.

 

- « Devons-nous répondre à d’autres chefs d’accusation ? » enchaîna Cornard en masquant mal sa satisfaction. « Dans le cas contraire, je vous demanderai d’ôter les chaînes, les poids, les boulets et les quinze runes explosives de mon client, puis de le dédommager pour le préjudice moral encouru. En or, si possible, je dois changer les marbres de ma piscine. »

 

            Les spectateurs braquèrent leurs regards sur Arzhiel dans un silence impatient et tendu. Le seigneur, à bout de munitions, déglutit péniblement. Son pouls s’accéléra. Son front se couvrit de perles de sueur. La mousson gagna ses aisselles.

 

- « Je pense que c’est le moment idéal d’avoir une bonne idée », l’avisa très justement Elenwë en chuchotant à son oreille.

 

            Arzhiel balbutia quelques mots pour gagner du temps. Il chercha inspiration et soutien auprès de ses proches. Svorn glissa un pouce rageur sous sa gorge en accrochant son regard. Ségodin s’esquivait vers la sortie. Rugfid dissimulait sa parenté en enfouissant son visage sous un sac en papier. Hjotra lui retourna une grimace, yeux louchant, langue tirée, index dans la narine. Elenwë l’acheva de son air déçu et méprisant qu’elle arborait systématiquement à l’issue de leurs étreintes. Au fond du seau, il eut enfin l’illumination à la lecture d’un rapport avec lequel il s’épongeait.

 

- « Êtes-vous un adepte de la religion de l’Oracle, messire Pata-Ku ? » interrogea-t-il soudain.

- « Pour gratter un rang d’officier, c’était ça ou coucher », acquiesça l’ogre ventru et édenté.

- « Mon client est un croyant dévoué et une âme charitable ! » appuya son avocat.

- « Maître Cornard, vous avez été trompé. Votre client est un pécheur et il mérite la sentence de la lame dans le bourrelet, si j’en crois vos saintes écritures. »

- « Comment osez-vous ?! »

- « Le massacre dont il est accusé a eu lieu un vendredi, » expliqua le seigneur en montrant la date du compte-rendu. « D’après votre mode d’emploi du parfait fanatique, manger de la viande le vendredi est un péché mortel. Pata-Fion, tu vas avoir chaud aux fesses. Une fois n’est pas coutume, le gras, c’est la mort ! »